Espace Saint-Jean
Notes de M. Jérôme Bolut pour sa confˇrence
donnée
le 23 janvier 2007
Le temps des historiens
Présenter lépreuve sur dossier du CAPES ext dhist-géo.
Créée en 1994. Durée : 45 mn (15mn dexposé
+ 30 mn dentretien). Un quart de la note finale. Des sujets dhistoriographie
( l'histoire méthodique, lécole des Annales, la micro-hist),
dépistémologie ( penser l'histoire avec des si, la
causalité en histoire est-elle une illusion rétrospective ?),
les objectifs et les finalités de lens de l'histoire (pourquoi
enseigner l'histoire aujourdhui ?, l utilisation des manuels
à travers lex de la Révo F) ou les outils de l'histoire ( les archives offrent-elles des conditions démocratiques daccès
à lhistorien ?). Pas une épreuve de didactique (pas
le comment ms le pourquoi).
Cette épreuve est le signe dun regain incontestable pour les interrogations historiographiques et épistémologiques.
Les histo F ont tjs été sceptiques à ce quils
considéraient comme une philosophie de l'histoire (« lépistémologie
est une tentation qu il faut résolumnt savoir écarter.
Lexpérience de ces dernières années ne semble
t-elle pas prouver quelle peut être solution de paresse chez
ceux qui vont sy perdre avec délices une ou deux brillantes
exceptions ne ft que confirmer la règle-, signe dune recherche
qui piétine et qui se stérilise »P.Chaunu ( P. Ricoeur, temps et récit, t1, 1983, p.172.
P. Ricoeur note dans temps et récit, t1, op cit, p.179 : «
les essais les plus théoriques des histoire de cette école st
des traités dartisans réfléchissant sur leur
métier ».
M. Bloch dans Apologie pour l'histoire ou le métier dhist
(ouvrage écrit entre 1941 et 1943 ; interrompu aux deux-tiers de
sa rédaction par le peloton dexécution en 1944). Ce
livre veut être « le mémento dun artisan qui
a tjs aimé à méditer sur sa tâche quotidienne,
le carnet dun compagnon, qui a longuement manié la toise
et le niveau ss pour cela se croire un mathématicien ». cité
par P. Ricoeur, p.179.
Depuis le début des années 70, dév des approches
réflexives dans deux directions :
Renouveau de lhistoriographie : Sociologie de la profession (thèse
dEtat de Ch-Olivier Carbonnel, Une mutation idéologique des
historiens F 1865-1985, 1976. Sociologie des histoire f et réception
de leurs uvres. G. Noiriel, Sur la « crise de l histoire », 1996. = pour une socio-histoire de la discipline.
Les usages sociaux et politiques de l'histoire et son rôle dans la construction des identités nationales (Les lieux de mémoire
1984-1992 , sous la direction de P. Nora)
Regain incontestable pour les interrogations épistémologiques
(une « tentation épistémologique ? » (F. Hartog)
autour de la notion de vérité et de temporalité.
Analyser, à partir de la question du temps les ruptures et les
recompositions qua connues l'histoire en France depuis les années
70.
1. Les temps de lhistoire
1.1. Les pionniers : Ernest Labrousse et Fernand Braudel
- E. Labrousse (1885-1988) : maître de la dialectique des
temps de lhistoire.
Un des fondateurs de lhistoire économique à
une époque où on privilégiait lhistoire
politique. Va introduire chez les historiens luvre dun
économiste, Fr. Simiand qui a travaillé sur les cycles
éco.
1933 : Thèse de droit Esquisse du mouvement des prix et des
revenus en F au 18°
1941 : Thèse de lettres (A. Aulard) La crise de léconomie
F à la fin de lancien régime
Poursuit son étude des temporalités emboîtées.
Distingue plusieurs cycle :
. Hausse des prix du 16° jusquau dernier quart du 19°
. Un mouvement long de hausse de hausse des prix : 18° (1732-35
, 1817)
. cycle décennal (1778-1787) = règne de Louis 16 :
mouvement de hausse des prix
. cycle intra-décennal : crise cyclique de 1788-89. Hausse
des prix après mauvaises récoltes ( accidents climatiques).
