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Dimanche de Pâques (23 mars 2008)
prédication par Freddy Leininger (à Toul)
Jean 11 v17 à 44 ; Jean 20 v 1 à 10
La
semaine sainte est le moment où de façon plus précise que d’habitude nous
sommes confrontés à la question de la
vie et de la mort. Comme de bien entendu nous avons tendance à nous
focaliser sur la mort pour tenter de percer ce mystère auquel tout homme est
confronté.
J’ai
choisi de rapprocher deux textes qui chacun à sa manière éclaire notre thème.
Il
y a d’abord ce récit qui tourne autour de la mort de Lazare et de son retour à
la vie. On pourrait s’attendre à ce que le récit fasse une large place au héros
mort et revenu à la vie. Or que constatons-nous ? Pendant un bon moment,
alors qu’il est pleuré par tous, même par Jésus, il n’est qu’un sujet de conversation. On discute autour de sa
maladie et de sa mort, mais personne ne se soucie directement de lui. Lorsque
Jésus s’approche de la tombe pour l’en faire sortir, il n’est guère plus acteur
de sa propre histoire. Lazare revient à la vie pour disparaître : Laissez le aller ! dit Jésus et on ne le voit plus et on n’en parle plus.
Comme s’il s’agissait d’un non événement.
C’est
pour le moins curieux, à moins qu’il ne s’agisse de nous rendre attentifs à
certains autres aspects du récit qui sont davantage porteurs de sens. Et pour
ma part je retiendrai ce qui me semble être non seulement la clef de lecture de
ce récit mais également du récit du tombeau vide dans Jean 20.
Je
suis la résurrection et la vie : celui
qui croit en moi, même s’il meurt vivra ; et quiconque vit et croit
en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? Marie, à qui est posée cette question, a commencé par
développer une vision restrictive de la résurrection : il ressuscitera lors de la résurrection au
dernier jour. C’est une façon d’évacuer la question de la mort en renvoyant
son issue à des temps indéterminés. C’est aussi une façon de nier la mort
physique à laquelle nous sommes cependant tous confrontés. En ce sens la
réaction de Marie est bien moderne.
Notre société, en effet, cherche de plus
en plus à évacuer la mort. Cela passe
par l’acharnement thérapeutique qui entretient l’illusion de l’immortalité,
mais aussi par l’évacuation de la mort dans la vie courante. On ne meurt
presque plus chez soi, mais dans des lieux conçus pour cela et même à l’hôpital
un mort se doit d’être discret. Un mort dans un service hospitalier ne doit pas
se voir : c’est un échec de la médecine alors que c’est le terme d’une
vie.
Paradoxalement
le recours à l’euthanasie, voire le suicide assisté qui font la une de
l’actualité, relèvent de la même logique : la maîtrise de la vie et de la mort, autrement dit le rêve de toute
puissance. Ceci n’est ni plus ni moins une façon de s’opposer à Dieu, qui
nous dit par le Christ : Je suis la
résurrection et la vie. Autrement dit, la vie et la mort relèvent de ma
compétence et la mort n’a pas le dernier mot. Mais vous, vous disposez du
tombeau vide. Qu’en faites-vous ?
L’Evangile
nous donne plusieurs réactions possibles face à ce tombeau vide.
Il
y a d’abord Marie de Magdala : On a
enlevé du tombeau, le Seigneur. Devant
le tombeau vide c’est l’incompréhension et la résurrection ne semble même
pas imaginable. C’est la réaction de la majorité de nos contemporains
aujourd’hui. Il ne peut y avoir qu’une
réponse rationnelle au tombeau vide. La mort ne peut être évacuée comme
cela. Le mort doit bien être quelque part. La deuxième partie de la réponse de
Marie de Magdala est significative : nous
ne savons pas où on l’a mis. Nous sommes bien dans le domaine d’un savoir. Marie veut savoir, les hommes veulent
savoir.
Il
y a ensuite Pierre : c’est l’expert de la police scientifique. Il observe
méticuleusement les détails : bandelettes d’un côté, linge roulé de
l’autre. Mais il ne se prononce pas.
