l'Église Réformée de France à Nancy
Toul, Pont-à-Mousson...

 

Protestantisme et Lumières

 

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I- Comment la Lorraine s’est-elle privée de la lumière de la Réforme ?

1- Les audacieuses propositions de la Réforme au XVI°s.

2- le cas particulier de METZ.

3- Implantation et éradication de la Réforme en Lorraine ducale.

Pascal Joudrier

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1- Les audacieuses propositions de la Réforme au XVI°s.

Dans l’Europe de la Renaissance, en pleine mutation, où se diffusent par l’imprimerie les idées nouvelles des Humanistes, où les Etats accroissent leur emprise sur les territoires, où l’individu s’affirme dans les cités prospères, et où l’Eglise et son clergé déconsidéré ne peuvent donner réponse à l’angoisse du Salut, le Christianisme est secoué et bientôt fracturé par une profonde exigence de réforme, remettant en cause l’institution elle-même dans ses principes et ses pratiques. Soucieux de remettre au cœur de leur confiance en Dieu la Parole de libération de l’Evangile, des chrétiens s’engagent dans un processus de réformes et de ruptures aux conséquences religieuses, politiques et spirituelles décisives et durables.

Les 6 propositions dynamiques de la Réforme protestante :

- Dieu seul est sacré : Dieu est absolument transcendant, l’homme est dans l’incapacité fondamentale de le connaître, si ce n’est par la Révélation. Et Dieu ne nous révèle de Lui que ce qui concerne notre salut. En dehors de Dieu, rien ne peut ni ne doit être sacralisé, ni lieu, ni temps, ni personne, ni doctrine, ni rite, ni image, ni institution…A Dieu seul la gloire !

Les conséquences en sont la remise en cause de la Présence réelle du Christ dans l’eucharistie, la contestation de l’autorité du pape et des clercs, le discrédit du culte des reliques et des images, de l’intercession des saints, le refus de tout culte des morts, des pélerinages aux « lieux saints », et de certains gestes (signes de croix, génuflexions…) …

Cet effort de sécularisation fait du protestantisme une sorte de contre-religion, puisque la foi en Dieu doit délivrer de toute religion !

- par la grâce seule : le Salut est un don gratuit de Dieu en Jésus-Christ, il n’est lié ni au mérite ni aux « bonnes œuvres » de chacun. Libéré de l’angoisse du Jugement, de l’impossible tâche de fournir les preuves de son salut, assuré de son pardon, renonçant à se justifier par lui-même, chacun est appelé à la responsabilité, puisqu’il doit répondre à la Parole qui le rejoint et l’appelle.

Les conséquences en sont la dénonciation du monnayage du Salut (le trafic lucratif des Indulgences a été le détonateur de la Réforme en 1517), et de l’exploitation de la crédulité.

Puisque la sanctification consiste à se savoir et à se vouloir responsable, de soi, d’autrui, de la société, il convient de valoriser le travail et l’utilisation raisonnable des biens matériels.

- par la foi seule : la confiance en Dieu surgit incessamment de la rencontre personnelle avec Christ, comme Parole de Dieu, qui se donne à connaître comme présence aimante et libératrice.

Il s’ensuit que le protestant n’est redevable de ses comportements et de ses pensées que devant Dieu seul, et que personne , pas même le Roi, ou l’Etat, ne peut s’interposer entre la conscience du chrétien et Dieu. C’est l’exigence de la liberté de conscience et, en terme d’aujourd’hui, de la laïcité.

- par l’Ecriture seule : la Bible est l’unique référence, l’autorité essentielle. La Bible est le récit de la Révélation, accessible à qui la lit et l’écoute, l’accueille et la médite, en l’interprétant avec intelligence, en l’actualisant existentiellement dans sa foi, en en témoignant dans ses choix de vie.

Il s’ensuit la nécessité de procurer des éditions critiques des textes bibliques, d’en multiplier l’appropriation par des traductions (en 1534, Bible en allemand de Luther ; en 1535, Bible en français d’Olivétan), d’en encourager le commentaire critique et historique selon les méthodes de l’humanisme, de former des prédicateurs compétents, de dénoncer la prétention du pape ou de toute église à interpréter seuls correctement et infailliblement l’Ecriture… La Réforme admet le conflit de interprétations !