. Fluctuations saisonnières : hausse des prix à la
soudure
La révolution a des causes économiques et pas seulement
politiques et financières.
- F. Braudel (1902-1985) : Né en Lorraine (Lunéville-en-Ormois),
comme L. Febvre. Réussit lAgrégation à
21 ans. Commence une thèse 4 ans plus tard avec L. Febvre sur
la politique méditerranéenne de Philippe II. L. F. lui
suggère un renversement problématique. « P.II
et la Méd., beau sujet. Mais pourquoi pas la Méd et
P II ? Un autre grand sujet car entre ces 2 protagonistes P II et
la mer intérieure la partie nest pas égale ».
Soutient sa thèse en 1947 : La Méd. et le monde méd
à lépoque de P II
( publié en 1949). Mobilisé en mai 1940, prisonnier dans un Oflag de1940 à 1945, il l a écrit de mémoire
sans notes, sans livres, sur des dizaines de cahiers décoliers
quil a envoyés régulièrement à LF
. Plaisanterie de L. Febvre : « Heureusement quil a été
prisonnier, sinon il ne se serait jamais lancé dans cette thèse
».
Lédition de 1949 : précédée dune
préface (rédigée en 1946) où il explique
larchitecture de sa thèse. Chaque partie correspond à
une temporalité différente Lire Texte FB :
1. la part du milieu : « une histoire quasi-immobile »
= la longue durée
2. Destins collectifs et mouvements densemble, éco.
, société et civi. = « une histoire lente »
3. les événements, la pol., les hommes = une histoire
événementielle
= distinction dans le temps de l'histoire dun temps géo,
dun temps social, dun temps individuel.
Reprend cette pb dans 2 autres textes :
. leçon inaugurale au collège de F. en 1950
. art. des Annales 1958 histoire et Sc. Sociales, la longue durée.
Stigmatise le temps de lévénementiel « Pour
ma part , je voudrais le cantonner (lév.), lemprisonner dans la courte durée : lév. est explosif, nouvelle
sonnante comme lon disait au 16°. De sa fumée abusive,
il emplit la conscience des contemporains, mais il ne dure guère,
à peine voit-on sa flamme ». La longue durée =
plus scientifique car 2 caractères : immobilité et répétition.
1.2. Linfluence de la pb braudélienne chez les histoire frçs
- Lex de la Méd a inspiré plus ou moins explicitement
des thèses commencées dans les années 50 et soutenues
une dizaine dannées plus tard : P. Chaunu, Séville
et lAtlantique (1550-1650), 1959. T. 1 = Les structures géographiques.
P. Goubert, Beauvais et le Beauvaisis de 1630 à 1730, 1960.
: 1° partie = les structures démographiques et éco
cad un monde médiéval qui survit ; 2° partie
= la conjoncture à partir des mvts des prix, de la rente foncière,
des salaires et de la production textile. Emmanuel Le Roy Ladurie,
Les paysans du Languedoc, 1966. Met laccent sur les structures,
la très longue durée. Une « histoire totale ».
Dautres époques : J. Le Goff, Pour un autre MA, 1977.
« Cest un MA long, je le répète dt tous les
aspects se structurent en un syst qui, pour lessentiel, fonctionne
du Bas-Emp. Romain à la Rév ind ».
pour lépoque cont. : R. Rémond, La dte en Frce,
1954 (Thèse). Plan braudélien en 3 parties : dtes orléaniste,
légitimiste et bonapartiste. R.R. constate « lexistence
et la pérennité de sortes darchétypes ».
1.3. la critique du modèle braud
- la + iconoclaste : un malentendu
Chap consacré aux 3 temps . A lorigine, lintro na
rien d1 théorie ms présentation bien désuète
sur la permanence et la profondeur du temps . Propos secondaire qui a
été transformé en analyse des sc soc par FB lorsquil
est devenu chef de file des Ann.
