Cher Monsieur
C'est votre étymologie qui vous égare... en théologie,
sacrement, ne veut pas dire simplement un acte sacré,
mais autre chose.
Dans la Bible, sacramentum veut dire un secret,
et traduit le mot grec mysterion qui signifie le secret intelligible
du projet créateur de Dieu, c'est l'objet de la révélation.
Mais en suite dans l'histoire de l'eglise, celle ci a voulu
choisir parmi les geste liturgiques ou ecclésiastiques certains en
particulier dont elle pensait qu'ils signifiaient particulièrement
le projet de salut de Dieu pour l'humanité.
Le nombre des sacrements a grandement varié dans l'Eglise
chrétienne, entre deux et plusieurs dizaines à certaines époques,
finalement, c'est le concile de Trente, qui je crois, a voulu en garder 7
parce que ce nombre est beau. Mais il y a toujours eu des discussions, par
exemple comment expliquer que l'ordination d'un prêtre soit un sacrement,
mais pas les voeux perpétuels d'un religieux...
Les protestants ont gardé, à la base, la même
liste de sacrements, mais ont ajouté des conditions pour que l'acte
en question puisse être considéré effectivement comme
sacrement. Ces conditions étaient:
- 1 Qu'il y ait une institution par le Christ dans l'Evangile
- 2 que le geste ait effectivement une notion d'universalité (comme
la grâce), et donc puisse concerner tout le monde
- 3 qu'il y ait une matière visible et concrète
Si vous passez au crible les 7 sacrements, vous verrez que
seuls deux passent les trois critères: la communion et le baptême.
Il ne s'agit donc pas de définir quels sont les actes
considérés comme les plus sacrés, mais bien
autre chose, une sorte de liste un peu conventionnelle des principaux gestes
étant des signes visibles de la grâce invisible de Dieu,
cette liste n'étant pas exaustive.
Ainsi en particulier, certains disent que si le mariage n'est
pas un sacrement pour les protestants, c'est qu'il est moins sacré
que chez les catholiques. C'est faux, si le mariage n'est pas un sacrement
chez les protestants, ce n'est pas parce qu'ils le prendraient moins au sérieux,
mais pour la seule raison que tout le monde n'est pas appelé à
être marié et que donc ce signe n'est pas universel et donc ne
peut adéquatement signifier la grâce de Dieu qui est offerte
à tous, mariés comme non mariés.
Quant à la position du Christ sur la question, je pense
effectivement qu'il était au delà de ces questions, son problème
n'était pas de savoir s'il fallait qu'il y ait deux, sept, ou trente
sacrements. La position protestante est de considérer les sacrements
plus comme des actes pédagogiques qu'autre chose. Et donc en effet,
il s'agit de ne pas leur donner plus d'importance qu'il ne le faut. Ils ne
sont que des signes, et l'important n'est pas le signe, mais la réalité
première qui y est signifiée. Quant le signe prend de l'importance
pour lui même, et qu'on oublie qu'il n'est qu'au service d'une réalité
autre, effectivement, on court le risque de le transformer en rite plus ou
moins magique, et c'est un danger réel auquel il me semble qu'il faut
prendre grande garde.
Avec mes très cordiales salutations.
Louis Pernot
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