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290. Sujet : Sauvé malgré la croix ?

Bonjour Marc,

J’ai découvert ton site en cherchant des homélies et des prédications sur Pâques. J’ai jeté un coup d’œil sur les questions /réponses – j’apprécie ton ouverture d’esprit et ta largeur de vue ! - et sur d’autres pages, notamment ton avis sur le Fil de Gibson, The Passion. Je n’ai pas vu le film, je n’en ai pas l’occasion, et vu les recensions lues, pas l’envie non plus ! Ce qui m’a interpellée c’est ton commentaire à la fin :

Mais non, à la réflexion, le pire c'est le sens qui est donné à la passion du Christ. Ce sens est dit explicitement, mais en 2 ou 3 petites phrases, il s'agit purement de cette invention moyenâgeuse d'Anselme de Cantorbery appelé du doux nom de "satisfaction vicaire".

  • Selon cette théorie, Dieu ne pourrait pas nous pardonner nos péchés tant qu'il n'y a pas quelqu'un pour payer. Selon cette théorie, comme nos péchés sont abominables et que nous sommes nombreux, la note est salée. Le Christ, innocent et souffrant énormément aurait payé pour nous, arrivant à acheter ainsi le pardon de Dieu.
  • Cette théorie est une incroyable régression par rapport à l'évangile du Christ, elle est même en régression par rapport à la théologie d'Abraham (soit une régression niant presque 4000 ans d'efforts de Dieu pour se faire connaître).

Dans l'évangile, le premier à aimer (même ses ennemis), c'est Dieu, il n'a pas besoin qu'un innocent achète son amour par sa souffrance et sa mort. Heureusement. Quand le Christ meurt sur la croix, il montre combien il aime d'humanité, et cela nous donne une idée de l'amour de Dieu pour nous. Un amour infini qui, comme tout amour, ne s'achète pas.

Pasteur Marc Pernot

Tout à fait d’accord avec toi ! Mais peux-tu m’expliquer comment tu vois les choses, en ce qui concerne la mort de Jésus et le rapport avec le salut pour l’humanité, et développer ton point de vue. Tu vois, je suis catholique, je connais mal le protestantisme et j’essaie de pallier cette lacune en surfant à mes rares moment libres. Je me rends bien compte qu’il y a une large palette d’opinions dans votre confession mais je trouve ton approche intéressante, pour ce que je peux en percevoir.

Marie

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Merci, chère sœur, pour ce message si fraternel.

Voici comment je vois les choses. La question de notre salut, ce n'est pas la conversion de Dieu, mais plutôt la nôtre. Dieu pouvait aimer et pardonner avant la croix, il pourrait aimer et pardonner même s'il n'y avait pas eu la croix. Car Dieu est amour. Le Christ manifeste cet amour, et c'est bien utile, car personne n'a jamais vu Dieu. Nous sentons qu'il y a un amour quelque part là-haut, mais serait-ce une idée, un émotion subjective ? Peut-être que je projette sur Dieu la tedresse que j'ai reçue (ou pas reçue) de ma petite maman? Et bien non. En Jésus-Christ, et particulièrement sur la croix, nous pouvons tous enfin voir ce que c'est que l'amour, nous pouvons voir, connaître, presque toucher ce que c'est que l'amour de Dieu pour le pécheur. Et cela bouleverse en profondeur notre théologie, notre relation à Dieu, notre espérance, notre relation à Dieu.

C'est vrai qu'il y a quelques passages qui pourraient faire penser que le Christ achète notre pardon à Dieu. Ces passages ne sont en réalité pas si simples qu'il semble, faisant appel à la notion un peu étrange pour nous de goel hébreu, de rachat, un peu comme on le voit dans le livre de Ruth qui est rachetée par Boaz. Mais de toute façon, même si ces obscurs passages de la curieuse lettre aux hébreux voulaient vraiment dire cela, je préférerais suivre le très clair et fondamental passage de l'Evangile selon Jean qui est à juste titre un des passages les plus connus de la Bible : Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle. (Jean 3:16) L'amour de Dieu est ainsi premier, fondamental, offert au monde aimé tel qu'il est sans condition. Le Christ est une manifestation de cet amour, à travers son incarnation, ses paroles, ses actes, y compris sa mort. Cela nous est offert pour que nous, nous croyons, pas pour rendre possible le pardon, pas pour satisfaire la "justice" de Dieu, car cette justice c'est l'amour, amour qui aime même le pécheur, qui aime particulièrement le pécheur jusqu'à tout donner pour qu'il passe de la mort à la vie. Cet amour manifesté en Christ appelle notre foi, il est une puissance de persuasion, une semence de vie nouvelle en nous.

D'ailleurs, les premiers chrétiens, au cours des 3 premiers siècles, représentaient le Christ non pas sur une croix, mais comme un berger portant un agneau sur ses épaules et faisant paître quelques autres. Le salut en Christ est ainsi compris comme cette force d'amour et de pardon évoquée dans la parabole de la brebis perdue, sauvée comme malgré elle.

Avec mes amitiés très fraternelles

 

Marc Pernot

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Bien cher Marc,

Merci pour ta réponse ! Je suis pleinement d’accord avec toi.

Je pense lorsque nous lisons le Nouveau Testament, que ce soit la lettre aux Hébreux ou un autre livre, une autre épître, nous devons pas oublier qu’il a été écrit par des Sémites et nous devons nous garder d’y projeter des concepts gréco-latins

Jésus n’est pas Iphigénie sacrifiée à Artémis pour que papa Agamemnon puisse partir faire la guerre de Troyes, et cela même si cet épisode mythologique connaît un happy end. Le premier Testament, malgré l’histoire de la fille de Jephté , nous le fait bien comprendre : Dieu ne veut pas de sacrifice humain. Cette idée est donc étrangère à la pensée de l’apôtre Paul, juif formé dans une école rabbinique, et des autres hagiographes. Tu fais bien de le rappeler : le pardon de Dieu ne se monnaie pas , et surtout pas par du sang humain ( qui plus est celui de son propre fils !) . La meilleure traduction que j’ai trouvée pour Rm 3,25 c’est celle de Chouraqui !

Comme toi, je vois en Jésus le bon berger qui prend sur ses épaules la brebis perdue . Il est celui qui vient me chercher là où je suis pour m ‘amener là où il est.

Bien à toi en Jésus,

Marie

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