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Toul, Pont-à-Mousson... |
Protestantisme et Lumières
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II- Comment des exilés huguenots sont-ils devenus « passeurs de Lumières » ?
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Pierre JURIEU |
Dans ses Lettres pastorales aux fidèles qui gémissent sous la captivité de Babylone (1686-89), et dans Les soupirs de la France esclave qui aspire après la liberté (1689), uvres diffusées clandestinement en France, Jurieu, sappuyant sur les théories des réformés Grotius et Locke, met en cause labsolutisme et lorigine divine de la souveraineté; contestant lEdit de Fontainebleau, il légitime la résistance armée, pousse à la guerre de lEurope protestante contre Louis XIV, et affirme le droit des peuples à linsurrection. Dans une perspective apocalyptique, persuadé de la prochaine conversion du Roi par grâce (!) et du triomphe de la vraie religion (cest-à-dire son calvinisme orthodoxe !), il approuve le prophétisme des prédicants des Cévennes et se réjouit de la guerre des Camisards.
Refusant en matière politique et religieuse tout compromis, tout laxisme, toute tolérance, il met autant de zèle à critiquer dans ses ouvrages les philosophes et historiens catholiques (Bossuet, Maimbourg ) que les réformés suspects à ses yeux de modérantisme ou de dérive libérale. Ainsi son ami Bayle tombe-t-il à ses yeux sous ce double reproche, puisquil garde une fidélité soumise au Roi, et propage un scepticisme destructeur : Bayle, selon Jurieu, « défend le pour et le contre à dessein de faire voir quon peut douter de tout ».
Faisant même interdire Bayle denseignement, se montrant un inquisiteur dangereux, ne voyant que diabolisme dans lesprit moderne, Jurieu soppose donc à la fois à larminianisme et au socinianisme des pasteurs Le Clerc et Saurin, base de la religion naturelle et libérale des Lumières, mais aussi au fidéisme de Bayle, prémisses des propositions de Rousseau et de Kant. Légitimant linsurrection, il est toutefois un des précurseurs paradoxaux de lesprit de 1789 !
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Pierre BAYLE |
Pierre BAYLE (1647-1706), précepteur à Genève et à Caen, puis professeur de philosophie à lAcadémie protestante de Sedan, se réfugie comme Jurieu en 1681 à Rotterdam. Il y bâtit une uvre critique et philosophique considérable, de retentissement européen au XVIII°s., fournissant, au prix dune incompréhension certaine de sa pensée, lessentiel de ses arguments à la critique religieuse du Siècle des Lumières. Ainsi en 1758, on pouvait lire dans lAnnée littéraire : « les ouvrages de Bayle sont larsenal où la licence va chercher des armes pour attaquer la religion ».
Si Voltaire a salué en Bayle « un des rares apôtres de la raison », « un des plus grands hommes que la France ait produits », évident précurseur des Lumières, sil a vu en Bayle la figure emblématique du « juste » persécuté, poursuivi tant par le « fanatisme » de « Jurieu linjurieux » que par « les ours en soutane noire », sil a reconnu dans le Dictionnaire de Bayle « le premier où lon puisse apprendre à penser », il est clair quil na pas compris la spécificité profondément calviniste de la pensée de Bayle, dune déroutante modernité, préfigurant lexistentialisme chrétien dun Kierkegaard
Publié en 1696 et 1701, puis réédité tout au long du siècle, le Dictionnaire historique et critique de Bayle a pour but de dévaloriser les diverses orthodoxies affrontées prétendant confisquer le sens du christianisme. Faisant à coups de marteau rationnel une analyse critique des doctrines et des controverses, de lAntiquité jusquà Descartes, il démontre implacable-ment et malicieusement lincertitude des systèmes et la fragilité de leurs concepts.
Bayle se veut un professeur de doute et de scepticisme à légard de tous les dogmes, de tous les catéchismes, de toutes les orthodoxies : il dresse, avec une étourdissante érudition et une lucidité décapante, un réquisitoire accablant des erreurs, faussetés, illusions et crimes accumulés au long de lHistoire sous couvert de religion Il dénonce aussi allègrement lidolâtrie romaine que les dévotions superstitieuses, le millénarisme anabaptiste que le prophétisme cévenol
Pour lui, la désacralisation de tous les rites et systèmes théologiques ou philosophiques est une exigence dhonnêteté intellectuelle et morale.
