Culte à Nancy, le dimanche 18
mai 2003
Prédication par Marc Pernot,
sur une base de L. Gagnebin
Jésus marchait devant eux
( Évangile
selon Marc 10:32-45, Apocalypse
21:1-7 )

ésus marchait devant eux."
Cette information n'est pas seulement un petit détail insignifiant
du récit. Au contraire. L'instant est solennel, nous sommes à
un point clé de l'Évangile selon Marc où Jésus
annonce sa mort et sa résurrection. Et il est ici plusieurs fois
question de suivre Jésus, de faire ce qu'il fait d'aller où
il va et d'être auprès de lui pour toujours.
"Jésus marchait devant eux." Ces quelques
mots ont une signification forte, ils portent un message pour nous.
Jésus est devant nous. Pourtant, à bien des
égards, il est d'abord derrière nous, il faut même
remonter 2000 ans en arrière. Nous connaissons les grandes lignes
de sa vie et quelques épisodes, quelques paroles plus en détail.
Des recherches sont menées pour mieux connaître et comprendre
sa vie et ses paroles, ces recherches sont menées par des historiens
et des archéologues, mais progressivement nous en profitons tous,
et cela enrichit notre propre lecture.
Mais c'est surtout " à l'usage " que notre
connaissance de Jésus de Nazareth s'affine et se complexifie. Par
exemple quand tel passage de l'Évangile qui ne nous avait jamais
marqué prend subitement un sens très profond pour nous parce
qu'il fait choc avec notre situation personnelle. Cela nous pousse alors
à approfondir, réviser nos opinions théologiques
et philosophiques, elles étaient souvent simplificatrices, elles
n'étaient parfois pas vraiment fondée bibliquement, nous
n'avions pas vraiment lu, nous étions passé à côté
d'un élément qui nous gênait...
Et ainsi, Jésus n'est pas seulement derrière
nous, dans le passé, mais nous le découvrons encore tous
les jours dans la mesure où nous continuons à le chercher.
Il nous surprendra alors toujours, il est inattendu, déroutant,
voire étrange. C'est une très bonne chose que Jésus
échappe ainsi toujours. Comme le dit l'Évangile selon Marc,
il faut vraiment se méfier quand l'on nous dit que " Le Christ
est ici, ou : Il est là, ne le croyez pas. " (Marc 13:21).
Il faut sans doute aussi se méfier quand on pense soi-même
pouvoir dire "Il est ici, et pas ailleurs. "
"Jésus marchait devant eux."
Jésus ne peut pas être emprisonné, il
ne peut pas être transformé en un simple objet à poser
sur la commode du salon. Jésus ne peut être enfermé,
ni dans la Bible, ni dans des rites, -aussi fidèles seraient-ils,
ni dans nos cultes -aussi vrais seraient-ils, ni dans des théologies,
-aussi droites qu'on le voudrait.
Jésus ne peut pas être enfermé, réduit
à l'image que l'on se fait de lui. Il marche toujours devant nous.
Il ouvre devant nous des chemins à mesure que nous avançons.
On a vu en Jésus un prophète révolutionnaire
et politique, un maître de morale, que certains trouvent doux et
d'autre trop exigeant. On a fait de lui un sage oriental dans sa manière
de parler, un prédicateur permettant de fonder un christianisme
social, un "psy" avant la lettre qui écoute et qui accompagne.
On en a fait un mystique visionnaire et nous pourrions allonger la liste
en la complétant avec les titres que la Bible donne à Jésus
: fils de Dieu, fils de l'Homme, fils de David, Sauveur, Messie c'est-à-dire
Christ, et bien d'autres titres encore.
