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Prédication par Marc Pernot
Culte à Nancy, le dimanche 4 mai 2003

“ Le maître ouvrira sa porte car l'autre,
sans se gêner, a continué à demander. ”

( Évangile selon Luc 11:1-13 ; Évangile selon Matthieu 6:7-13, 24-33 )

ous avons 2 versions de l'enseignement de Jésus sur la prière : dans les évangiles selon Luc et Matthieu.

La parabole de l'évangile selon Luc pourrait nous faire penser qu’il faut insister beaucoup dans notre prière pour que Dieu nous accorde ses bienfaits. Nous aurions ainsi à insister pour qu'il nous donne la santé, qu'il nous sauve de l’accident ou des inondations, des séismes et autres famines... Mais dans l'évangile selon Matthieu, nous avons apparemment le contraire, et Jésus critique vivement les prières où l'on insiste auprès de Dieu pour lui demander des choses matérielles. Il dit que ce sont les païens qui font ce genre de prières.

Mais si l'on lit attentivement jusqu'au bout la parabole de l'évangile selon Luc, cela permet de lever cette contradiction apparente. Il est écrit : Si donc, vous qui êtes méchants, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à plus forte raison le Père céleste donnera t-il... non pas n'importe quoi, mais le texte précise bien : que Dieu donnera LE SAINT-ESPRIT à ceux qui le lui demandent.

Il apparaît donc que l'objet de l'exaucement de la prière n'est pas n'importe quoi mais le Saint-Esprit, c'est-à-dire la présence de Dieu.

Selon ce texte, la prière de demande, ce n'est pas une démarche pour obtenir des choses matérielles, ou même la santé, le pain, le bonheur, la guérison. Prier, c'est demander d'avoir le Saint-Esprit. Et d'ailleurs, le Saint-Esprit est le meilleur des exaucements que Dieu puisse donner à nos prières enfantines.

Dans ses lettres l'apôtre Paul nous dit aussi que prier c'est s'ouvrir aux dons de Dieu, à son amour. Les dons de Dieu, les carismata "Charismata", sont longuement développés dans la première lettre de Paul aux Corinthiens, les trois principaux dons sont la foi, l'espérance et l'amour, voilà ce que nous devons demander à Dieu.

Cet objectif de la prière de demande est aussi ce que propose Jésus dans l'évangile selon Matthieu quand il nous dit de ne pas mettre notre cœur dans les choses temporaires, mais de chercher plutôt le Royaume de Dieu et sa justice.

Voilà pour l'objectif de la prière de demande, il est clair.

Mais la façon de demander que nous propose Jésus ici est assez étrange. Il nous donne comme modèle quelqu'un qui doit casser les pieds de son ami pour obtenir enfin le coup de main qu'il espère de lui. Est-ce qu'il faut que l'on ait la même attitude vis-à-vis de Dieu ? Et bien oui, puisque Jésus-Christ nous le propose. Il faut reconnaître que Jésus a un peu des paroles provocatrices, et c'est le cas ici, mais ce n'est pas pour rien, ni pour le plaisir de choquer, mais pour nous faire avancer.

Cette histoire de Jésus nous montre que nous n'avons vraiment pas à craindre de nous adresser à Dieu directement, et ne pas hésiter à lui demander avec insistance ses dons spirituels, sa présence, et plus de foi... Il n'y a pas de scrupules à avoir puisque jamais Dieu ne nous reprochera de nous être trop intéressé à lui, il est toujours disponible pour nous.

Insister et insister encore dans notre prière pour lui demander sa présence, c'est reconnaître qu'il nous manque quelque chose que Dieu seul peut nous donner. C'est à force de se mettre, de se remettre dans cette attitude, et de persister dans cette situation de demandeur à l'égard de Dieu que nous pourrons bénéficier de ses dons spirituels.

La persévérance paye dans le monde humain, elle paye aussi dans le domaine spirituel de la prière et de notre relation à Dieu. Mais il n'est évidemment pas possible d'imaginer que Dieu attendrait qu'on lui casse les oreilles assez longtemps pour nous aider. Il sait très bien ce qui nous est nécessaire pour vivre, et il fait tout pour nous le donner. Mais cette insistance que Jésus nous propose est utile pour que nous soyons, nous-mêmes, dans la position psychologique et spirituelle nécessaire vis-à-vis de Dieu pour pouvoir recevoir ses dons.

Regardons de plus près cette histoire inventée par Jésus pour évoquer la prière de demande :

“ Si l'un de vous a un ami... " : Jésus nous présente Dieu comme un ami. Dieu nous considère comme son ami, comme quelqu'un en qui on peut avoir assez de confiance pour lui demander un service n'importe quand.

“ Si l'un de vous a un ami, et qu'il aille le trouver au milieu de la nuit ”: Dans la Bible, Dieu est souvent comparé à la lumière, et la nuit est ce qui représente l'éloignement de Dieu, le manque de foi, l'obscurité spirituelle. Dans cette parabole, on voit donc un homme qui regrette de ne pas être aussi près de Dieu qu’il le voudrait, et qui le prie quand-même. Cela nous montre que la prière n'est pas réservée à ceux qui sont pleins de foi. Au contraire, la prière est une urgence pour celui qui se sent loin de Dieu. C’est précisément à ce moment que Dieu est notre chance et notre secours. C’est quand il fait nuit qu’il faut chercher la lumière. C’est quand nous sommes coupés de lui qu'il est urgent de frapper à la porte, c'est quand nous sommes affamés qu'il est prioritaire de le supplier de nous donner le Saint-Esprit qui nous manque tant.