- le sacerdoce universel : pour les Réformateurs, l’ensemble des baptisés sont « prêtres », appelés à annoncer la Bonne nouvelle d’un Dieu aimant, à s’engager…

Contre la hiérarchie ecclésiastique, contre la distinction entre clercs consacrés et laïcs, il s’ensuit que les pasteurs de l’Eglise réformée sont des laïcs, qui peuvent se marier (et depuis le XX°s. être des femmes…), reconnus dignes et capables, en vertu de leur vocation et de leur formation, d’exercer au sein de la communauté les fonctions inhérentes au ministère de la Parole (prédication, catéchèse) et des sacrements (baptême et Cène).

- se réformer sans cesse : les Eglises réformées sont des réalités humaines, appelées à évoluer et se transformer. Ayant désacralisé l’institution ecclésiastique, et encourant le reproche d’être variable et ingouvernable, la Réforme admet le pluralisme ecclésiastique (au XVI°s., les Eglises sont « dressées » sur des bases territoriales : églises de Genève, de Montbéliard, de Metz…) et le pluralisme confessionnel (églises luthériennes, calvinistes, anglicanes..., puis églises baptistes, méthodistes, évangéliques, pentecôtistes…).

Organisée selon le système presbytéro-synodal, l’Eglise réformée voit chaque paroisse choisir ses « anciens » (conseillers presbytéraux), qui eux-mêmes choisissent le pasteur, et élisent leurs représentants au niveau synodal (d’échelon régional et national, avec autant de laïcs que de pasteurs), où des Conseils élus ont autorité sur un mandat limité. Dès le XVI°s., c’est la base d’un fonctionnement démocratique !

Face aux mouvements réformateurs luthériens et calvinistes, l’Europe catholique du XVI°s. se mobilise par une condamnation doctrinale (ses grands écrits réformateurs de 1520 condamnés par le pape, Luther est sommé de se rétracter…), que les pouvoirs politiques relaient militairement (Charles-Quint, comme François I°). La Paix d’Augsbourg en 1555 sanctionne la division confessionnelle de l’Empire entre Etats et cités catholiques, et Etats et cités luthériens. Sur le principe cujus regio, ejus religio (habiter une région, c’est en suivre la religion), toute l’Europe du Nord passe au luthéranisme ; la Hongrie, une partie de la Pologne, l’Ecosse passent au calvinisme, l’Angleterre adopte la voie moyenne de l’anglicanisme.

En France, les idées de la Réforme se diffusent dès les années 1520, mais sont vite réprimées.

Sous l’influence décisive de Calvin, à partir de 1550, se dressent des centaines d’églises locales, qui réunissent leur 1° synode national en 1559.

Après l’échec de tentatives de conciliation entre les 2 camps (Colloque de Poissy, en 1561), la France va subir durant 36 années 7 Guerres de religion, ponctuées de massacres, de ravages, de vandalisme, et d’édits de pacification sans lendemains…

Un compromis est enfin trouvé en 1598 : l’Edit de Nantes, dont l’objectif reste l’unité religieuse du Royaume, la paix civile devant permettre aux « prétendus réformés » de revenir à la « vraie religion ». Le protestantisme est arrêté dans son développement - 950 églises alors rassemblent 800 000 sujets du Royaume, 12% de la population-, et pour quelques décennies seulement « toléré » : l’égalité civile et la liberté de conscience sont accordées aux réformés, leur culte n’est autorisé qu’aux lieux explicitement désignés où il s’était établi (la messe doit quant à elle être rétablie partout…).

Depuis le Concile de Trente (1545-1563), l’Eglise catholique a de son côté ouvert le chantier d’une réforme interne, en réaffirmant le rôle et l’autorité de la hiérarchie ecclésiastique, en n’autorisant que la Vulgate en latin, en réorganisant la formation des clercs et l’encadrement des croyants (culte marial, confréries, expansion des ordres monastiques…) : arc-boutée dans sa lutte contre les « hérétiques », adossée au pouvoir monarchique, la Contre-Réforme avance.

 

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2- le cas particulier de METZ

Dans l’espace lorrain du XVI°s., METZ, cité épiscopale, capitale économique, riche d’une bourgeoisie florissante, d’un patriciat cultivé, d’une tradition de libertés communales, constitue un laboratoire original et exemplaire de l’implantation de la Réforme, luthérienne d’abord, puis calviniste, de sa vitalité malgré les répressions obstinées, et enfin de son éradication brutale au terme du XVII°s.

