Bonjour, et bravo de vous poser
des questions, et des questions théologiques en plus, c'est
une bonne chose.
Oui, je pense que l'on
naît
pécheur, que c'est la volonté de Dieu, et que
c'est une
grâce immense. En effet, l'homme naît
inachevé,
c'est une vraie chance car nous pouvons ainsi participer à
notre
développement, et influer sur ce que nous devenons. Le fait
d'être inachevé est ainsi une grâce,
celle d'avoir
une liberté importante, mais aussi celle aussi
d'être en
construction, en mouvement, et c'est vraiment ça, vivre et
être heureux : de progresser, de se construire. Mais
à
l'inverse, comme nous sommes inachevés, nous sommes
pécheurs. Il reste une part de chaos en
nous-mêmes, une
part qui a besoin de grandir dans des dimensions essentielles. Par
exemple, au départ, nous ne sommes que quelques cellules en
train de se multiplier. On ne peut pas en vouloir à ces 8 ou
16
cellules de ne pas avoir de capacité à aimer, les
pauvres, elles font ce qu'elles peuvent pour se multiplier et ce n'est
qu'ensuite, bien plus tard, que naîtra quelque chose qui est
de
l'ordre de la vie supérieure qu'est la capacité
à
aimer et à faire le bien.
Fondamentalement, c'est cela le
péché, un manque de croissance. C'est une sorte
de
"péché originel" si on veut l'appeler comme
ça, un
péché constitutif de notre nature. Mais il y a
aussi un
péché plus grave qui est le refus de progresser,
ou
simplement le choix de ne pas vouloir progresser. Peut-être
est-ce cela le fondamental "péché contre
l'Esprit" dont
parle Jésus. Ce n'est pas que Dieu nous en voudrait de
refuser
ainsi d'aller de l'avant, mais notre situation est alors assez grave,
puisque nous refusons non seulement son aide, mais même
l'idée d'avancer dans le sens de la vie.
Personnellement je vois donc ces
deux origines
au péché, une bonne qui est un manque et une
mauvaise qui
est un refus.
Il y a ensuite les
péchés, au
pluriel, qui son les bêtises que nous faisons. Oui, elle sont
le
résultat de nos manques, manque d'amour vrai, manque
d'intelligence, manque de force... Parfois ces fautes sont
inévitables, parce que nous sommes dans une situation
complexe
où nous n'avons le choix qu'entre des solutions qui sont
toutes
plus ou moins mauvaises, et que même en choisissant la moins
mauvaise des solutions nous sommes quand même source de
souffrance dans le monde, et donc nous commettons un
péché. Jésus-Christ lui-même
est allé
au sommet de ce développement dont je parlais en premier, il
était donc, si l'on veut, sans péché
(au
singulier), mais il ne pouvait pas être sans
péchés
(au pluriel), car ce n'est pas possible. Par exemple quand il
guérit quelqu'un le jour du sabbat, il a raison de le faire,
mais c'est quand-même contre cet excellent principe du
décalogue qui consiste à ne rien faire d'autre un
jour
par semaine que de penser à Dieu et à la
dimension
spirituelle de l'existence. Jésus a donc bien choisi, mais
il
n'avait le choix qu'entre deux solutions qui avaient toutes les deux un
inconvénient, un péché.
Mais quel que soit le
péché ou
les péchés, Dieu ne se lasse jamais, lui, de nous
vouloir
du bien. Son attitude envers nous est donc plus aimante même
que
le pardon, elle est une attitude créatrice, par amour pour
nous.
Bonne route à vous
Amitiés
Marc Pernot
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