“ Si l'un de vous a un ami, et qu'il aille le trouver au milieu de la nuit pour lui dire : Ami, prête-moi trois pains... ” : Le pain que le Christ donne, c’est le pain de vie de la Parole de Dieu (Jean 6). Cette histoire est cohérente, par la prière, l'homme demande sa nourriture spirituelle.

“ Ami, prête-moi trois pains car un de mes amis est arrivé de voyage chez moi, et je n'ai rien à lui offrir " : l’homme de cette parabole ne demande pas pour lui-même mais pour nourrir ses proches. C’est peut-être la différence fondamentale avec le bouddhiste dont l’objectif est avant de se sauver soi-même. Le Christ nous propose ici de demander et de recevoir un peu plus d’Esprit Saint, non pour nous fignoler notre propre salut, mais parce que nous avons envie d’aider ceux que nous aimons. C'est cela que cherche l'homme de la parabole, il comprend qu'il n'arrive pas à nourrir les autres, qu'il n'a rien à leur apporter.

Nous avons là une saine attitude, évidente du point de vue physique : si nous voulons apporter aux autres de l'amour, il faut d'abord que nous recevions de l'amour.

Et ce que nous recevons de Dieu fonctionne effectivement comme le pain que nous mangeons. L'amour que nous recevons nous nourrit, nous transforme, et nous rend capable d'aimer. Il en est de même pour tous les dons spirituels.

“ De l'intérieur de sa maison, l’ami lui répond : Ne m'importune pas, la porte est déjà fermée, mes enfants et moi sommes au lit, je ne puis me lever pour te donner des pains ” : Dieu semble endormi et barricadé derrière sa porte. C’est une image de notre coupure avec Dieu et de notre foi trop endormie et inactive. Il est bien difficile de réveiller la foi en nous. Jésus nous propose alors d'insister, d'appeler Dieu, de tambouriner à sa porte jusqu’à ce qu’il se réveille en nous, que nous puissions lui parler et qu’il nous donne son pain.

Dans la parabole, l'homme peine à obtenir que l'autre lui ouvre. S'ils étaient vraiment de très bons amis, il aurait répondu tout de suite : "Entre, fais comme chez toi, prends ce que tu veux." L'amitié entre ces 2 hommes est donc assez limitée, comme parfois entre l'homme et Dieu.

Mais entre l'homme et Dieu le problème ne vient pas de Dieu qui manquerait d'amitié, en effet, dans sa conclusion, Jésus nous dit que Dieu est encore plus aimant que le meilleur des parents pour ses enfants. Il s'agit donc encore infiniment plus que l'amitié toute simple qui lie 2 amis entre eux.

Cette parabole nous montre que même si nous n'avons pas tellement le sentiment de la présence amicale de Dieu à nos côtés, nous pouvons tout à fait tambouriner à sa porte et persévérer jusqu'à ce qu'il nous donne sa présence. C'est même ce que nous avons de mieux à faire.

Il ne faut pas se décourager si on a l'impression d'être devant une porte fermée, il faut prier, prier, prier. Ceux qui ont essayé peuvent en témoigner : à force de chercher, on trouve la présence de Dieu, car demander, ce n'est pas attendre que Dieu veuille bien changer d'avis mais c'est se mettre soi-même en état de recevoir.

Un des plus anciens manuscrits de la Bible va nous permettre d'aller encore un peu plus loin dans cette recherche. Ce manuscrit donne une conclusion légèrement différente de cette parabole.

Au lieu de dire Même si le maître n'ouvre pas à cause de son amitié, il ouvrira car son ami l'importune", ce manuscrit indique : Je vous le dis, le maître n'ouvrira pas sa porte sous prétexte que c'est son ami, mais il l'ouvrira parce que l'autre a fait preuve de grossièreté, et ne s'est pas gêné à son égard. Nous ne serons donc pas exaucés à cause de nos bonnes relations à Dieu, mais à cause du grand sans-gêne que nous pourrions avoir à déranger Dieu.

Voilà qui sort de l'imagerie pieuse où le croyant est enveloppé dans le cocon de l'amour de Dieu comme dans une douce relation mystique. Le danger de cette conception, c'est le risque de s'endormir, exactement comme l'homme de la parabole dont toute la maison est couchée.

La présence de Dieu en nous peut au contraire être sans cesse maintenue en éveil. Pour cela il faut la déranger, la secouer, frapper à la porte, l'interpeller. C'est cela qui nous met en route, nous fait avancer.

Dieu n'est efficace en nous que s'il est perpétuellement dérangé, secoué, pressé. Le Saint Esprit que nous demandons, ce n'est pas un esprit de paresse mais un esprit de vigueur, de force, de mouvement et de vie.

Jésus nous invite donc à faire preuve de sans gêne dans notre relation à Dieu. Ne craignons pas de le déranger, de lui crier notre révolte, notre envie de vivre et de nourrir ceux qui nous sont confiés. Quand nous sommes dans la nuit, ne craignons pas de forcer Dieu à se lever, à nous ouvrir la porte et nous donner ce dont nous avons besoin pour vivre et pour nourrir ceux que nous aimons.

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