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Culte à Nancy, le jeudi de l'Ascension 2003
Prédication par Marc Pernot

Où donc est passé le Christ ?

( Actes des apôtres 1:1-11 ; Évangile selon Matthieu 28:16-20 )

oici, je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du monde." dit le Christ à ses disciples à la fin de l'Évangile selon Matthieu.

L’Ascension n’est donc pas l’annonce de l’absence du Christ, heureusement, mais la bonne nouvelle de sa présence qui se manifeste autrement, à toute personne de l’univers, aujourd’hui et pour toujours.

La question est de savoir comment, et où est le Christ ?

Selon le livre des Actes, Jésus était au milieu de ses disciples, et il fut donc élevé au ciel, puis il disparut derrière un nuage.

  • Matériellement, cela est assez difficile à concevoir, on voit mal un corps s'élever au ciel comme une fusée.
  • Mais, la signification de cette montée est claire, même pour nous aujourd'hui. Quand nous disons "Notre Père qui es aux cieux", nous savons bien que pour le joindre, nous n'avons pas besoin de fusée. Au contraire. Car la notion de ciel dans la Bible désigne l'espace spirituel où Dieu évolue, par opposition à la terre qui évoque le domaine matériel, l'espace où existe notre corps.

Les enfants comprennent cela très tôt. Quand on leur dit du grand-père décédé "qu'il est au ciel", l'enfant comprend que le grand-père continue d'exister dans une autre dimension, que l'on peut penser à lui mais qu'on ne peut plus le rejoindre pour aller jouer avec lui, même avec un avion ou une fusée.

Cherchons ainsi à saisir ce que la Bible nous dit quand elle affirme que Jésus quitte la terre et est élevé au ciel.

Cela veut dire que Jésus cesse d'évoluer dans l'espace matériel. Il devient une réalité spirituelle, un objet de foi plus qu'un corps à observer, il est maintenant dans cette réalité qu'est Dieu.

Les disciples avaient vécu des années avec Jésus. Ils perdaient un ami avec qui ils avaient mangé des centaines de repas, traversé ensemble des épisodes très marquants, d'autres assez angoissants ou dangereux... Après tout cela, il était difficile pour ces hommes et ces femmes de ne plus considérer Jésus comme seulement un bon souvenir, mais comme un objet de foi, une réalité spirituelle qui est au ciel, étant Dieu lui-même.

Ce passage du matériel au spirituel est également difficile et important pour nous. Nous avons aussi la tentation d'en rester au Jésus historique, et de limiter notre lecture des évangiles à la dimension matérielle, terrestre de l'homme Jésus.

1) Jésus est certes un personnage historique dont l'existence n'est pas mise en doute, mais de toute façon, la question n'est pas de lui ressembler physiquement, ni même d'imiter sa personnalité humaine. Ce qui importe n'est pas de l'imiter, mais de croire en lui, comme nous croyons en Dieu. Ce qui importe c'est de reconnaître qu'il nous fait découvrir Dieu et qu'il nous révèle sa parole, qu'il nous permet d'être en relation avec Dieu lui-même. Ce qui importe c'est qu'il change notre vie avec la puissance même de Dieu.

Pour nous comme pour les premiers disciples, Jésus est enlevé au ciel, et il disparaît derrière la nuée (derrière Dieu lui-même).

2) Mais nous avons la tentation d'en rester au Jésus qui était sur la terre, en particulier dans notre lecture des évangiles. Or, la mission du Christ et le but des évangiles, c'est de nous parler de Dieu, des réalités spirituelles qui demeurent au-delà de la simple réalité matérielle, des promesses de Dieu qui se réalisent maintenant.

L'intérêt majeur n'est donc pas de débattre si matériellement Jésus a traversé la mer en marchant dessus, s'il est né d'une vierge, s'il a ressuscité un mort et comment il a multiplié des pains et des poissons.

La question n'est pas là, puisque Christ a été élevé au ciel. Nous ne comptons donc pas sur lui pour nourrir 5000 personnes en multipliant les sandwichs, ni pour calmer les tempêtes maritimes, on ne va pas le consulter pour guérir sa myopie, ni lui demander de nous faire marcher sur l'eau pour aller en Angleterre.

Jésus est au ciel, nous dit le récit de l'Ascension, il nous offre le pain de la parole de Dieu, il nous nourrit de son amour pour la vie avec Dieu, il peut ouvrir les yeux de notre cœur nous donnant la lumière véritable, et il est notre salut dans toutes les tempêtes de l'existence.

Jésus est au ciel, et non plus sur la terre. C'est en Dieu qu'il nous sauve. Cela peut sembler une réduction, c'est au contraire une multiplication à l'infini. Parce que si le Christ était une espérance pour résoudre nos problèmes sur cette terre, ce qu'il nous offrirait serait limité dans l'espace et le temps. Mais ce qu'il nous apporte est du domaine spirituel, au ciel, son salut est pour tous, partout, et pour l'éternité. Quant aux problèmes qui sont sur terre le Christ ne s'en désintéresse pas, mais sa main et sa bouche ne sont plus sur terre. Il est au ciel.

Pour les hommes et les femmes qui avaient connus Jésus et qui l'avait vu agir concrètement, leur parlant avec sa bouche et sa langue, guérissant des malades, les libérant des dangers, il était très difficile pour eux de concevoir que le Christ n'apporte le salut à l'humanité que sur le plan spirituel. Ils avaient bien du mal à concevoir un Jésus qui est au ciel, et non pas sur la terre. Ils ont eu raison de croire que Jésus est vivant, ressuscité, mais ils ont d'abord attendu de lui des actions sur terre, des apparitions matérielles, des paroles humaines, des actes concrets, des guérisons, et la présence physique de ce Jésus qu'ils aimaient.

