l'Église Réformée de Nancy
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453. Sujet : La divinité de Jésus Christ et son sacrifice pour nous ?

Je vais essayer de résumer brièvement les deux questions que je me pose pour l'instant le plus sur la foi protestante. 
Tout d'abord, j'ai lu sur le site que certains protestants ne considèrent pas que Jésus est Dieu. Cela m'étonne beaucoup, car cela me semble la base de la chrétienté. Pourriez-vous éventuellement me donner quelques éclaircissements à ce sujet, peut-être ai-je mal compris ? Et sinon, est-ce que tous les protestants réformés pensent cela ? 
Ma deuxième question concerne la mort de Jésus et sa signification. D'origine catholique, j'ai fréquenté pendant 8 ans une église évangélique, et je crois au sacrifice expiatoire de Jésus. Mais j'ai cru comprendre que les protestants réformés n'y croient pas, ou du moins ne le définissent pas de la même façon que les évangéliques. Cela me perturbe beaucoup, et je me pose donc des questions. Que signifient pour vous la mort et la résurrection de Jésus, si ce n'est pas un sacrifice expiatoire ? Et est-il possible de faire tout de même partie de l'église réformée si on pense, comme je le fais, que Jésus est mort pour payer le prix de nos pêchés ?   

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Vastes questions ! 

« Jésus est-il Dieu ? »

Certains courants protestants, auto-qualifiés de « libéraux » (ce qui signifie qu’ils se veulent libres à l’égard des affirmations dogmatiques et d’une lecture littérale de la Bible) ne reconnaissent pas en l’homme Jésus une manifestation de Dieu. Ils reconnaissent que le fait que Jésus ait été « Christ » (ce terme grec synonyme du « Messie » hébreu qualifie l’envoyé décisif de Dieu en faveur de son peuple) est une manifestation de Dieu ; autrement dit, que les paroles qu’il a prononcées sont Parole de Dieu.

Jésus-Christ aurait alors été le premier homme pleinement habité de Dieu, au point de s’abandonner entièrement à l’amour de son prochain, sans rien concéder à son propre intérêt.

Jésus-Christ revêt dès lors une dimension exemplaire : il est l’appel adressé aux hommes à se confier entièrement à la Parole de Dieu  - autrement dit à l’Esprit-Saint - pour réaliser leur vocation humaine, qui est de bâtir un monde de justice, de paix, de liberté, un monde réalisant tous les idéaux relationnels.

De même et de plus, Dieu révèle aux hommes par Jésus-Christ la possibilité qui est la leur d’atteindre ce modèle, d’atteindre l’humanité idéale, l’humanité accomplie ; la possibilité qui est la leur d’être, eux aussi, des Jésus-Christ, des vivants en pleine communion avec l’amour, qui est Dieu.

Le libéralisme délie donc la personne humaine « Jésus » de la notion divine de « Christ ». Il est possible, à partir de là, que d’autres personnes humaines reçoivent la fonction divine de « Christ ». L’événement Jésus-Christ est donc relativisé, et le concept d’incarnation de fait abandonné ; Jésus n’a pas été Dieu, mais c’est l’Esprit-Saint qui l’a habité, comme il habite toute personne vivant la foi.

Par conséquent, le libéralisme conçoit la foi comme, principalement, une école d’exigence morale ; une foi  non pas en un salut acquis, mais en un salut possible.

Ce « libéralisme » tend naturellement vers le « déisme », qui considère Dieu comme l’énergie de perfectionnement propre à la nature humaine. Et Jésus-Christ est l’humain idéal, accompli, l’humain qui surmonte la mort en atteignant sa pureté. Le déisme supprime le Dieu Père, c’est-à-dire le Dieu qui précède et engendre la vie, et l’existence humaine en particulier. Dieu est intrinsèque à la vie, il est l’énergie vitale par laquelle la vie tend vers sa perfection. Dieu est l’énergie vitale propre au vivant ; il  n’a pas d’être distinct des êtres vivants. Jésus-Christ révèle la nature de cette énergie : Dieu est amour. L’amour est la potentialité, la vitalité humaine par excellence. Le déisme est un idéalisme fondé en l’homme ; il est un athéisme.

Ces positions théologiques concernent une partie du protestantisme, largement minoritaire au demeurant, d’autant que ces positions mènent, à l’athéisme, par le moyen par exemple du déisme que je vous ai décrit.

La grande majorité du protestantisme est trinitaire, c’est-à-dire qu’il confesse en Dieu le Père souverain de la vie et de chaque personne vivante, que Dieu le Père a offert, en Jésus-Christ, sa pleine participation à l’existence humaine (Jésus-Christ – et Jésus seul est et sera le Christ – est pleinement humain et pleinement divin), afin d’affronter et vaincre la mort des humains, pour les humains, et que la Parole de Dieu (l’Esprit Saint) garde jour après jour ceux qui l’écoutent sur ce chemin de vie (la voie étroite) ouvert par Jésus-Christ.

La grande majorité des protestants donc, non pas « considèrent » (car la foi n’est pas une capacité humaine), mais croient que, non pas « Jésus », mais « Jésus-Christ » est pleinement manifestation de Dieu, conforme à l’être créateur de Dieu : il est le salut de Dieu, lequel salut participe de l’être de Dieu.  

« La mort de Jésus est –elle un sacrifice expiatoire ? »

Que Jésus se soit offert en sacrifice pour notre salut est la vérité, bibliquement exprimée. Encore faut-il, effectivement, interpréter conformément à l’Evangile ce fait du sacrifice de Jésus. Car il s’agit d’un sacrifice selon l’Evangile, et non pas selon la loi.

Dire que Dieu se serait payé à lui-même le prix du péché des hommes n’a aucun sens. Dieu s’est sacrifié non pas pour payer la rançon de notre péché (ce qui signifierait de fait que le péché est une autorité supérieure à Dieu), mais pour combattre et vaincre notre mort, causée par notre péché. La croix n’est pas un acte contraint, mais un acte souverain de Dieu. Jésus-Christ n’est pas mort pour expier notre péché, mais pour vaincre notre mort. En cela, il est juste de dire que Dieu a payé, par la croix, le prix de notre libération. Son sacrifice est un combat, vainqueur. Il n’est pas mort pour nous, seulement : il est mort comme nous mourrons, afin que sa victoire soit notre libération.

La résurrection signifie donc la victoire sur le péché et la mort remportée par Jésus-Christ, c’est-à-dire par le pardon de Dieu. Le péché n’est pas remboursé, si l’on veut , mais vaincu, désarmé par le pardon. L’accusation ne peut rien contre le pardon.

Ceci dit, la théologie libérale considère majoritairement aujourd’hui la croix comme la défaite de Jésus ; une défaite qui dévoile cependant toute la perversité de l’orgueil, cause de cette injustice comme de toutes les horreurs de l’histoire humaine, horreurs dont la croix est le lamentable symbole ; une défaite qui, par conséquent, appelle la conscience humaine au repentir devant Dieu, un repentir qui reconnait en Jésus–Christ l’exemplarité libératrice. Cette interprétation, que l’on pourrait qualifier de semi-humaniste, ou semi-déiste, est minoritaire dans le protestantisme, pour cette même raison qu’elle conduit généralement à un plein humanisme athée.

Enfin, il n’y a pas d’interprétation proscrite du mystère de la croix dans l’Eglise réformée, à condition qu’elle ne refuse pas de se mettre en dialogue avec les autres. Cependant, la théologie réformée est, fondamentalement, une théologie trinitaire, laquelle ne constitue pas une affirmation, mais une méthode dogmatique.  


Pasteur Jean-Yves Peter

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