l'Église Réformée de Nancy
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prédication
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le dimanche 24 février 2008
prédication par Freddy Leininger

 La tentation de Jésus

Evangile selon Matthieu - Chapitre 4, versets 1 à 11)


Ce serait, à mon avis, une erreur de considérer ce texte uniquement comme le récit d’un affrontement entre Jésus et le diable. Même si c’est pour affirmer la victoire du Christ. Je retiendrai beaucoup plus volontiers de ce texte, une conception de l’homme, une mauvaise compréhension de Dieu et une invitation à une relation dans un face à face avec Dieu. Cela nous aidera peut-être à mieux cerner la tentation, pour pouvoir mieux y répondre. 

La conception de l’homme tout d’abord. Je parle de conception de l’homme parce que même s’il s’agit du Christ c’est en tant qu’homme qu’il est confronté au diable et c’est en tant qu’homme qu’il réagit. Le tentateur a bien essayé de jouer sur son statut de fils de Dieu, mais à aucun moment il n’en a usé. 

Cela commence tout bonnement par la faim. Jésus a toutes les raisons d’avoir faim. Cette faim est bien l’identification d’un besoin propre à l’homme. On peut donc comprendre qu’une des caractéristiques de l’homme c’est d’avoir des besoins vitaux, qui ne sont pas niés par Dieu. Et même Jésus n’échappe pas à la règle, à plus forte raison après un jeûne de quarante jours.

Une autre caractéristique de l’homme nous est révélée par la deuxième tentation. Se jeter du haut du temple, pour Jésus, n’est pas ici un acte de confiance. Ce serait plutôt un acte de provocation. Il s’agit de vérifier le caractère magique de la divinité. Cet appétit pour la magie chez l’homme ne se dément pas aujourd’hui, même dans une société qui se veut rationnelle à l’extrême. J’en veux pour preuve cette expression courante : je vais tenter ma chance ! Nous sommes bien dans la recherche d’une forme de surnaturel.

La troisième tentation révèle une caractéristique beaucoup plus profonde et peut-être bien plus sournoise. Elle met en évidence la soif de pouvoir propre à l’homme et on peut même parler de son désir de toute puissance. C’est le rêve d’immortalité en tant que refus de la limite. Pas de limite à mon pouvoir, pas de limite à ma vie, je suis tout puissant.

Ce rêve de toute puissance ne se manifeste pas toujours avec cette radicalité, mais il est bien présent dans le quotidien de nos existences. Evacuation de la mort dans nos sociétés, refus de l’imprévisible conduisant à la recherche systématique d’un coupable, refus de l’échec médical, voilà quelques traductions concrètes du refus de la limite et de la soif de pouvoir, y compris sur la naissance et la mort. Tout cela je te le donnerai dit le diable ; voilà ce qui apaisera ton désir de puissance, pourrions-nous ajouter. 

Mais si ces trois tentations révèlent une certaine compréhension de l’homme, elles révèlent tout autant une mauvaise compréhension de Dieu. Comme si Dieu entrait dans le jeu de l’homme pour répondre à ses attentes.

Première attente. Tu as besoin de pain, Dieu te donnera du pain. Cette logique de la réponse systématique aux besoins me semble aller à l’encontre d’une bonne connaissance de l’homme et de Dieu. De l’homme parce que même si vous le nourrissez au point de le gaver, vous ne répondrez pas à son désir de relation qui est le moteur de son besoin de pain. De Dieu, parce que Dieu ne répond pas au besoin, mais au-delà du besoin. Il sait que derrière le besoin de pain il y a une autre attente, celle d’un besoin spirituel qu’il ne comblera d’ailleurs pas davantage. Maintenir une forme de manque c’est continuer de donner vie à ce besoin. Ainsi la Parole dont l’homme vivra n’aura jamais fini de combler nos attentes et c’est ce besoin, toujours en éveil, qui fait vivre. 

Deuxième attente. Tu as besoin de magie, de surnaturel, Dieu te comblera. Faux, nous dit le récit, c’est tenter Dieu, c’est le mettre à l’épreuve. Autrement dit c’est vouloir un dieu qui nous corresponde. C’est vouloir un dieu à qui nous dictons ce que nous attendons de lui. C’est lui attribuer un fonctionnement de distributeur de hauts faits dont je pourrai me glorifier. C’est ignorer que le dieu des éclats et des manifestations tonitruantes que nous avons encore tendance à convoquer, a choisi de se révéler dans la faiblesse d’un enfant et la souffrance d’un crucifié. 