Contexte : années 50-60 : rivalité entre histoire et autres
sc soc (rappelle larivalité Simiand-Seignobos au début
du siècle). Cl Levi-Strauss : l'histoire = incapable de modéliser,
seule lethno peut comprendre les struct notamment inconscientes
des sociétés car elles st atemporelles. l'histoire dans sa dimension diachronique ne peut y accéder. FB répond
à cette critique dans larticle de 1958 en se réappropriant
le concept de structure. La longue durée doit être la
langue commune à toutes les sc sociales : « la prohibition
de linceste est une réalité de longue durée
».
- Critiques théoriques :
Althusser et les marxistes : manque de réflexion théorique.
FB ne fait que constater quil y a différents temps de l'histoire .
Reproche aux histoire de sen tenir à lempirie. Reproche
aussi sa conception du temps très tradi car elle repose sur 2
caractères : la continuité (A précède
B et explique B) et la contemporanéité (« tous les
elts du tout st contemporains les uns aux autres dans le même
présent »). Insiste sur les temporalités. Il y
a différents temps indépendants des autres temps . «
Il y a [
] un temps et une histoire propre des rapports de productions
[
] ; une histoire propre de la superstructure politique
, un
temps et une histoire propre de la philo
, un temps et une histoire propre
des productions esthétiques ».
Il ny a pas de contemporanéité des différentes
instances et la coupure qui « vaut pr un niveau déterminé
[
] ne correspond à rien pour dautres niveaux ».
M. Foucault ,Larchéologie du savoir,1969 critique la
recherche forcenée des continuités, des permanences,
de linertie. Est le penseur de la discontinuité. Revendique
une nouvelle méthode, larchéologie. « Larchéologie
ne tient pas le continu pour la donnée première et ultime
qui doit rendre compte du reste ; elle considère au contraire
que le même, le répétitif et lininterrompu
ne ft pas moins pb que les ruptures [
] Et à ceux qui
seraient tentés de reprocher à larchéologie
lanalyse privilégiée du discontinu, à tous ces agoraphobiques de l'histoire et du temps , à tous ceux qui
confondent rupture et irrationalité, je répondrai :
« par lusage que vs en faites, cest vs qui dévalorisez
le continu. Vs le traitez comme un élément-support auquel
le reste doit être rapporté».
= refuse une synthèse globale, lui préfère
les fragments des savoirs : « Une description globale resserre tous les phénomènes autour dun centre unique principe,
signification, esprit, vision du monde, forme densemble ; une histoire générale déploierait au contraire lespace
dune dispersion ». (Les mots et les choses, 1966 ).
M. F. sen prend à lhistoricisme, à l'histoire comme totalité, comme référent continu : «
Lêtre humain na plus dhistoire ou plutôt
puisquil parle, travaille et vit, il se trouve en son être
propre, tout enchevêtré à des histoire qui ne lui
st ni subordonnées ni homogènes
Lhomme qui
apparaît au début du 20 est déshistorisé
». ( Les mots et les choses).
Remet en question le traditionnel continuisme historique : «
Une pareille tâche implique que soit mis en question tout ce
qui appartient au temps , tt ce qui sest formé en lui[
]
de manière qu apparaisse la déchirure ss chrono
et ss histoire doù provient le temps ».
Refuse de se référer à un temps unique : «
Ns ne sommes pas et ns navons pas à ns placer sous le
signe de la nécessité unique ».
Va dans le sens dune événementialisation alors
que les histoire tendent à marginaliser lévt ( Le
Roy Ladurie, Leçon inaugurale au coll de F, 1973 = histoire immobile).
Pensée de MF diversement accueillie par les histoire :
P. Veyne dans Foucault, révolutionne l'histoire , 1978 le présente
comme : « Lhistorien achevé, lachèvement
de lhistoire. Ce philosophe est un des très grand historien
de notre époque, nul nen doute, ms il pourrait aussi
être lauteur de la révolution scientifique autour
de laquelle rôdaient tous les historiens. Positivistes, nominalistes,
pluralistes et ennemis des mots en isme, ns le sommes tous :
lui est le premier à lêtre complètement.
Il est le premier historien complètement positiviste. ( p.
204).
Aujourdhui, des historiens (K. Pomian) reprenne la pb de MF
et pensent quil y a une temporalité inhérente
à chaque processus historique. Ms la plupart pensent que le temps est « une forme a priori de la sensibilité, cadre
imposé, subi condition de cette expérience » (J.