Dans sa Lettre sur la comète, en 1682, Bayle avait déjà démontré que la superstition est le pire des maux, pire même que lathéisme ! Car « Dieu est moins affecté de voir nier son existence que de se voir décrit comme un être immoral et monstrueux ».
Dans son Commentaire philosophique sur ces paroles de Jésus-Christ « Contrains-les dentrer », en 1687, il a aussi démontré que la conscience est libre, quon ne peut sans sacrilège tenter de la contraindre, que plusieurs confessions chrétiennes peuvent et doivent coexister sans trouble ni combat. Bayle affirme donc lindépendance de la morale et de la religion, et prouve que bien des chrétiens orthodoxes vivent mal et se portent à toutes sortes de crimes, alors que nombre de libertins desprit vivent vertueusement.
Il montre que lappartenance confessionnelle ou même la simple conviction sont le fruit de léducation et de la culture et quelles ne doivent pas séparer radicalement croyants ou incroyants, orthodoxes ou sectaires. Bayle, avec 2 siècles davance, prouve quindépendante de lEtat, puisque celui-ci peut saccommoder dune pensée athée, ladhésion à une Eglise se ramène à la pure sphère des intérêts privés.
« Chassez lignorance et la barbarie, vous faites tomber les superstitions, et la sotte crédulité du peuple si fructueuse à ses conducteurs ; mais en éclairant les hommes sur ces désordres, vous leur inspirez lenvie dexaminer tout : ils épluchent et ils subtilisent tant quils ne trouvent rien qui contente leur misérable raison ! »
Et en effet , la raison nous démontre quil est impossible de rien affirmer, de rien savoir
« Sur les matières les plus mystérieuses de lEvangile, la raison nous met à bout. »
Bayle réfute donc ses amis pasteurs du Refuge, tels I.Jaquelot, J.Le Clerc, surnommés « les rationaux », qui considèrent que la raison est le souverain juge de la Parole de Dieu, qui écartent tous les dogmes qui choquent la raison, et proposent une religion libérale, dépouillée de toute absurdité, réconfortante pour lesprit et pour le cur A juste titre, et la pensée religieuse la plus répandue parmi les Philosophes des Lumières et les théologiens protestants du XVIII°s.le confirme, Bayle pressent que ces positions mènent au déisme, au Grand Horloger, ou au Grand Architecte de lUnivers, en rien chrétiens Fidèle à Calvin, Bayle critique le prétendu appui quapporterait la raison à la foi ; il pense quon affaiblit la religion en voulant la rationaliser, quon la vide ainsi de toute tension tragique et de toute assurance salvatrice.
Après avoir au nom de la raison sceptique démoli tous les dogmes et tous les clergés, après avoir fondé lexigence de la liberté de conscience individuelle et de la tolérance, Bayle, en calviniste authentique, prône la vérité existentielle du christianisme : sa théorie de la relativité de lévidence religieuse lui permet den mieux dégager lauthenticité humaine.
Il faut distinguer les croyances et les doctrines, toutes constructions de fortune et doccasion, de la foi, relation personnelle à un Dieu personnel, fondée dans lécoute de sa Parole et dans sa mise en uvre (par lamour du prochain, par la lutte contre les injustices, les servitudes, et tout ce qui diminue lhomme, et son éminente dignité).
Bayle voit labsolu de la conscience morale dans la « bonne intention », et non dans la raison.
Il faut donc revenir à la foi seule, restaurer le doute et le tragique au cur de lexpérience spirituelle. Certes, la Révélation est rationnellement indémontrable ! Mais une chose est de faire usage de notre raison, en en tirant toutes les conséquences contre nos propres tentations idolâtriques (voir la sacralisation du pouvoir, de largent, du plaisir ) et en menant sans trêve ni concession le combat de la raison ; et une autre chose est de répondre en confiance (cest la foi) à lappel aimant et libérateur dun Dieu « sensible au cur, non à la raison », comme le confessait déjà Pascal, dont Bayle apparaît lhéritier, avant que Rousseau ne sécrie : « conscience, instinct divin ! ».