Il pourrait être français et bon disciple de Descartes : je pense donc je
suis ; je doute donc je suis. Il y a bien des indices curieux mais le
doute est maintenu. Cela aussi est révélateur de notre société : il y a
bien des choses bizarres dans l’enseignement de l’Evangile, mais on ne va guère
plus loin et surtout on ne se risque pas
à la confiance.
Il
n’en est pas de même pour le disciple que Jésus aimait : il
vit et il crut. Visiblement
c’est le seul qui semble avoir retenu l’enseignement de Jésus à l’occasion du
retour à la vie de Lazare. Je suis la
résurrection et la vie, celui qui croit en moi, même s’il meurt vivra; et
quiconque vit et croit en moi, ne mourra jamais. Ce qui est ici en question ce
n’est pas un savoir sur la mort et la résurrection. Il ne s’agit pas
d’avoir une explication d’une logique imparable pour expliquer le tombeau vide.
Il ne s’agit pas de proposer un échéancier pour situer la résurrection dans le
temps comme semble le comprendre Marie quand elle évoque la fin des temps.
L’insistance
de Jésus porte sur un mot répété trois fois en deux phrases : croit. Par deux fois c’est la règle
générale qui est explicitée. Celui qui croit, quiconque croit, voilà le plan
sur lequel se situe Jésus. La mort, la
résurrection, la vie ce n’est pas une question de savoir, c’est une question de
foi.
Cependant
s’il s’agit de croire, alors que croire ? L’affirmation de Jésus est en
effet paradoxale : d’un côté croire n’exclut pas la mort, même s’il meurt, et de l’autre côté
croire exclut la mort, ne mourra jamais. Jésus
n’ayant pas pour habitude de se contredire, c’est qu’il y a autre chose à
entendre derrière cette apparente opposition.
En
fait Jésus parle de deux morts
différentes. La première est la mort physique à laquelle personne
n’échappe, pas même le croyant. La deuxième mort est la mort spirituelle qui
n’est pas soumise aux contraintes biologiques. C’est ce qui permet à Jésus d’associer, voire de confondre, celui qui
meurt et celui qui ne mourra jamais.
Cela
conduit également à une conception de la vie qui ne se réduit pas à un passage
terrestre borné par la naissance et la mort physique.
Quand
Jésus dit : Je suis la résurrection
et la vie, il ne dit pas que dans un futur inconnaissable vous
ressusciterez pour une vie meilleure. Il nous dit qu’aujourd’hui il est possible de passer d’une conception de vie limitée
biologiquement à une vie acceptée comme un don sans limite. C’est que Jésus
appelle dans son entretien avec Nicodème : naître d’en haut. Cette naissance-là, la vie qui en découle, est
promesse. C’est la promesse que la vie
de l’Esprit et par l’Esprit ne peut se réduire à un berceau et un cercueil.
Cette vie là dépasse notre entendement et notre imagination parce qu’elle à son
origine en Dieu. Cette vie là est un don manifesté en Jésus-Christ qui par sa
mort et sa résurrection nous dit : la mort physique est certes
incontournable mais elle n’a pas le dernier mot parce que la vie d’en haut jaillit de la tombe au matin de Pâques et cette vie-là
est pour tous, gratuitement.
Crois-tu
cela ? Le
voilà le troisième emploi du verbe croire. La différence est que nous passons
de la troisième personne à la deuxième. Jusque là même si nous sommes passés du
plan du savoir au plan de la foi, nous en étions encore à essayer de définir la
foi en générale avec ses conséquences possibles. Cette question : crois-tu
cela ? nous interpelle directement parce qu’elle nous déplace de la position d’observateur à la position d’acteur.
Il
ne s’agit plus de disserter sur la foi et son contenu, mais il s’agit de se
positionner personnellement. Je ne pense cependant pas que cette question soit
une condition préalable pour entrer dans cette nouvelle vie. Cela voudrait en
effet dire que cette vie se mérite par la foi. Bien au contraire, cette vie est
offerte et un cadeau se reçoit. En ce sens j’entends
cette question comme un encouragement à ne pas attendre.
Vivons
cette vie nouvelle dès à présent et non dans un hypothétique avenir qui ne nous
appartient pas. La résurrection c’est
aujourd’hui, la vie nouvelle c’est aujourd’hui. Vivons cette vie d’en haut
tous les jours comme un cadeau toujours renouvelé. Le Christ est notre
compagnon, son Esprit nous conduit.
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