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le dimanche 20 avril 2008
prédication par Jean_Yves Peter
Etant donc justifiés...
Ro 5, 1-11; Jean 14, 1-12
« Etant
donc justifiés par la foi… »
Je me dis…
Voilà comment il conviendrait d’ouvrir toutes nos prédications de l’Evangile :
par l’annonce, le rappel du don accompli de Dieu, pour nous ; pour chacun
d’entre nous, l’annonce du salut accompli par Jésus-Christ.
Heureusement,
et à juste titre, c’est ainsi que s’ouvrent nos célébrations de l’Evangile, nos
cultes, nos messes, peu importe le nom… D’abord, proclamer la grâce, puis louer
Dieu. Proclamer et fêter l’œuvre accomplie de son amour.
Voilà, oui,
ce qu’il convient de dire, avant tout : Vous qui êtes ici, ce matin,
invités, réunis à l’écoute, au partage, au témoignage de la Parole de Dieu, vous êtes
justifiés par la foi.
Autrement
dit, que vous soyez ici un ancien, pour la première fois peut-être,
entendez-le : Vous n’êtes pas ici pour entendre ce que Dieu vous demande,
mais pour entendre ce qu’il vous a donné, déjà. La foi, et par elle, la vie. La
vie libre avec Jésus-Christ. Non pas la vie qui meurt, mais la vie qui vit.
Elle vous est offerte, soyez en paix.
Comment
pouvez-vous savoir cela ?
Eh bien, très
simplement, par le seul fait d’être venu écouter cette Parole ; par ce
seul fait d’être venu vivre et partager et témoigner votre dialogue avec elle,
avec la Parole
qui s’est faite chair, qui s’est faite solidaire ; qui s’est faite
Jésus-Christ. Avec l’amour éternel, solidaire et vainqueur de notre mort, de la
condamnation de notre péché.
Envers nous,
qui concevons à peine que l’on puisse donner sa vie pour quelqu’un, ou quelque
cause, qui le mérite ; envers nous, Dieu prouve son amour en ceci qu’il
est venu subir la mort de notre péché ; subir la mort causée, libérée par
notre rejet de Dieu. Par notre prétention à nous suffire à nous même, en
matière de jugement et d’engagement.
Aux hommes
qui veulent faire leur vie et qui trouvent la mort, aux hommes qui veulent se
justifier et qui trouvent leur condamnation, Dieu offre la réconciliation. Par
Jésus-Christ, il vient combler la fosse de l’orgueil, il vient guérir la
prétention mortelle d’estimer le bien et le mal.
Mortelle prétention
oui, car se justifier, c’est forcément s’affirmer contre l’autre, contre son
prochain. C’est forcément établir sa valeur au moyen de l’autre, fut-ce en
prétendant lui être secourable… Je justifie mon existence par le bien que je
fais ; alors celui auquel je fais le bien me sert à me justifier. J’établis
ma valeur au moyen de l’autre auquel je viens en aide. Se justifier, c’est
forcément attester sa valeur au moyen de l’autre, prouver qu’il a besoin de
moi, et à terme, fatalement, le dominer, ramener sa vie à la mienne ; le
supprimer à mon profit… Si je dois justifier mon existence, faire ma place dans
le monde, je ne puis que m’imposer, et finalement m’opposer, à la vie du monde.
La
seule,
l’absolue condition de l’acte juste, c’est
d’être, soi-même, préalablement
justifié. Préalablement libéré de vouloir
se prouver à soi-même et aux autres. Libéré
avant d’agir. Avant de donner, avant de construire, avant de
s’engager, de
combattre. Afin de donner, de construire, de s’engager pour
l’autre, pour son
prochain, et non pas pour soi au moyen de l’autre. Afin de
s’engager pour rien,
non pas pour gagner ma vie, mais parce que je l’ai reçue.
La
seule,
l’absolue condition de l’acte juste, c’est
d’être réconcilié avant d’agir. Etre
réconcilié, cela signifie ne plus avoir à se
justifier, ne plus avoir à se
mettre en règle devant Dieu. A ne plus avoir, par
l’obéissance à quelque
commandement, à quelque exigence que ce soit, à obtenir,
à conquérir le droit,
le mérite de vivre, l’élection, mais simplement,
dans l’écoute de la Parole de Dieu, comme nous
le faisons à cet instant, recevoir notre chemin, notre vocation, et la force de
la mettre en œuvre, recevoir notre chemin et le pain pour le parcourir, le pain
de vie, l’amour qui nous dit : N’aie pas peur. J’ai vaincu ta mort, pour
toi. Parce que je t’aime. Parce que tu es mon enfant. Parce que j’ai désiré ta
vie, et que je désire que tu vives. Alors je suis venu te chercher. Et
t’emmener. Viens, et vois.
La valeur de
ton existence est constituée par le fait que tu existes. Et tu existes parce
que je t’aime. Point. Voilà l’Evangile.
Si tu entends
cela, et si tu en reçois la paix, la réconciliation avec toi-même, si ces
Paroles te parlent ; tu es justifié par la foi. Libéré de regretter le
passé, libéré de craindre l’avenir. Désormais, tu ne recevras rien de plus de
ce que tu feras, et c’est pourquoi tu le feras bien. Non pas parce que je te
l’ordonne, mais parce que je te le donne. Ce que tu feras, tu le feras bien,
parce que tu n’as plus à te soucier du lendemain. Et parce que tu n’as plus à
t’en soucier, tu pourras vraiment t’en occuper. L’absolue condition d’un acte
juste de notre part, c’est d’être justifié, réconcilié avant d’agir. Et nous le
sommes, par Jésus-Christ… Par notre salut, pleinement rémunérés, avant d’agir.