Et bien Jésus n'est pas à notre convenance,
nous n'avons pas à le capter avec nos idéologies. C'est
l'occasion d'entendre cette parole de Dieu, citée par Ésaïe
: " Vos voies ne sont pas mes voies et mes pensées ne sont
pas vos pensées. "
"Jésus marchait devant eux." Il est en marche,
vivant, en avant de nous. Il n'est pas seulement un objet de réflexion
ou d'étude, comme un insecte épinglé sur une planche
par un entomologiste. Non, Jésus n'est pas un objet, mais il est
le sujet d'un véritable renouvellement de nos existences. Il est
la source d'une évolution qui s'accomplit aujourd'hui. C'est pourquoi
nous le reconnaissons comme Seigneur et Sauveur.
"Jésus marchait devant eux."
S'il marche devant nous, c'est qu'il est déjà
passé là où nous pouvons passer maintenant. Cela
veut donc dire aussi qu'il nous précède, qu'il y a en Jésus-Christ
quelque chose, quand-même, qui a eu lieu avant nous pour nous préparer
un avenir. Il y a en Christ quelque chose qui est bel et bien derrière
nous. La grâce de Dieu, sa bienveillance radicale nous est offerte,
elle nous précède, elle est prouvée et attestée
par la vie du Christ et par sa croix. Le salut, comme notre existence-même,
nous sont données dès notre naissance. Et à ce garçon
qui vient d'être baptisé nous disons effectivement : "
que tu le saches ou non, que tu le veuilles ou non, Dieu t'aime, cela
te précède, cela est derrière toi, et cela ne dépend
pas de toi. "
Le calendrier annuel des fêtes chrétiennes illustre
cette vérité en nous faisant revivre les grandes étapes
de la vie de Jésus. Cela nous permet de nous rappeler que cela
nous est donné, que cela a été accompli, que cela
nous précède. Mais la résurrection et l'ascension
nous rappellent aussi que ce Jésus nous échappe aussi, qu'il
nous dépasse, qu'il est toujours au-delà de ce que l'on
pourrait en dire. On ne l'enferme pas dans le tombeau de doctrines figées
une fois pour toutes. Il n'y a pas que l'homme en Jésus, il y a
aussi quelque chose de Dieu qui dépasse infiniment cette dimension.
Quand nous confessons Jésus, nous le faisons par fidélité
à un passé, à une tradition, à une histoire,
celle de cet homme qui a vécu il y a 2000 ans, et par fidélité
aux générations qui nous ont précédées
dans la volonté de lui être fidèle. Mais quand nous
confessons Jésus-Christ, nous le faisons aussi par espérance,
pas seulement en référence au passé. Cette espérance
est active, dynamique, vivante. C'est une lutte pour avancer et pour faire
avancer le monde et ceux que nous aimons.
Le message de ce Jésus que nous confessons a ainsi
2 centres : c'est d'abord quelque chose d'accompli, de donné :
la grâce de Dieu, sa bienveillance radicale pour nous & la vie
qu'il nous donne ; c'est aussi une espérance, une attente, un avenir
qui commence à se réaliser aujourd'hui : la venue du Royaume
de Dieu.
Jésus nous précède, et il marche devant
nous.
Notre foi, celle sur laquelle nous réfléchissons
au moment d'un baptême de bébé et d'une profession
de foi d'adulte, c'est un héritage, c'est un trésor qui
vient du passé et que l'on se transmet de génération
en génération.
Mais cette foi n'est pas seulement un héritage. Cette
foi, cette fidélité, cette espérance nous voulons
qu'elle devienne notre fidélité et notre espérance.
Cette vie du Christ, nous voulons qu'elle participe à notre propre
vie.
C'est une belle chose que le Christ ait marché avant nous, mais
c'est bien mieux s'il marche devant nous et que nous soyons ainsi en chemin
par lui.
On ne peut pas espérer à la place d'un autre.
Espérer, c'est s'ouvrir soi-même à l'espérance,
en tournant ses yeux vers une source d'avenir.
On peut aimer unilatéralement, Jésus nous montre
que Dieu est prêt à le faire. Mais on ne peut pas aimer à
la place d'un autre.
On ne peut pas croire à la place d'un autre. Avoir
la foi, c'est vouloir marcher soi-même à la suite du Christ.
