« Je vous appelle amis… »
Une simple Parole de Jésus à ses disciples,
avant le don de sa passion et de sa croix… Un simple mot, mais
une puissante irruption d’Evangile dans le monde, une puissante
proclamation de salut pour chacun d’entre nous.
Le Dieu tout-puissant vient comme notre ami, nous appelle
avec lui comme ses amis. Jésus-Christ, c’est la Bonne
Nouvelle de l’amitié de Dieu, qui signifie sa pleine
intimité, sa pleine solidarité avec notre existence,
jusqu’à subir et combattre, sur la croix,
l’épreuve de notre péché.
La toute puissance de Dieu, c’est
d’être infiniment plus que moi, mais de ne pas vouloir
être infiniment plus que moi.
La toute puissance de Dieu, c’est
d’être infiniment plus que moi, mais d’avoir voulu
être comme moi.
La toute puissance de Dieu, c’est
d’être mon créateur et mon sauveur, mais
d’avoir voulu être, avant tout, mon ami.
La toute puissance de Dieu, c’est
d’être Jésus-Christ, de s’être
dépouillé de sa divinité pour se faire mon
compagnon, jusqu’à souffrir et combattre ma mort, pour la
vaincre et sauver ma vie, malgré moi, par la justice toute
puissante de son amitié, la justice toute puissante du pardon de
son amour.
« Il n’y a pas de plus grand amour que de
donner sa vie pour ses amis ». Il n’y a pas de plus grand
amour qu’en Jésus-Christ crucifié afin que nous
vivions.
Mais Jésus-Christ crucifié, est-ce vraiment le don de
Dieu, le sacrifice de Dieu ? Il est de bon ton théologique, en
ces temps de puissantes science et sagesse, de contester la croix comme
sacrifice de Dieu, pour y voir la défaite de Dieu, son
impuissance face à la corruption des hommes,
irrémédiablement gagnés par la domination, et
perdus à la gratuité de l’amour.
Il est vrai, la croix de Jésus-Christ n’est
pas un sacrifice au sens de la loi de Moïse. Elle n’est pas
le rachat, que Dieu se serait versé à lui-même, du
pêché des hommes. Elle n’est pas un sacrifice
expiatoire, au sens où Dieu aurait ainsi versé une
rançon due au péché. Car cela signifierait que le
péché domine sur Dieu.
Non. La croix de Jésus-Christ n’est pas le
du, mais le don de Dieu, don inconditionnel et pleinement
libératoire offert aux hommes désespérément
redevables au péché, désespérément
mourants.
Un don, c’est-à-dire en aucun cas un
échec ni une défaite, mais un acte libre et souverain :
« Personne ne me prends ma vie », dit Jésus, «
c’est moi qui la donne ». La croix de Jésus est
l’acte ultime de l’amitié victorieuse de Dieu.
Victorieuse de notre mort. La croix de Jésus n’est pas une
rançon versée au péché, mais la victoire de
Dieu remportée sur notre mort ; la croix n’est pas la
défaite de Dieu, mais la défaite du néant,
attestée en nous par la foi.
La croix est un sacrifice, oui, le don de lui-même
de Dieu, par amour pour notre vie. Mais l’Evangile convertit le
sens même du mot sacrifice, selon que Jésus-Christ
convertit toute servitude en liberté…
Cette conversion consiste en ceci que le sacrifice de
Jésus-Christ n’est pas sacrifice à Dieu, mais
sacrifice de Dieu. La conversion du sacrifice, c’est qu’il
n’est plus question de sacrifier à Dieu, de racheter
à Dieu ceci ou cela, mais de vivre le bénéfice du
sacrifice de Dieu pour nous.
Ainsi, en Christ, se sacrifier n’est plus un acte
contraint, mais un acte libre ; se sacrifier ne signifie plus racheter
à Dieu, mais donner, combattre pour le monde, engager sa vie
pour combattre la mort, dans la grâce et la paix du salut
attesté par la foi… Comme Jésus a agonisé,
ce qui signifie très exactement « combattu » ; comme
Jésus a combattu notre mort de Gethsémané à
la croix.
Jésus-Christ souffre et meurt à la croix
pour combattre et vaincre la mort de ses amis, notre mort. Non, son
sacrifice n’est pas une fragile défaite, mais au contraire
le combat, l’agôn absolument puissant de l’amour pour
la vie du monde ; Voilà l’Evangile.
Et heureusement ! Car, quelle Bonne Nouvelle
recevrions-nous de la défaite de l’amour face au
péché du monde ? Que seuls les cœurs purs, comme
Jésus-Christ, mériteraient d’être par Dieu
repêchés d’un monde définitivement
abandonné à sa perdition ? Autrement dit, Christ serait
le salut des purs, et non des pécheurs ? Dans ce cas,
l’Evangile serait la bien mauvaise nouvelle d’une
condamnation universelle. Ou bien, qui se dira pur devant Dieu ?
Non. En ceci, écrit Paul, Dieu a montré son
amour pour nous, et la puissance de son amour : « lorsque nous
étions pécheurs, Christ est mort pour nous, mort pour
combattre et vaincre notre mort. »
Le Dieu crucifié n’attend de nous aucun sacrifice. La
religion du sacrifice à Dieu est morte sur la croix. Non. Je
vous appelle amis, nous dit-il, te dit-il, et je t’offre le
sacrifice de Dieu pour toi ; je t’offre mon sacrifice, mon
agonie, mon combat vainqueur dans ta chair, vainqueur de ta mort ; je
te l’offre comme ton salut, ta liberté… Ta
liberté qui sera, avec moi, de n’avoir plus rien à
craindre ou convoiter de ce monde, et tout à partager,
désormais, avec lui.
« Pour moi, proclame Paul, je ne fais aucun cas de
ma vie, comme si elle m’était précieuse, pourvu que
j’accomplisse ma course, et le ministère que j’ai
reçu du Seigneur Jésus : rendre témoignage
à la Bonne nouvelle de la grâce de Dieu. »
Tout à partager, pour la vie du monde, c’est
ta liberté, c’est ta croix ; tu la porteras avec
l’énergie et la paix du salut déjà
gagné pour toi par Jésus-Christ.
« Car la Parole de la croix est folie pour ceux qui
périssent ; mais pour nous qui sommes sauvés, elle est
puissance de Dieu. »
Puissance de vivre et d’honorer la vie. Malgré la mort.