Le fidéisme de Bayle, incompris et méconnu par les Philosophes rationalistes et déistes du XVIII°s., nest donc pas une capitulation de la raison, un abandon de poste, une faiblesse Il est la lucide conséquence de son pessimisme anthropologique issu de la Réforme, constatant la misère de lHomme sans Dieu, linfirmité constitutive de sa raison, et concluant logiquement à la nécessité de la Grâce : sola fide, sola gratia !
Caustique certes, sceptique autant quon peut lêtre, Bayle nest pas le socinien que dénonçait son ex-ami Jurieu, il nest pas le déiste que saluaient les Voltairiens, il est un calviniste sincère, préoccupé de fortifier sa foi, en la rendant à elle-même, dégagée de tout obscurantisme (et il y a encore et toujours à faire !) comme de tout rationalisme impudent (et lon sait dans quelles impasses sinon dans quels crimes certains héritiers des Lumières se sont fourvoyés !).
3- La force dattraction des Lumières en milieu protestant
De quelques connivences entre la pensée des Réformés et lesprit des Lumières
1- En matière politique :
- L'expérience traumatisante de minorité plus ou moins « tolérée » jusquen 1685, puis contrainte à la conversion, à la clandestinité du Désert, ou à lexil du Refuge, a suscité chez nombre de protestants français, dans lensemble pourtant fidèles au Roi, une opposition radicale à légard de labsolutisme, le rejet de toute forme de censure et de discrimination. Jurieu légitime même le droit à linsurrection et encourage la Guerre des Camisards.
Les Assemblées du Désert seront réprimées comme actes de rébellion envers lautorité royale.
Les Philosophes contesteront de même la monarchie absolue et toute forme darbitraire.
- Contre les prétentions du pouvoir politique à imposer par la force lunité religieuse, à user de contrainte en matière spirituelle au nom dune religion dEtat, les réformés français revendiquent la reconnaissance de la diversité des cultes dans légalité des droits, et la liberté absolue de conscience.
Dès le milieu du XVIII°s., lintolérance est ouvertement critiquée; le mouvement des idées nouvelles dénie à lEglise catholique le droit dimposer ses croyances par la force, on dénonce comme crimes du « fanatisme » tout ce qui, dans le présent ou le passé, a persécuté des hommes sous prétexte de sauver des âmes La monarchie relâche alors, sous pression de lopinion unanime à considérer la liberté de croyance comme imprescriptible, lapplication de ses propres lois et ordonnances.
2- En matière religieuse :
- En 2 siècles de controverses avec le catholicisme, les penseurs réformés ont multiplié les critiques à légard des prétentions de lEglise de Rome à détenir la vérité dans ses dogmes, et le salut dans sa pratique. La critique et la satire anticléricale sont bien dans la veine originelle de la Réforme. Nombre de ses cibles sont reprises par lironie voltairienne notamment.
- Le développement prudent dune lecture historico-critique des Ecritures (promue en milieu réformé par Louis Cappel, mais aussi en milieu catholique par Richard Simon, ou Dom Calmet ) permet de souligner certaines incohérences ou hétérogénéités textuelles, et ouvre la voie à la remise en cause de son statut de texte « révélé ».
De même, la génération des Encyclopédistes fait le procès, au tribunal de la raison, de tous les dogmes de lEglise, de ses rites, de son histoire, de ses livres sacrés, dont elle illustre à loisir la fausseté, labsurdité, ou la férocité A partir de 1760, se répand dans la partie « éclairée » de la nation sinon lincrédulité, du moins lindifférence en matière de religion.
- Bayle comme Voltaire, lélite bourgeoise et cultivée des Réformés comme les tenants de la Philosophie des Lumières, ont une vive méfiance envers « lenthousiasme », germe de « fanatisme », signe dune pensée magique : ainsi méprisent-ils hautement les manifestations du prophétisme protestant à la fin du XVII°s. et au temps de la Guerre des Camisards en Cévennes, comme les « convulsionnaires » jansénistes de Saint-Médard à Paris.