Delort).
2. Présent et passé
2.1.La notion de régime dhistoricité
- F. Hartog, Régimes dhistoricité, présentisme
et expérience du temps , Seuil, 2003
Les différentes formes darticulation des catégories
du passé, du présent, du futur.
Cf travaux de Reinhart Koselleck (1923-2006) : Le Futur passé
: contribution à la sémantique des temps historiques,
1979 (trad 2000).
2 concepts : a. horizon dattente : toutes les attentes relatives
au futur.
b. champ dexpérience : persistance du passé dans le présent.
Temps est créé par la tension entre expérience
et attente. Lire texte Saint-Augustin
RK constate que les temps modernes sont marqués par une distance
devenue maximale entre le chp dexpérience et lhorizon
dattente comme à la limite de la rupture. De sorte que
lengendrement du temps apparaît comme suspendu.
La civilisation européenne a connu 3 régimes dhistoricité
:
- Lancien régime dhist : l'histoire des anciens
(Grecs et Latins). Le présent doit suivre les leçons
du passé. Le passé nest pas (vraiment) dépassé.
Sil y a un âge dor, il est derrière ns, le temps ne marche pas.
- Un régime moderne dhistoricité : le XIX°.
Le passé est dépassé, distinct du présent. l'histoire est éclairée à partir du futur =
lois inexorables du processus histo. Le futur identifié à
une promesse. Chateaubriand instaure la tension entre les régimes
ancien et moderne dhistoricité.
- Un nouveau rég dhistoricité : le présentisme
(obsession de la conservation du patrimoine, omniprésence de
la mémoire) « Un présent massif, envahissant,
omniprésent, qui na dautre horizon que lui même,
fabriquant quotidiennement le futur et le passé dt il a jour
après jour besoin ».
Ce concept nest applicable que pour les sociétés
occidentales. C. Lévi-Strauss a développé la
notion de soc chaudes et froides qui ont un rapport au temps différent,
ce qui invalide la possibilité dune histoire universelle.
Notion dévolutionnisme est congédiée, les
indigènes dAustralie ne vivent pas à lage
de pierre !
2.2. l'histoire du temps présent
- Les histoire positivistes considéraient le présent comme
une quantité négligeable. Obsédés par
le thème du recul et de lanachronisme. « Ils frappaient
le présent dune infirmité de principe »
(P. Nora).
- Changement de paradigme avec les Annales. M. Bloch (Apologie pour l'histoire ) : l'histoire nest pas la science du passé
ms la sc des hommes dans le temps . Plaide pour des lien à double
sens entre présent et passé : pas de compréhension
du passé sil y a ignorance du passé ms pas de
compréhension du présent si lon ne sait rien du
passé. Ex : méthode régressive pour étude
des paysages agraires. A noter un « présentisme »
des Annales de lentre-deux-guerres : jusquen 1939 un tiers
des art portent sur des sujets dactualités = URSS, crise
de 1929 et New Deal et nazisme (B. Müller).
- L histoire du TP apparaît comme discipline en 1978
avec la création de linstitut de lhistoire du TP
(IHTP), un labo proche du CNRS. Déf : champ historiographique
qui sintéresse à une séquence temporelle pour laquelle existent des acteurs vivants.
- Les objections tradi quon faisait à l'histoire du
TP se st retournées dans un contexte débranlement
des grds systèmes de pensée et des visions déterministes
de l'histoire .
1. Une histoire inachevée. Aujourdhui, notion dhist
a perdu sens. Lignorance du lendemain permet de « défataliser
» l'histoire (P. Ricoeur). Permet dêtre plus attentif
à ce qui demeure virtuel dans le présent, à ce
qui est ouvert sur le possible. Faute de méthode demployer
le futur antérieur en histoire (ex. dès quil aura
chanté, il partira). A. Farge étudie le 18° ss penser
à la Révolution F : l'histoire doit pouvoir repérer
lextraordinaire nouveauté des événements
qui surviennent.
2. Trop peu darchives (loi du 3 .01 .1979 : laccès
aux archives se fonde sur un délai trentenaire). Or, impossibilité
de maîtriser une doc si abondante et protéiforme.
