l'Église Réformée de Nancy
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prédication
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le dimanche 13avril 2008
prédication par Freddy Leininger

Le berger

Evangile selon Jean - Chapitre 20, versets 1 à 10)

 

Le récit de l’évangile de Jean, dont nous venons d’entendre les dix premiers versets, est souvent présenté avec le titre : le bon berger ou encore, le berger. Ces deux titres ne me semblent pas refléter la réalité de ce texte même si par la suite Jésus se qualifie lui-même de bon berger ; d’ailleurs ce chapitre 10 comporte plutôt trois récits, et nous en avons entendu les deux premiers, séparés par cette phrase de commentaire qui coupe notre texte. Jésus leur dit cette parabole, mais ils ne comprirent pas la portée de ce qu’il disait. Ces mots résonnent bien comme la fin d’un premier enseignement.

 

Nous pourrions bien être tentés de nous identifier, nous aussi à ces auditeurs de Jésus qui ne comprenaient pas. Avouez qu’il y a de quoi. Il y a ce berger des brebis qui entre par la porte et qui visiblement doit être identifié comme étant le Christ. Puis il y a cette affirmation de Jésus : je suis la porte. Alors est-il le berger, ou la porte, ou les deux ? Cette question se pose uniquement si on veut lire ce passage comme une seule parabole, alors qu’il y en a deux. Faut-il pour autant les lire de façon indépendante ? Je ne le crois pas. Si l’évangéliste a choisi de les réunir malgré le risque d’incompréhension, c’est que ressemblances et différences ont quelque chose à nous apprendre.

 

On relèvera d’abord une constante concernant les voleurs et les brigands. Bien que dans un cas ils escaladent l’enclos par le côté et que de l’autre ils ont précédé le Christ, leur intention va dans le même sens. On peut bien sûr y voir un côté polémique avec les docteurs de la loi et les pharisiens, polémique qui a commencé dès le chapitre 9, si bien qu’ils se reconnaissent facilement dans les voleurs et les brigands.

 

Je préfère, quant à moi, m’intéresser à ce qui les caractérise. Dans les deux cas, l’intention des voleurs et des brigands est claire. Il y a le vol, bien sûr, qui dans le cas présent correspond plus à un détournement de certaines brebis du troupeau ; mais il y a aussi la perte et la mort. Dans les deux cas, il y a tentative de séduction passe par le même procédé. C’est la voix. Une parole est adressée aux brebis qui sont susceptibles d’y répondre : la voix de la tentation, la voix de la séduction. Ce n’est pas sans rappeler la voix du tentateur dans le livre de la Genèse : Dieu a-t-il réellement dit ? Nous savons quelle a été la conséquence du fait d’avoir prêté l’oreille  à cette voix. De façon ultime c’est la mort.

 

Notre récit met fortement l’accent sur une autre issue possible. Curieusement pour cela il semble qu’il faille être sourd ou, au minimum, avoir une oreille sélective. Mais autant cette impression se dégage de la première parabole, autant elle est corrigée dans la deuxième. Les brebis ne connaissent pas la voix des étrangers, ce qui les rend pour le moins passifs. Par la suite on nous dit qu’elles n’ont pas écouté, ce qui reflète une attitude nettement plus active.

Comment expliquer cette évolution ? Les voleurs, les brigands, les étrangers, ne seraient-ils pas sur le même plan ? Les uns ne seraient-ils pas même entendus, alors que les autres nécessiteraient un effort pour ne pas les écouter ? Je ne pense pas que ce soit dans cette direction qu’il faille chercher. Nous avons vu que, dans les deux cas, c’est le même objectif qui les caractérisait.

 

Notre regard est appelé à se diriger davantage sur les brebis qui ne sont pas considérées de la même manière, dans la première et la deuxième partie de notre texte.

Dans la première partie se dégage effectivement une impression de troupeau passif. Il a besoin d’un enclos pour se sentir en sécurité et, lorsqu’il sort, ses marges de manœuvre sont limitées. Les brebis ne peuvent que suivre le berger.

Lire ces lignes de cette façon, me parait plutôt caricatural, surtout si on déduit hâtivement que les chrétiens seraient un troupeau de moutons de Panurge. Je vous ferai remarquer pourtant que dans l’enclos on retrouve d’autres brebis. On souligne que seules celles qui connaissent sa voix suivent le berger. L’enclos pourrait tout simplement être le monde des humains où se côtoient toutes sortes de brebis.