La foi, c'est une volonté, c'est une décision. La foi, c'est
d'abord la volonté de Dieu qui choisit de nous aimer. Ce choix
de Dieu peut devenir le nôtre en Christ.
Quand Jésus dit sur la croix : " tout est accompli
", nous savons bien que tout reste à faire.
Il nous a révélé le choix de Dieu, il
appartient à l'homme de choisir en qui il espère, en qui
il croit.
Il nous a donné un exemple, cet exemple est devant
nous, il n'est pas un modèle démodé. Il nous inspire,
il nous donne envie de le suivre. Jésus marche devant nous.
Mais en réalité, si on lit bien le texte, il
n'est pas dit que "Jésus marchait devant eux" et qu'ils
suivaient comme un bon petit chien suit son maîmaître. Dans
le texte de l'Évangile selon Marc, on voit bien que ce sont les
disciples eux-mêmes qui avancent vers Jérusalem, Jésus
est comme le secret, le moteur de cette marche personnelle : "Ils
étaient en chemin pour monter à Jérusalem, et Jésus
allait devant eux. Les disciples étaient troublés, et le
suivaient avec crainte."
Jésus est comme une source d'énergie, comme
une impulsion qui leur permet d'avancer vers Dieu, vers son Royaume, d'avancer
ensemble malgré la peur. Sans lui, ils n'auraient pas la force,
mais Jésus leur donne de pouvoir avancer par eux-mêmes. Ce
que Jésus était pour eux alors, c'est par l'Esprit qu'il
nous faut le recevoir maintenant, par la présence créatrice
de Dieu en nous (Jn 14)
En Christ, Dieu intervient pour poursuivre son uvre
de création de l'être humain, pour le rendre plus fort, pour
le mettre en mouvement vers l'homme véritable. Pour l'instant,
nous ne sommes, au mieux, qu'en chemin vers cet idéal. L'homme
n'est pas encore l'être humain. Il est devant nous. Il suffit d'écouter
les informations pour réaliser, avec les horreurs que l'on nous
présente, que l'homme n'est pas encore l'être humain, que
cet homme, cet être humain est devant nous et qu'aller vers le Christ,
et que croire au Christ, c'est marcher vers cette humanité qui
nous précède, c'est tendre vers cet être humain.
N'en voulons pas à l'humanité d'être
aussi imparfaite, n'en voulons pas à nos proches ni à nous-mêmes
d'avoir du mal à avancer vers cet idéal. Il n'est pas facile
de devenir meilleur, il est difficile de transmettre les vraies valeurs
comme la foi, l'espérance et l'amour à nos enfants. Dieu
ne nous en veut pas d'êtres ainsi encore qu'à demi-humains,
mi singe - mi homme, il ne nous en veut pas, au contraire, il nous veut
du bien. En Christ Dieu nous donne l'impulsion de vie.
Jésus nous précède, donc, dans le passé
et dans l'avenir. C'est ce que dit le passage de l'Apocalypse qui l'appelle
l'alpha et l'oméga, le commencement et la finalité de notre
histoire.
Les premières générations de chrétiens ont
considéré que c'est l'essentiel de ce que l'on peut dire
du Christ, puisque le signe chrétien le plus fréquent pendant
les 4 premiers siècles n'était pas la croix, mais 4 lettres
grecques entrecroisées, A et ½ (ou w) encadrant les initiales du
Christ (le Ch et le R grecs qui ressemblent à un X et un P).
Ce signe nous rappelle, nous dit la foi en Christ. Il est
l'alpha, une source pour nous, une origine qui nous ouvre à une
dimension nouvelle. Et il est l'Oméga, la finalité de notre
histoire, il est l'homme véritable qui est à la fois fils
de l'homme et fils de Dieu, qui participe à ces 2 dimensions essentielles
en aimant Dieu de tout son être et son prochain comme lui-même.
Que Dieu nous soit en aide.
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