3. Un sujet qui suscite des passions ? Pas plus que pour un passé
plus lointain.
- Problèmes et objets de lhistoire du TP
. curiosité pour lévénement car l'histoire du 20° a connu des traumatismes durables.
. un rapport singulier du témoin. Développement dune histoire orale à partir des années 60-70.
.Thème de la mémoire individuelle ou collective se
développe à loccasion des débats historiographiques
suscités par la Shoah.
2.3. Temps mémoriel, temps historique
- Début du 20°, école des Annales influencée
par Maurice Halbwachs, Les cadres sociaux de la mémoire, 1925.
: la mém est du côté de tt ce qui fluctue, le
concret, le vécu, le multiple, le sacré, limage,
laffect, le magique alors que l'histoire se caractériserait
par son caractère exclusivement critique, conceptuel, problématique
et laïcisant = conception positive de la discipline histoire .
- A partir des années 60 se constitue une histoire de la mém
: livre pionnier = G. Duby, Le dimanche de Bouvines,1973. GD étudie
lévénement ms aussi la manière dt les différentes
époques lont transformé, oublié, réinterprété.
« Lévénement importe surtout par ses traces.
En dehors delles, lévt nest rien ».
- Les lieux de mémoire : livres publiés chez Gallimard
entre 1984 et 1992 conçus et dirigés par P. Nora. 3
parties : La République ( 1vol), 1984 ; La Nation (3 vol),
1986 ; Les France (3 vol), 1992. Modèle imité : lieux
de mém lorrains (F. Roth, D. Francfort), lieux de mém
allds (E. François)
. = les lieux « où se cristalise et se réfugie
la mémoire nationale ». Des objets matériels (Le
petit Lavisse, Versailles) ou immatériels (Gaullistes et
communistes, la génération).
« Les LM prennent acte de laltération du régime
dhistoricité hérité de la modernité
dt le futur était le principe organisateur : Entre loppressante
imprévisibilité dun futur infiniment ouvert et
pourtant sans avenir , et lencombrante multiplicité dun
passé retourné à son opacité, le présent
est devenu la catégorie de notre compréhension de ns
même ». Les France, vol 1, p.28.
- Propose une relecture critique de la discipline qui est découpée
par des « discontinuités » qui coïncident
avec les bouleversements politiques et sociaux majeurs qui ont marqué
la soc frçaise depuis la fin du 19°. La discontinuité
critique des histoire méthodiques, liée à la défaite
de 1870. La discont structurale des Annales après la g de 1914.
La discontinuité ethnologique de l'histoire des mentalités
peut être rapprochée de la fin de la g. dAlg et
de la parution de l'histoire de la folie de MF. PN qualifie le mmt
des années1980-1990 (laprès de Gaulle, la fin
de lillusion révolutionnaire, les effets de la crise
éco) de discontinuité histo. Le développement récent dune
dune histoire de l'histoire participe de cette discontinuité
historio contemporaine. = une histoire au second degré qui
traduit un nouvel âge de la conscience histo.
- Réception chaleureuse : « rupture épistémologique
» (Y. Lequin). Les LM participent du « tournant réflexif
» des sc humaines. Témoignent dun nouvel intérêt pour la perception sociale, lhistoricité et ses régimes. pour P. Nora : les LM marquent une nouvelle conj intellectuelle qui
remet en cause la place tenue des siècles durant par la Fce
qui est devenue une puissance moyenne : déclin des mondes paysan
et ouvrier, accélération de lhistoire et mondialisation,
déco.
- Limites : ni la colonisation, ni la déco et ses conflits
(guerre dAlgérie) ne st traitées.
3. Le récit, gardien du temps
- Les rapports entre temps et récit = P. Ricoeur, temps et récit,
1983-85. Problématique = « La temporalité ne se
laisse pas dire dans le discours direct dune phénoménologie
ms requiert la médiation du discours indirect de la narration
». Le temps devient humain dans la mesure où il est articulé
sur le mode narratif.