Ce qui fait
la valeur de ton existence, c’est le fait que tu existes. C’est plus qu’une
théorie. C’est la dignité possible pour la vie humaine, contre toutes les
atteintes de l’injustice. C’est cette foi qui nous apprend à respecter un
handicapé, un malade, un criminel, toutes formes de faiblesse, de chutes, de
dépendances, d’une vie ou d’un temps… et à combattre pour leur dignité, comme
Christ a combattu pour la nôtre, lorsque la peur et l’orgueil nous faisaient
serviteurs de la mort. C’est cette foi qui rend possible une société solidaire,
fondée, non sur l’accusation, mais sur le pardon… C’est cette foi qui rend
possible, en un mot, le progrès de la condition humaine.
Et nous voici,
donc, réconciliés par la foi avec l’avenir du monde, et nous voici à entendre
Jésus-Christ nous dire : « Si vous demandez quelque chose en mon nom,
je le ferai, afin que le Père (c’est-à-dire l’amour) soit glorifié dans le Fils
(c’est-à-dire par l’œuvre de l’amour). Si vous demandez quelque chose en mon
nom, je le ferai. »
Cette Parole
pose un vrai problème ! Si, bien sûr, on la prend au sérieux… Si on ne fait
pas semblant… Si chacun d’entre nous, ici, avait obtenu toutes les choses
demandées dans la prière, c’est-à-dire par la foi – enfin, a priori ; à
moins que ce soit par la peur… Dans ce cas, si la foi était une magie efficace,
à n’en pas douter, ce temple serait plein, et même manquerait de places, et
notre Eglise n’aurait pas d’autre problème financier que de se demander quoi
faire de son argent !
Mais voilà…
Ça ne marche pas. Nous l’avons tous expérimenté, plus ou moins douloureusement…
Alors quoi ? Allons-nous rayer cette Parole ? Ou continuer à faire
semblant ? Non. Simplement, nous allons l’écouter.
Et écouter
ceci, premièrement, que cette parole est adressée aux disciples. Elle n’est pas
individuellement adressée, mais collectivement. « Si vous
demandez », dit Jésus aux disciples qu’il envoie au témoignage de la Bonne Nouvelle
(« Comme tu m’as envoyé, moi aussi je les envoie », dit-il plus loin
à son Père) ; les disciples qui deviennent dès lors les apôtres (les
envoyés), autrement dit, l’Eglise.
Cette
promesse concerne donc ce qui relève de la mission de l’Eglise, et non pas des
attentes, des souhaits individuels de tel ou tel de ses membres. La mission de
l’Eglise, c’est de faire entendre l’Evangile partout dans le monde. Tout ce que
vous demanderez, en rapport à l’accomplissement de cette mission – et non pas
en rapport à vos problèmes, vos attentes, vos objectifs personnels ; tout
ce que vous demanderez pour que l’Evangile soit entendu, je le ferai.
Et
pour bien
entendre qu’il ne s’agit pas, ou plus, de moi, pour moi, et
ni même de nous,
pour nous, il suffit de revenir à la proclamation de
Paul : « Vous
avez été justifiés ! » C’est
fait… Vous qui écoutez l’Evangile, votre
salut est chose faite ! Par la foi.
Alors, dès
lors, qu’allez-vous demander ? Si tu as Jésus-Christ, si tu as reçu le
compagnonnage de la Parole
de Dieu, tu as tout. Et ce que tu n’as pas, c’est une illusion, un mensonge,
car tu as Jésus-Christ. Tu as été justifié. Tu as la vie, la vie libre, et tu
as la Parole
qui t’en montrera le chemin. Bien que tu ne sois pas capable de suivre, bien
que, parfois même, tu t’égares à demander à Dieu de faire ce que tu veux,
plutôt que ce qu’il veut… Et il veut que tu vives. Alors, laisse-toi redresser,
conduire et reçois ; écoute, et ne demande rien. Et fais, en paix, ce
qu’il t’est donné de faire.
Ou plutôt,
demande, avec l’Eglise : « Que ta volonté sois faite… Toi qui m’as
justifié, apaisé et réconcilié, avec toi, avec moi, avec le monde, je te
demande que ta volonté soit faite, et que j’y prenne part, que j’y prenne ma
part, avec l’Eglise. Je sais qu’il n’y a rien de mieux, pour moi, pour nous, que
de vivre ta volonté. « Non pas ce que je veux, mais ce que tu veux ».
C’est un peu…
excessif ? Voire un peu… fou ? Ça l’est ! C’est « la folie
de Dieu, plus sage que les hommes ». Cette folie qui proclame que l’avenir
de la vie, ce n’est pas la mort, mais la liberté. Mais surtout, une folie puissante
en libération. Car celui qui n’a plus rien à demander est libre pour partager.
Celui qui ne s’inquiète plus est libre pour s’engager, risquer, innover.
N’est-ce pas ce qui se passe, là où passe l’Evangile ? Car la nature, la
vocation de l’homme, l’homme image de Dieu, ce n’est pas de conserver, ni
préserver ce qu’il a, mais c’est de le partager, pour le multiplier. Vocation
libérée par l’Evangile. Ne regarde pas en arrière ; tu es justifié.
Lève-toi, et marche !
Tu as, vous
avez, nous avons tous notre place dans l’œuvre de la vie. « Il y a
beaucoup de demeures dans la maison de mon Père ». Recevez la vôtre,
occupez-la, et vous ferez de plus grandes œuvres encore que Jésus n’a fait
lui-même, par sa Parole, vous propagerez l’Evangile, et la liberté, et la
dignité, aux confins du monde, et pourquoi pas au-delà, et tout ce que vous
demanderez, pour que votre salut soit partagé, largement, universellement, il
le fera. Avec vous.
N’en doute
pas ; n’aie pas peur ; écoute, et crois seulement !
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