3- En matière philosophique :
- Bénéficiant dune politique tolérante et libérale dans certains pays du Refuge (Hollande, Suisse), quelques théologiens, dans la veine de réformateurs radicaux du XVI°s., prétendent nier la divinité du Christ, et prônent une religion raisonnable, naturelle, explicitement déiste. Ces « rationaux », comme on les appelle, suscitant lhostilité des « religionnaires » fidèles à lorthodoxie calviniste, sont taxés de « sociniens, unitaires », et passent pour de dangereux sceptiques, autant dire athées ! Pour les Sociniens, on ne doit en effet croire que ce quon trouve expliqué clairement dans lEcriture, des vérités simples, universelles, conformes aux préceptes de la raison. Rien dautre, rien de plus ; ni Tradition, ni Eglise. Jean Le Clerc affirme quil vaut mieux une nation où il y ait beaucoup de lumières, et quelques athées, quune nation ignorante qui ne douterait jamais des sentiments reçus (et produirait barbarie et vices). Isaac de Beausobre, pasteur à Berlin, soutient que « toute vérité demande lassentiment formel de la raison ».
Aux religions révélées, le XVIII°s. va opposer de plus en plus hardiment la religion naturelle et un déisme dont Voltaire sest voulu le propagandiste convaincu.
- Le Dictionnaire de Bayle est lu tout au long du XVIII°s. comme un précieux message et une méthode exemplaire de scepticisme philosophique. Il est à remarquer que cest de milieux réformés que sont issus les 2 grands penseurs du scepticisme au XVIII°s., lécossais David HUME , sinterrogeant sur la possibilité de démontrer la vérité de nos croyances tant sur le monde externe que sur lâme ou Dieu ; et le prussien Emmanuel KANT, qui rejette la possibilité de connaître les choses en soi, ou de parvenir à la connaissance métaphysique, et bâtit une uvre majeure, « révolution copernicienne » de la pensée des Temps modernes, en séparant radicalement la raison et la foi.
- Chez certains théologiens protestants (notamment Wollaston), comme parmi les gens de lettres et les Philosophes, il se répand le goût et la recherche dune morale laïque, une morale qui trouve son principe non dans le renoncement et quelque ascétisme, mais dans la recherche de plaisirs légitimes et délicats, lorganisation sage, et généreuse du bonheur personnel.
La force dattraction des Lumières
Dans leurs Mémoires des Réfugiés, les pasteurs calvinistes Erman et Reclam (de lEglise française de Berlin) écrivent en 1782 : « pour établir les fondements de la foi chrétienne, il fallut discuter, examiner, raisonner. Le goût des recherches, lesprit philosophique et un savoir profond font donc le caractère des premiers Réformateurs; tout en allant à leur but, ils aidèrent au progrès des lumières et au développement de lesprit humain ».
Pour les historiens du XIX°s., cette continuité et cette alliance même risquée entre Réforme et Lumières allaient aussi de soi; à considérer lempreinte de la Philosophie des Lumières en milieu protestant au XVIII°s., il est clair quil y eut forte imprégnation, et influence mutuelle.
Cest le cas en Suisse romande où la rigueur dogmatique du calvinisme satténue progressivement au profit dune théologie plus libérale, plus tournée vers les problèmes de morale. La théologie de Turretin et de ses disciples se veut éclairée et tolérante, peu exigeante sur les articles du dogme, ouverte au libre examen. Le rapprochement avec la Philosophie des Lumières et sa primauté accordée à léthique ira si loin que DAlembert sy trompera, et voudra reconnaître dans ces pasteurs genevois des alliés camouflés, sociniens et presque déistes. Cet article Genève de lEncyclopédie soulèvera en 1758 le tollé du corps pastoral orthodoxe, majoritaire par rapport aux libéraux que saluait DAlembert, poussé par Voltaire.
Le pasteur Jacob Vernes (1728-1791) louvoie quant à lui entre les idées de Rousseau et celles de Voltaire : il humanise Jésus-Christ et ramène sa religion à un déisme rationnel, avant de revenir à une foi plus orthodoxe face au matérialisme radical du Baron DHolbach. Cependant son Catéchisme destiné particulièrement à lusage des jeunes gens qui sinstruisent pour participer à la Sainte Cène, édité en 1774, et concurrençant le catéchisme de J.F.Ostervald, est un manuel rationaliste doù sont exclues à peu près toutes les grandes vérités chrétiennes, tout ce qui est incompréhensible par la seule raison.