3.1.Le tournant linguistique
- Caractère ambigu de l'histoire à mi chemin entre
la science et la littérature. Certains historiens contemporains
sont considérés comme des écrivains (G. Duby
= académicien). La Méd de FB est de la littérature
(P. Chaunu : « Pour moi la Méd de FB, cest dabord
une uvre dart », pense également que L. Febvre
est un poète).
-Fin XIX° historiens positivistes veulent se démarquer
des historiens romantiques. Souhaitent faire de lhistoire une
science, influencés par lécole allemande (Von
Ranke). Refus de la subjectivité est devenu une loi dairain
des historiens. Les Annales poursuivent dans cette voie. L. Fèvre
fustige lhistoire-récit dans ses comptes-rendus de livres dans les Annales. FB stigmatise l'histoire événementielle
qui repose sur le récit.
- Développement aux USA dans les années 60 du narrativisme
: l'histoire est un genre littéraire comme un autre.
Arthur Danto = comment sopère lexplication en histoire ? Elle est inhérente à la narration. Décrire
et expliquer ne st pas 2 opérations distinctes. Le récit
le plus purement narratif est explicatif puisquil est choix
(lauteur sélectionne ce quil raconte).
- Le tournant linguistique
Titre dun ouvrage paru en 1967 par Richard Rorty : application
aux textes histo de la critique littéraire telle quelle
a été renouvelée par la linguistique et la psychanalyse.
« Le langage est un système où la réalité
nest pas une référence extérieure au discours
ms est constituée par le langage » (R. Chartier). Il
y a un code (deep structure) préalable à tout énoncé
qui opère à linsu de lénonciateur.
Considère l'histoire comme « fiction making opération
». Nature inéluctablement poétique des livres
dhist. l'histoire est dc un genre littéraire comme un
autre. Elle na pas de régime de vérité
supérieur. Elle nest pas une science.
- En F., un accueil circonspect :
P. Veyne, Comment on écrit lhistoire, Le Seuil, 1971.
Pose la question, quest-ce que lhistoire ? Lire texte
PV « A en juger parce quon entend dire aurour de soi,
il est indispensable de poser la question (
) l'histoire nest
pas une science et ne le sera jms ; si elle était hardie elle
a des possibilités de renouvellement indéfinies, ms dans une autre direction. l'histoire nest pas une science et
na pas beaucoup à attendre des sciences, elle nexplique
pas et na pas de méthode ; mieux encore l'histoire dt
en parle beaucoup depuis 2 siècles nexiste pas. Alors
quest-ce que l'histoire ? Que font réellement les histoire de Thucydide à Max Weber ou Marc Bloch, une fois quils
st sortis de leurs doc et quils procèdent à la
« synthèse » ? Létude scientifiquement
conduite des différentes activités et des différentes
créations des hommes dautrefois ? La science de lhomme
en société ? Des sociétés humaines ? Bien
moins que cela ; la réponse à la question na pas
changé depuis 2200 ans que les successeurs lont trouvée
: les histoire racontent des événements vrais qui ont lhomme pour acteur, l'histoire est un roman vrai. Réponse qui, à
première vue, na lair de rien » p.9-10.
Michel de Certeau (1925-1986) répond à PV en 1975 dans Lécriture de lhistoire
Figure particulière qui condense toutes les pbs histoire des
années 1975-85. A la fois jésuite (y entre en 1950),
historien par son activité érudite (spécialiste
de la mystique au 17°), anthropologue, psychanalyste (cofondateur
de lécole freudienne de Paris avec Lacan). Le premier
à proposer une analyse approfondie de lécriture
de l'histoire . Articule lopération historiographique
autour de 3 dimensions inséparables :
- Elle est le produit dun lieu social = « Avant de savoir
ce que l'histoire dit dune société, il importe
dc danalyser cmmt elle y fonctionne. Cette institution sinscrit dans un complexe qui lui permet seulement un type de production et lui
en interdit d autres ».
- Lhistoire est une pratique. Elle nest pas seulement
une parole noble, désincarnée et intéressée.
Elle est toujours médiatisée par la technique.