Implantation et croissance

  • 1524 premiers prêches luthériens à Metz, par le moine Jean Chatelain ; quelques familles patriciennes (De Heu, D’Esch…)sont gagnées à la Réforme ; Pierre Toussain, chanoine de Metz, part à Bâle, puis développe la Réforme luthérienne à Montbéliard
  • 1542 déjà passé en 1525, Guillaume Farel prêche à Metz et Montigny ; Gaspard de Heu, acquis à la Réforme, devient maître-échevin, l’Eglise de Metz est « dressée »; les Luthériens, renonçant à la lutte ouverte, adoptent un catholicisme de façade
  • 1551 premiers prêches calvinistes à Metz
  • 1552 Metz sous l’autorité de fait du Roi de France
  • 1561 ouverture du premier temple de la cité (le temple du Retranchement) et d’écoles protestantes en pays messin : « c’était chose admirable de voir le nombre de personnes qui se rangeaient chaque jour à la doctrine »
  • 1562 début des Guerres de religion ; des familles réformées de Saint-Nicolas trouvent refuge à Metz
  • 1565 dernière visite de Guillaume Farel, revenu prêcher à Metz
  • 1570-1590 entre interdictions et autorisations, la Réforme s’implante solidement : on compte 8 écoles protestantes à Metz en 1580, 1/3 des habitants (soit 7000 personnes) est réformé
  • 1578 libre exercice du culte pour les Messins à Montoy seulement
  • 1586 Courcelles-Chaussy, seul lieu de culte autorisé
  • 1592 Lettres patentes du roi Henry IV rétablissant les calvinistes messins dans leurs charges
  • 1597 construction d’un nouveau temple au Retranchement
  • 1598 Edit de Nantes
  • En 1612, le vicaire général décrit Metz comme « la ville de France la plus gangrenée de cette pestilence mortelle ; le parti huguenot y est le plus riche, le plus fort, et le plus armé… »

Bien qu’affaiblie par les pestes et la Guerre de Trente ans, l’Eglise réformée de Metz est une des plus importantes du Royaume (comparable à celle de Rouen) : 3 temples, 5 pasteurs, dont les très remarquables Paul Ferry (1591-1669) et David Ancillon (1617-1692), une communauté puissante et diversifiée (noblesse de robe, officiers, bourgeoisie marchande, artisans, et vignerons des paroisses extérieures) : 6330 réformés en 1635.

Dans une situation originale et périlleuse entre les Pays-Bas espagnols et les Duchés lorrains, bastions du catholicisme orthodoxe et militant de la Contre-Réforme, l’Eglise réformée de Metz, autonome, mais partageant la confession de foi et la discipline des Eglises réformées de France, est aussi aux avant-postes du calvinisme français, face au luthéranisme de la Sarre.

C’est le temps de stériles controverses entre brillants théologiens des 2 camps, en vue d’une toujours espérée (mais bientôt imposée) réunification religieuse, débats publics qui trouvent à Metz un éclat particulier, bien que sans effet à un moment où la situation des Réformés de France est de plus en plus précaire : 1/3 des pasteurs français abjure, l’atonie spirituelle menace (l’anticatholicisme à outrance ne pouvant tenir lieu de conversion intérieure, ni les controverses dogmatiques, de vie renouvelée). Ainsi le pasteur Ancillon interpelle -t-il son Eglise de Metz : « nous dormons d’une léthargie profonde, qui nous menace d’une mort subtile et d’une ruine irréparable »…

  • En 1654-55, le pasteur Ferry et Bossuet, alors archidiacre, s’affrontent par leurs ouvrages.
  • En 1657, le pasteur Ancillon et le suffragant Bédacier discutent de la valeur de la tradition comme fondement de la Foi.
  • En 1666, les conférences du pasteur Ferry et de Bossuet, devenu Grand Doyen de Metz, portent sur les points de divergence essentiels : rôle des œuvres dans le salut, présence réelle dans l’eucharistie, culte des saints, autorité du pape…

A la veille de la Révocation de l’Edit de Nantes, et malgré les persécutions multiples, Metz compte encore 4380 réformés sur 20 700 habitants, soit 21% de la population.

