Vastes questions !
« Jésus est-il Dieu ? »
Certains courants protestants, auto-qualifiés
de « libéraux » (ce qui signifie qu’ils se veulent libres à l’égard
des affirmations dogmatiques et d’une lecture littérale de la Bible)
ne reconnaissent pas en l’homme Jésus une manifestation de Dieu.
Ils reconnaissent que le fait que Jésus ait été « Christ » (ce terme
grec synonyme du « Messie » hébreu qualifie l’envoyé décisif de
Dieu en faveur de son peuple) est une manifestation de Dieu ; autrement
dit, que les paroles qu’il a prononcées sont Parole de Dieu.
Jésus-Christ aurait alors été le
premier homme pleinement habité de Dieu, au point de s’abandonner
entièrement à l’amour de son prochain, sans rien concéder à son
propre intérêt.
Jésus-Christ revêt dès lors une
dimension exemplaire : il est l’appel adressé aux hommes à se confier
entièrement à la Parole de Dieu - autrement dit à l’Esprit-Saint
- pour réaliser leur vocation humaine, qui est de bâtir un monde de
justice, de paix, de liberté, un monde réalisant tous les idéaux
relationnels.
De même et de plus, Dieu révèle
aux hommes par Jésus-Christ la possibilité qui est la leur d’atteindre
ce modèle, d’atteindre l’humanité idéale, l’humanité accomplie ;
la possibilité qui est la leur d’être, eux aussi, des Jésus-Christ,
des vivants en pleine communion avec l’amour, qui est Dieu.
Le libéralisme délie donc la personne
humaine « Jésus » de la notion divine de « Christ ». Il est possible,
à partir de là, que d’autres personnes humaines reçoivent la fonction
divine de « Christ ». L’événement Jésus-Christ est donc relativisé,
et le concept d’incarnation de fait abandonné ; Jésus n’a pas été
Dieu, mais c’est l’Esprit-Saint qui l’a habité, comme il habite
toute personne vivant la foi.
Par conséquent, le libéralisme conçoit
la foi comme, principalement, une école d’exigence morale ; une foi
non pas en un salut acquis, mais en un salut possible.
Ce « libéralisme » tend naturellement
vers le « déisme », qui considère Dieu comme l’énergie de perfectionnement
propre à la nature humaine. Et Jésus-Christ est l’humain idéal,
accompli, l’humain qui surmonte la mort en atteignant sa pureté.
Le déisme supprime le Dieu Père, c’est-à-dire le Dieu qui précède
et engendre la vie, et l’existence humaine en particulier. Dieu est
intrinsèque à la vie, il est l’énergie vitale par laquelle la vie
tend vers sa perfection. Dieu est l’énergie vitale propre au vivant ;
il n’a pas d’être distinct des êtres vivants. Jésus-Christ révèle
la nature de cette énergie : Dieu est amour. L’amour est la potentialité,
la vitalité humaine par excellence. Le déisme est un idéalisme fondé
en l’homme ; il est un athéisme.
Ces positions théologiques concernent
une partie du protestantisme, largement minoritaire au demeurant, d’autant
que ces positions mènent, à l’athéisme, par le moyen par exemple
du déisme que je vous ai décrit.
La grande majorité du protestantisme
est trinitaire, c’est-à-dire qu’il confesse en Dieu le Père souverain
de la vie et de chaque personne vivante, que Dieu le Père a offert,
en Jésus-Christ, sa pleine participation à l’existence humaine (Jésus-Christ
– et Jésus seul est et sera le Christ – est pleinement humain et
pleinement divin), afin d’affronter et vaincre la mort des humains,
pour les humains, et que la Parole de Dieu (l’Esprit Saint) garde
jour après jour ceux qui l’écoutent sur ce chemin de vie (la voie
étroite) ouvert par Jésus-Christ.
La grande majorité des protestants
donc, non pas « considèrent » (car la foi n’est pas une capacité
humaine), mais croient que, non pas « Jésus », mais « Jésus-Christ »
est pleinement manifestation de Dieu, conforme à l’être créateur
de Dieu : il est le salut de Dieu, lequel salut participe de l’être
de Dieu.
« La mort de Jésus est –elle un
sacrifice expiatoire ? »
Que Jésus se soit offert en sacrifice
pour notre salut est la vérité, bibliquement exprimée. Encore faut-il,
effectivement, interpréter conformément à l’Evangile ce fait du
sacrifice de Jésus. Car il s’agit d’un sacrifice selon l’Evangile,
et non pas selon la loi.
Dire que Dieu se serait payé à lui-même
le prix du péché des hommes n’a aucun sens. Dieu s’est sacrifié
non pas pour payer la rançon de notre péché (ce qui signifierait
de fait que le péché est une autorité supérieure à Dieu), mais
pour combattre et vaincre notre mort, causée par notre péché. La
croix n’est pas un acte contraint, mais un acte souverain de Dieu.
Jésus-Christ n’est pas mort pour expier notre péché, mais
pour vaincre notre mort. En cela, il est juste de dire que Dieu a payé,
par la croix, le prix de notre libération. Son sacrifice est
un combat, vainqueur. Il n’est pas mort pour nous, seulement : il est
mort comme nous mourrons, afin que sa victoire soit notre libération.
La résurrection signifie donc la victoire
sur le péché et la mort remportée par Jésus-Christ, c’est-à-dire
par le pardon de Dieu. Le péché n’est pas remboursé, si l’on
veut , mais vaincu, désarmé par le pardon. L’accusation ne peut
rien contre le pardon.
Ceci dit, la théologie libérale considère
majoritairement aujourd’hui la croix comme la défaite de Jésus ;
une défaite qui dévoile cependant toute la perversité de l’orgueil,
cause de cette injustice comme de toutes les horreurs de l’histoire
humaine, horreurs dont la croix est le lamentable symbole ; une défaite
qui, par conséquent, appelle la conscience humaine au repentir devant
Dieu, un repentir qui reconnait en Jésus–Christ l’exemplarité
libératrice. Cette interprétation, que l’on pourrait qualifier de
semi-humaniste, ou semi-déiste, est minoritaire dans le protestantisme,
pour cette même raison qu’elle conduit généralement à un plein
humanisme athée.
Enfin, il n’y a pas d’interprétation
proscrite du mystère de la croix dans l’Eglise réformée, à condition
qu’elle ne refuse pas de se mettre en dialogue avec les autres. Cependant,
la théologie réformée est, fondamentalement, une théologie trinitaire,
laquelle ne constitue pas une affirmation, mais une méthode dogmatique.
Pasteur Jean-Yves Peter
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