Son quasi-homonyme le pasteur Jacob Vernet (1698-1789) est en relation avec Voltaire, à qui il écrit en 1755 : « vous savez quil faut aux hommes une religion aussi bien quun gouvernement, et vous voyez que la nôtre est, par la grâce de Dieu, si simple, si sage, si douce, si épurée quun philosophe ne saurait en demander une plus raisonnable, ni un politique une plus convenable au bien public ».
Firmin Abauzit (1679-1767), fixé à Genève après la Révocation, grand érudit, directeur de la Bibliothèque de Genève, ramène la religion à « létude et à la pratique de nos devoirs ». Il communique à Voltaire la substance de quelques-uns des articles les plus explosifs du Dictionnaire philosophique (comme Apocalypse)!
Christian Wolff
Ce rationalisme et ce moralisme sont aussi les bases de lenseignement dispensé au Séminaire de Lausanne, organisé par Antoine COURT en 1726 pour former les pasteurs du Désert français : une part très forte y est faite à la théologie naturelle, au libre-arbitre ; le concept calvinien de lhomme esclave du péché est nié ; la nécessité dune conversion spirituelle est minorée, et lon préfère mettre en valeur des thèmes dune morale convenue : généralités sur la sagesse, lhumilité, la vaine gloire, le contentement desprit, la charité , dans la veine de la vertu de Bienfaisance promue par les Lumières.
Antoine Polier de Bottens, qui dirige le Séminaire de Lausanne de 1754 à 1783, est un voltairien. Court de Gébelin, qui y professe de 1754 à 1763, accorde une importance peu calviniste à la morale, aux uvres et à la Raison ; il décrit le protestantisme comme « une religion qui nadmet rien que lon ne puisse comprendre et que lon ne puisse démontrer ». De 1763 à sa mort, il est pourtant à Paris le représentant accrédité et dévoué des Eglises réformées de France, tout en étant étroitement lié aux Philosophes, et en étant officier de la loge maçonnique la plus rationaliste du Grand Orient de France, les « Neuf Surs », où il parraine linitiation de Voltaire en 1778, peu de semaines avant la mort de lillustrissime vieillard !
Isaac de Beausobre
Cest encore le cas en Prusse, à Berlin, où la Société des Aléthophiles (=amis de la vérité), destinée à répandre le rationalisme chrétien du philosophe Wolff, compte nombre de pasteurs huguenots : Des Champs (traducteur de Wolff en français), Pérard, Formey (qui collaborera à lEncyclopédie), et Isaac de Beausobre (1659-1738), chapelain du Roi de Prusse après I .Jaquelot, et dont la pensée exerça une influence notable en France.
Assurément, à partir de 176O, la génération des pasteurs en activité, et sans doute leurs fidèles de la bourgeoisie éclairée, sont marqués par la pensée des Lumières, et, aux antipodes de la doctrine calviniste, ils croient sincèrement pouvoir concilier une bonne philosophie et la religion, définie en termes purement humanistes. Lambition des grands bourgeois réformés, à Paris comme à Genève, est alors de soccuper de leurs intérêts et dune vie mondaine unissant agréablement les commodités de la richesse à dhonorables « vertus »
En cela, ils ne diffèrent guère de leur milieu socio-professionnel, puisquen France très catholique progresse alors en milieu mondain et « éclairé » un scepticisme de bon ton. Lamothe-Langon dit même que « lathéisme était alors universellement répandu dans ce quon appelait la haute société : croire en Dieu devenait un ridicule dont on avait soin de se garder ». Après 1765, le Séminaire parisien de Saint-Sulpice est lui aussi ouvert à la « Philosophie » : « on y lit linsidieuse confession du Vicaire savoyard, les fausses pensées philosophiques de Diderot ». Au Séminaire de Toul, François de Neufchâteau se voit accuser davoir établi « une société de déistes, une académie de pourceaux dEpicure, sous le nom de Société de Thélème »
Linsuffisance de la formation théologique, résultat presque fatal dun siècle de persécutions et de discriminations, la réduction de la pratique réformée à la clandestinité du Désert et une attraction « sympathique » envers les idées des Lumières ont appauvri considérablement la théologie réformée en France, comme la vie spirituelle des bourgeois protestants apparemment les mieux armés intellectuellement pour réagir, mais cédant au rationalisme et au moralisme ambiant
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