Mais ce n'est pas comme cela que le Christ est vivant et qu'il est présent parmi nous ressuscité. Et heureusement. Ce qu'il apporte est bien plus important, bien plus précieux pour nous tous.

L'Ascension est une leçon corrective de Dieu, pour redresser leur foi et leur espérance qui s'égarait. L'Ascension est une leçon pour orienter notre espérance vers un Christ qui est au ciel.

"Les apôtres réunis demandèrent à Jésus : Seigneur, quand est-ce que tu rétabliras le royaume d'Israël ?" (Actes 1:6). Ils attendent ainsi une intervention directe de Dieu, ils attendent qu’il agisse pour établir son Royaume. Ils demandent : quand est-ce que Dieu enlèvera le mal, enlèvera la souffrance qu’il y a sur la terre ? Quand est-ce qu’il mettra fin aux guerres, au cancer, aux tremblements de terre et à la famine ? À ce moment de leur progression, les apôtres attendent là, bras croisés que Dieu agisse, qu’il établisse son Royaume. C’est déjà bien d’attendre avec impatience que la volonté de Dieu soit faite, mais cela ne semble pas suffisant puisque le Christ réoriente leur attente : “Ce n'est pas à vous de connaître les temps que le Père a fixés (pour établir son Royaume). Mais vous recevrez une puissance, le Saint-Esprit survenant sur vous, et vous serez mes témoins jusqu'aux extrémités de la terre.” (7-8)

Ce texte de l’Ascension nous invite à saisir que ce Royaume doit progresser aussi et même d'abord par notre propre vie fortifiée et éclairée par l’Esprit-Saint.

Le corps du Christ est enlevé, il n’est plus là. Les disciples regardent vers le ciel, attendant toujours que ce corps revienne... Et une seconde fois, la Parole de Dieu les remet sur un autre chemin : “Hommes Galiléens, pourquoi vous arrêtez-vous à regarder au ciel ? Ce Jésus, qui a été enlevé au ciel du milieu de vous, viendra de la même manière que vous l'avez vu allant au ciel. "(11)

Le texte précise comment le Christ reviendra, pour orienter, préciser leur espérance et l'attente du salut en Christ. "Ce Jésus, qui a été enlevé au ciel du milieu de vous, viendra de la même manière que vous l'avez vu allant au ciel." Puisque le Christ est parti, comme élevé du milieu des disciples vers le ciel, il reviendra du ciel au milieu des disiples, il reviendra au milieu de nous, il reviendra en nous.

L'ange, c'est-à-dire la parole de Dieu répète en réalité ce que Jésus avait annoncé avant comme réponse à leur espérance de salut : le salut vient de Dieu lui-même qui donnera la puissance de l'Esprit-Saint à chacun de ses disciples, hommes comme femme, et ils seront les témoins du Christ jusqu'aux extrémités de la terre.

Le retour du Christ n'est pas à attendre comme un événement matériel auquel on assiste, mais comme un événement spirituel que l'on vit. Le Christ ne va pas revenir en surfant sur un nuage, car le salut et le Royaume du Christ ne sont pas que pour une génération particulière, en un lieu géographique particulier. Mais la présence du Christ est à chercher, à attendre comme une réalité spirituelle qui nous concerne tous, jusqu'à la fin du monde, et aux 4 coins de la terre, partout où on l'attend.

Jésus nous dit : "Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde." Matt 28:20, il ne dit pas qu'il sera avec nous à la fin du monde, mais chaque jours.

Il nous dit "Là où 2 ou 3 sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d'eux." Matthieu 18:20. Il s'agit là d'une affirmation claire et essentielle sur laquelle nous pouvons fonder notre espérance maintenant.

À l’ascension, le corps du Christ est enlevé au ciel. Si Christ n’a plus de corps matériel, plus de bouche ni de mains : qui annoncera la Parole de Dieu au monde ? Qui guérira ceux qui sont dans la nuit de leur aveuglement ? Qui libérera ceux qui sont paralysés par leurs craintes ou leur doute ? Qui purifiera ceux qui sont souillés par la lèpre ? Qui assistera les pauvres, visitera les malades et les prisonniers ? Qui calmera les tempêtes ? Qui nourrira l'humanité affamée ?

Le Christ répond : vous recevrez une puissance celle de l'Esprit saint et vous serez mes témoins partout.

La Parole de Dieu répond : le Christ, le sauveur du monde revient en vous, au milieu de vous.

L'apôtre Paul le confirme en disant : vous êtes le corps du Christ. Nous avons un corps matériel, nous sommes, nous, sur terre et Christ est au ciel. L’Esprit de Dieu vient nous donner la force et la lumière pour nous constituer, individuellement, comme un membre d'un corps dont le Christ est la tête, le Christ qui est au ciel. Dieu appelle ainsi le moindre être humain en particulier pour l'établir en relation avec lui et par lui avec les autres membres de la communauté humaine. Il appelle la moindre église, celle où il n’y a que 2 ou 3 personnes rassemblées au nom du Christ. Chacun trouvera sa place comme membre irremplaçable du corps du Christ.

Alors, l'Église est vivante et construit effectivement le Royaume de Dieu pour que partout grandisse et demeure la foi, l’espérance et l’amour, sur la terre comme au ciel.

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