- l'histoire est écriture. Une écriture « feuilletée
». « Se pose comme historiographique, le discours qui
comprend son autre -la chronique, larchive, le doc càd
celui qui sorganise en texte feuilleté dt une moitié,
continue, sappuie sur lautre, dissiminée et se
donne le pouvoir de dire ce que lautre signifie ss le savoir.
Par les citations, par les références, par les notes
et par tt lappareil de renvois permanents à un langage
premier (que Michelet nommait la chronique) il sétablit
en savoir de l autre ».
- Lécriture histoire , cest pour une société
dialoguer avec les morts : « Dune part, au sens ethnologique
et quasi religieux du terme, lécriture joue le rôle
dun rite denterrement. Dune part, elle exorcise
la mort en lintroduisant dans le discours. Dautre part,
elle a une fonction symbolisatrice ; elle permet à une société
de se situer en se donnant dans le langage un passé et elle ouvre
ainsi au présent un esp propre : « marquer » un
passé cest faire une place au mort ms aussi redistribuer
lesp des possibles, déterminer négativement ce
qui est à faire et par conséquent utiliser la narrativité
qui enterre les morts comme moyen de fixer une place aux vivants (
).
Lécriture ne parle du passé que pour lenterrer.
Elle est un tombeau en ce double sens, que par le même texte,
elle honore et elle élimine ».3.2. P. Ricoeur : temps,
récit et vérité
-Temps et récit, 1983. pour sinscrit dans une filiation
augustinienne et phénoménologique. Part de la déf
aporétique du temps de Saint-Augustin : « Quest-ce
que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; ms si on me
le demande et que je veuille lexpliquer, je ne le sais plus
».
Toute spéculation sur le temps ne peut être quune
« rumination inconclusive » : La temporalité ne
se laisse pas dire dans le discours direct dune phénoménologie
ms requiert la médiation du discours indirect de la narration
(
) Le temps devient humain dans la mesure où il est articulé
sur le mode narratif ».
-Prend lex de la Méd. de FB à la fin du tome
1 : lintrigue et le discours historique. La Méd de FB
est fondée sur une intrigue : Le déclin de la Méd
comme héros collectif sur la scène de l'histoire mdle.
« La fin de lintrigue, à cet égard ce nest
pas la mort de P II, cest la fin de laffrontement de 2
colosses politiques et le déplacement de l'histoire vers lAtlantique
et lEur du Nd » (T. 1 p.379).
- « En un sens, la Méd (de FB),cest la lente
avancée, la marche retardée de lévt majeur
: le retrait de la Méd de la grande histoire. Cest à
nouveau la fragilité des uvres humaines qui passe au
premier plan et avec elle la dimension dramatique dt la longue durée
était censée délivrer lhomme ».
Chassez levt, il revient au galop
- pour rejette les thèses fictionnalistes du L.T. Se refuse
au relativisme même sil
reconnaît que « la fiction ressemble à l'histoire ». Enjeu = la question de la vérité. Si lon
poursuit les concl de H. White, l'histoire nest quun
récit. Il ny a plus de vérité histo. «
Même si le passé nest plus et si selon lexpression
dAugustin il ne peut être atteint que dans le présent
du passé, cest à travers les traces du passé
devenues doc pour l'histoire , il reste que le passé a eu lieu
». t. 1, p.154.
3.3. Les réactions des histoire au tournant linguistique
- Dico des sciences histo, 1986, pas dallusion à tous ces débats. JM Goulemot affirme : « Il nexiste
pas danalyse en profondeur des rapports entre roman et histoire,
ni même une déf acceptable des termes en présence
». (alors que Temps et récit date de 1983-85).
- Actualité nvlle de la question avec le dév du négationnisme
au début des années 90. « A cette irruption du
négationnisme est venu sajouter tt ce quon a mis,
de façon plus ou moins précise sous le nom de tournant
linguistique. Si le fait na jamais quune existence linguistique,
alors disparaît la frontière entre histoire et fiction et l'histoire nest quun récit parmi dautres.
Même si les prémices de lun et de lautre
diffèrent, une sorte de court-circuit sest alors opéré
entre le révisionnisme et cette version du LT ». (Leduc,
p. 80).
