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424. Sujet : Je
m'interroge sur le fameux sola gratia des protestants
Monsieur le pasteur
Je suis catholique. Depuis longtemps je
m'interroge sur le fameux sola gratia des protestants, car j'ai beaucoup de
mal à le comprendre. De plus, je manque terriblement d'objectivité.Quel
est le rapport exact entre la foi et les oeuvres? pour vous la coupure est-elle
vraiment complète? J'ai peur de me faire une caricature de ce que vous
croyez vraiment.
Dans le Petit dictionnaire de théologie
catholique, à l'article Protestantisme, Rahner et Vorgrimler déclarent:
"Le catholicisme professe avec le
protestantisme le principe sola gratia s'il est toutefois bien compris.Car,
du premier moment jusqu'au dernier, il n'existe pas d'acte salutaire qui ne
sois pas porté par une grâce gratuite (non due). Tant la possibilité,
en effet, que l'acte libre effectif de l'homme, et donc ce qui libère
la liberté pour croire, espérer et aimer selon Dieu vient de la
grâce qui est sans doute promise à tous, mais qui reste pour chacun
une grâce nullement due. [...]"
J'ai effectué des coupures, espérant
ne pas avoir omis quelque chose d'important.Nous nous accordons sur l'essentiel,
pas de problème sur ça.Mais si, à la lettre, seule la foi
sauve, si aucune circulation n'existe entre la grâce vivifiante de Dieu
et les oeuvres de l'homme; alors où est la liberté de l'homme?
Peut-être que je m'explique mal.
Enfin, ma première question est: comment les protestants accordent sola
gratia avec la responsabilité de l'homme devant Dieu?
A ce propos, voici ce que disent Rahner
et Vorgrimler (dans une perspective catholique):
"Cependant, pour autant que cette
grâce a une action réellement transformante dans l'homme justifié,
ce que celui-ci fait dans l'esprit de Dieu est digne de la vie éternelle
et digne, en ce sens, du mérite dont l'écriture elle-même
parle tout naturellement."
Ce qui m'amène à ma seconde
question. Quelle est l'argumentation que proposent les protestants au sujet
du sola gratia? J'ai entendu une fois sur Fréquence Protestante un pasteur
de l'Eglise réformée dire que l'annonce par le Christ du Jugement
dernier en Matthieu, 25 31 avait été abusivement interprétée
sous l'angle d'une théologie du mérite. Peut-être pourriez-vous
m'en faire un commentaire?
Merci d'avance?
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Cher Monsieur
Vous savez que le protestantisme n'est pas défini dogmatiquement,
c'est à dire qu'il n'y a pas de théologie officielle et obligatoire.
En ce sens, le sola gratia était un principe
de théologie de certains réformateurs, et en particulier Calvin
au 16e siècle, mais aujourd'hui, personnellement, je ne le professe
pas d'une manière aussi radicale que ce réformateur. Je crois
d'ailleurs que beaucoup de protestants d'aujourd'hui, d'une certaine manière
s'approchent du semi-pélagianisme catholique, admettant, comme vous,
au moins la liberté de l'homme d'adhérer au plan du salut, au
moins d'accepter le salut, et au plus d'avoir à collaborer à
l'oeuvre divine en lui.
Ce que je pourrais dire, c'est que la tendance actuelle reste
quand même une insistance certainement globalement plus forte dans le
protestantisme sur la grâce, le pardon et l'amour inconditionnel de
Dieu que dans le catholicisme.
Pour Calvin, c'était simple, le salut dépendait
du seul décret éternel de Dieu, prédestinant certains
au salut, et d'autres à la perdition. Je ne connais aujourd'hui aucun
protestant réformé professant cette doctrine de la double prédestination,
et je m'en réjouis.
Bonnes réflexions et très cordialement
Louis Pernot
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