Troisième attente. Tu veux être maître du monde en adorant celui qui te donnera le pouvoir, alors tu te trompes d’adresse. Adorer Dieu et lui rendre un culte ne fait pas l’objet d’un marchandage du genre si tu me donnes je te donnes. Adorer Dieu et lui rendre un culte ne se fait pas pour ce que Dieu donne, mais pour ce qu’Il est. Et ce Dieu là n’est pas dans la logique du pouvoir qu’il distribuerait mais il est dans la logique du don gratuit. Il donne, il se donne non que l’homme ait fait quelque chose pour le mériter ou qu’il fera quelque chose en reconnaissance.  

Ainsi la représentation de Dieu par le diable, c’est un dieu qui comble les besoins, un dieu qui correspond à ce que nous en attendons, un dieu qui distribue le pouvoir. Nous avons là un résumé de la tentation que nous pourrions définir ainsi : la tentation à laquelle est soumis le Christ et en conséquence tout homme, c’est la tentation de faire un dieu qui corresponde à nos représentations, à ce que nous pensons que dieu doit être. Ce n’est ni plus ni moins un faux dieu. 

La question est alors de savoir que faire pour ne pas tomber dans le piège de la tentation de se fabriquer un faux dieu.

Un premier élément de réponse nous est donné par l’utilisation que Jésus fait des Ecritures. Il oppose la Parole à une utilisation fallacieuse de cette même parole. Mais attention il ne faudrait pas en déduire que, détenteurs de la bonne parole, nous pouvons clouer le bec aux mauvais utilisateurs de la parole. Ce serait tomber dans le même piège que le tentateur lui-même en utilisant la parole à ses propres fins.

Cette Parole, opposée à l’hérésie du tentateur, ne peut être efficace que si elle est donnée. Reçue comme un don, elle se doit d’être intériorisée au point de remettre en question, y compris nos fausses certitudes, avant de pouvoir être partagée comme Parole qui transforme et réoriente l’existence.

Un deuxième élément de réponse est à rechercher dans le début du récit. Jésus est conduit au désert par l’Esprit et il jeûna pendant quarante jours et quarante nuits. N’en déduisons pas trop hâtivement que l’Esprit est responsable de la tentation ! Je crois plutôt que nous avons là le rappel d’une constante des évangiles : l’Esprit conduit le Christ et par conséquence les croyants. Il les conduit et les accompagne dans toutes les circonstances.

Mais ce qui attire davantage mon attention c’est le jeûne de Jésus. Je passe sur la symbolique des quarante souvent présente dans l’ancien testament, même si je retiens que c’est le temps pendant lequel Moïse était sur le mont Sinaï. Ce parallèle est frappant. Moïse s’est tenu en présence de Dieu pendant ce temps et je ne peux imaginer autrement les quarante jours de Jésus dans le désert que dans la présence de Dieu. Le jeûne est ici un moyen d’exprimer l’absence de contingences matérielles dans ce face à face. Et c’est de ce face à face que Jésus reçoit la force de répondre aux attaques du tentateur. La relation à Dieu, une relation personnelle, intime, j’allais dire sans parasites, cette relation permet de se saisir d’une Parole, de se nourrir d’une Parole qui dit quelque chose de fondamental de Dieu et sur Dieu. 

Nous sommes loin du faux dieu présenté par le tentateur.

Alors ne me faites pas dire qu’il s’agit maintenant de faire un séjour de quarante jours dans le désert ou sur la montagne. Mais ce texte nous rappelle avec force la nécessité de la relation intime, personnelle et discrète avec Dieu.

Si nous prenons le temps de vivre cela malgré l’agitation de la vie actuelle, nous serons mieux armés pour dénoncer les faux dieux et pour donner gloire au Dieu de la vie.

Pour Jésus les anges s’approchèrent et lui donnèrent à manger. Il ne s’agit pas là du retour du magique par la porte arrière. L’ange est un messager. On peut alors comprendre que la cerise sur le gâteau dans une relation forte avec Dieu est que celui-ci peut se manifester par un messager. Ce que nous avons refusé de saisir en nous soumettant à un faux dieu, alors même que cela nous paraissait indispensable, cela nous est donné. Raison de plus de vivre pleinement la relation à Dieu dont l’Esprit nous accompagne et nous conduit. 

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