- Rejet (pr la plupart dentre-eux) des thèses fictionnalistes
par les historiens.
a. Krzystof Pomian admet une part de fiction dans le récit
histo qui répond selon lui à 3 besoins : l'histoire sadresse à un public qui demande à l'histoire de faire comprendre, de faire connaître ms aussi de faire sentir. l'histoire sert à mettre en scène les acteurs collectifs
comme les nations, les classes, les sexes, les générations.
Or « ces entités supra-individuels st des fictions ».
La fiction sert enfin « à reconstruire la dimension visible
» dt les vestiges st lacunaires, à créer de la
continuité dans ce lacunaire. Il na pas de mots assez durs pour fustiger « le fictionnalisme » = « une école
philosico-sociologico-psychana-littéraire » car «
toutes ces déconstructions délégitiment lidée
même de vérité. Si l'histoire nest rien
dautre quune fable et la science quun moyen de dominer
les hommes, il ny a pas de place pour la vérité
en tant quadéquation du savoir au réel et lidée
de vérité ainsi comprise apparaît comme une mystification
comme la mystification par excellence ».
b. Roger Chartier, Au bord de la falaise. l'histoire entre certitudes
et inquiétudes, 1985. Il y a une différence entre histoire ,
dune part et fable et fiction, dautre part car l'histoire reconstitue « une réalité située hors et
avant le texte histo et que celui-ci a pour fonction de restituer à
sa manière ». Lhisto nest pas libre ; il
y a des « marques dhistoricité (K. Pomian) qui
donne à son texte son aspect feuilleté : citation et
paratexte (notes, biblio). La narration nest pas autoréférentielle
; elle doit être soumis à un contrôle.
c. Antoine Prost sinscrit dans le même courant. Le consensus
effectif de la corporation ne se forme dc pas autour des thèses
hypercritiques, voire nihilistes. Il sétablit à
mi-chemin entre la certitude scientiste du début du siècle
et le relativisme quil est de bon ton d « affecter aujourd'hui . l'histoire dit vrai ms ses vérités ne st pas absolues
»( AP, 12 leçons sur l'histoire , le Seuil, 1996).
Concl. :
- Distinction de différentes périodes de la représentation
du temps chez les historiens :
1.Le moment Braudel avec une évolution vers une histoire de plus
en plus immobile. But : répondre au défi intellectuel
que représentait lanthropologie qui pensait que l'histoire était incapable de modéliser car condamné à
lempirie, incapable daccéder à la loi. FB
répond en 1958 (Annales : histoire et sc sociales =la longue durée)
: la longue durée comme langage commun à toutes les sc
sociales. La parade braudélienne a réussi : l'histoire est restée la pièce maîtresse dans le champ des sc
sociales.
2. La déconstruction foucaldienne : refus de la continuité
histo. Pas une histoire ms
des histoire hétérogènes et un polymorphisme causal.
Eclatement du temps unique en une myriade de temporalités hétérogènes.
« l'histoire ne cherche plus la totalité du réel
ms le réel à travers son objet détude ».
Fr. Dosse, l'histoire en miettes, 1987.
3. Le tournant critique « Annales, histoire et sc sociales : un
tournant critique, 1988 ». Mise à lécart de
la longue durée au profit de lévt, dun conditionnement
ext des sociétés au profit du thème de lautonomie
des individus. Moment réflexif marqué par un regain dintérêt
des questions historiographiques et épistémologiques.
Refus dun temps linéaire et dune vision téléologique
de l'histoire . Conception plus feuilletée des temporalités
où le passé se trouve lové à lintérieur
même du présent.
Contexte : crise du mythe national (déco, fin des sociétés
ouvrières et paysannes) et disparition de lURSS avec un
futur qui est devenu singulièrement opaque (P. Nora).
La discipline semble aujourd'hui tiraillée entre 2 pôles qui
semblent à première vue opposés :
- l'histoire comme opération décriture subjective.
- La notion de preuve et de l'histoire comme savoir objectivé.
Plus quune opposition entre ces 2 pôles, l'histoire se
définit dans larticulation entre science et fiction comme
la montré M. de Certeau qui déf l'histoire comme
à la croisée de 3 dimensions : un lieu, une pratique et
une écriture.
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