 

C’est là que nous arrivons à ce qui me semble être la pointe de ces premiers versets. L’essentiel ici, n’est pas le mouvement du troupeau, même s’il est question d’entrer et de sortir. Ce qui est en jeu c’est l’écoute, l’appel et la suivance du berger, opposés à la surdité et à la marche à la suite des voleurs et des brigands. Autrement dit ce qui fait que vous faites partie du peuple chrétien, ce n’est pas que vous soyez dans un enclos et que vous entriez et sortiez à la suite du Christ. Ce qui fait le chrétien c’est qu’il est appelé par son nom. Le berger appelle chacun par son nom. Sous-entendu, je ne me fais pas moi-même.

Mon identité, ce qui fait de moi ce que suis, cela m’est donné. Le Christ nous nomme par notre nom. Il nous appelle à l’existence, à la vie et c’est un don. Appel et écoute sont les clefs de la vie et ouvrent les portes pour cette vie ou, comme la brebis, l’homme n’a rien à prouver. L’appel du Christ, c’est ce qui le qualifie et le libère. C’est la traduction de l’amour inconditionnel de Dieu pour sa créature.

 

Dans les versets 7 à 10 c’est l’image de la porte qui fait la synthèse de cette vie offerte. Passer cette porte c’est répondre à l’appel, c’est s’approprier l’invitation à entrer, c’est s’ouvrir à l’amour de Dieu qui passe par le Christ, c’est s’ouvrir à la vie. C’est le sens de ces paroles de Jésus : Je suis la porte ; si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé.

Etre sauvé, c’est recevoir cette identité véritable, c’est recevoir cette vie d’en haut, comme le dit Jésus à Nicodème. C’est recevoir cette vie qui ne se limite pas à une terne existence terrestre, même si elle en fait partie. Mais ces versets vont plus loin que de simplement répéter d’une autre manière les premiers versets.

Un déplacement se produit. Les brebis entraient et sortaient en suivant le berger. Ce n’est pas ce qu’on nous dit de celui qui entre par la porte. Il ira et viendra et trouvera de quoi se nourrir. Ce n’est pas contradictoire. Simplement de l’appel on est passé à la vie concrète. Ce qui caractérise cette vie, c’est la liberté. Il ira sans qu’on lui dise où aller. Il viendra sans qu’on lui dise quand. Il trouvera à se nourrir sans qu’on lui indique le pâturage. C’est la suite logique de l’appel à la vie en passant par la porte.

La vie, à la suite du Christ ne peut se concevoir comme un défilé de gentils petits soldats. Notre existence reçue ne peut se concevoir sans liberté et sans responsabilité. Entrer par la porte ce n’est pas entrer dans une prison, même si elle était dorée. Entrer par la porte c’est entrer dans une vie libre où on peut aller, venir, vaquer à ses occupations, trouver sa nourriture aussi bien matérielle que spirituelle. Mais le fait, que cette vie soit donnée et reçue, engage.

Nous sommes responsables de nos allers et venues, de nos choix, de nos engagements humains et sociaux, de cette vie qui s’enracine dans un appel. Et cet appel lui donne une dimension qui dépasse notre entendement qui la limite par la naissance et la mort. C’est peut-être bien ainsi qu’il faut comprendre cette parole de Jésus, lorsqu’il dit : Je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance. Et cette abondance dont il parle ne serait pas à entendre comme abondance de biens et de dons, mais comme vie abondante telle qu’elle se dégage dans ces deux petites paraboles ; une vie intense de par la responsabilité qui nous est confiée.

 

On comprend un peu mieux la juxtaposition et l’imbrication de ces deux textes. Finalement tous les deux précisent la vie à la suite du Christ. Elle commence par cet appel de Celui qui donne un nom, qui nous ouvre à la Vie avec un V majuscule, en nous invitant à passer par la porte. Elle se poursuit dans la liberté et l’engagement, en abondance. Et, pour ceux à qui cette perspective de vie donne le tournis, il bon de se rappeler que premièrement cette vie nous est donnée et que deuxièmement le berger ne se désintéresse pas de ses brebis pour autant. C’est l’appel à la marche confiante à la suite du Christ.

J’ai bien noté ces deux verbes pour décrire cette vie : aller et venir. Aller peut nous ouvrir à l’inconnu avec le risque de nous faire perdre notre assurance. Venir ouvre la possibilité du retour. Le va et vient suppose un constant aller retour vers Celui qui envoie et Celui qui donne la force d’aller. C’est fort de cette assurance que nous pouvons avancer, en liberté et en responsabilité.

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