Répression et éradication

  • 1525 le prédicateur Jean Chatelain est brûlé à Vic-sur-Seille, et Jean Leclerc au Champ-à-Seille. Interdiction de toute forme de « luthèrerie » à Metz.
  • 1543 nouvelle interdiction du culte public de la Réforme , et de la lecture des livres hérétiques
  • 1558 Lettres du Roi Henry II invitant les notables protestants de Metz à se convertir, ou à partir…
  • 1569 en visite à Metz, au lendemain de la défaite protestante de Jarnac, le Roi Charles IX fait détruire le temple et interdire le culte réformé
  • 1585-87 suite à l’Edit de Nemours, le culte réformé est à nouveau interdit, les protestants sont exclus des charges publiques. Le pays messin est ravagé par les troupes du Duc de Guise.
  • 1629 suite à la Paix d’Alès, les protestants de France perdent définitivement leurs places de sûreté (lieux de refuge et de garnison), et dépendent du bon plaisir du Roi auxquels ils restent malgré tout soumis et fidèles
  • 1633 les Statuts synodaux de Metz interdisent aux catholiques de fréquenter les prêches et d’assister aux funérailles des huguenots
  • 1634 malgré les dispositions de l’Edit de Nantes, les écoles protestantes du pays messin sont fermées, ainsi que l’école latine protestante de Metz
  • 1642 le Roi donne le temple (fermé) de la rue de la Chèvre aux Jésuites
  • 1644 grande mission prêchée durant 4 mois en pays messin par 21 oratoriens
  • 1657 début de la politique royale de contrainte envers les Protestants ; développement en France des Compagnies de la propagation de la foi (sous l’autorité de l’évêque du diocèse) ; des couvents accueillent les protestants « désireux » d’abjurer (couvents fondés à Metz en 1657 pour les femmes et en 1665 pour les hommes)
  • 1665 construction de l’église de Notre-Dame de l’Assomption à l’emplacement du temple
  • 1669 interdiction faite aux protestants de quitter le Royaume
  • 1680 durcissement de la politique royale : après le temps de la pastorale et des controverses, après les conversions achetées, c’est la phase de l’intimidation physique, du harcèlement juridique, de la violence légale. En 5 ans paraissent 85 textes anti-protestants, les Réformés de Metz sont donc exclus de tous les offices royaux, charges municipales, maîtrises des métiers…
  • 250 temples sont fermés ou détruits (celui de la Horgne à Metz est détruit en 1680), les collèges et les académies protestantes de France sont interdits et fermés
  • 1681 première dragonnade en Poitou ; en août, les réformés messins font un jeûne solennel de protestation
  • 1685 Edit de Fontainebleau, révoquant l’Edit de Nantes
  • Démolition des temples de Metz et de Courcelles-Chaussy, saisie des registres paroissiaux, expulsion des 4 pasteurs. Les Réformés messins ont 10 mois pour se convertir…
  • 1686 en juin, dispersion de protestants rassemblés clandestinement pour le culte;
    en juillet, départ de la première chaîne de galériens;
    en août, Metz est la dernière ville de France à subir les dragonnades : 12OO réformés abjurent sous la contrainte, 3000 réformés émigrent, soit 17% de la population messine !
    En septembre, il n’y a plus officiellement de réformés à Metz et en pays messin, il y subsiste environ 3000 « nouveaux convertis », mal disposés envers le catholicisme, et qui tout au long du XVIII°s. constitueront un groupe lorrain peu connu du « Désert »
  • 1688 autodafé de livres protestants
    déportation de Jean Olry et de ses 4 compagnons messins à la Martinique.

 

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3- Implantation et éradication de la Réforme en Lorraine ducale

Au XVI°s., la Lorraine ducale offrait un milieu social et intellectuel peu propice à l’accueil de la Réforme : population très largement rurale, attachée à des dévotions traditionnelles; absence de foyer humaniste et intellectuel (les activités du Gymnase vosgien à St-Dié cessent avant la Réforme); noblesse en bons termes avec le pouvoir ducal… C’est seulement dans les villes commerçantes et administratives des Duchés que la Réforme s’introduit timidement et sporadiquement, vite contrecarrée par une politique ducale résolument antiprotestante.

Les Ducs de Lorraine et leur famille se sont en effet explicitement donné mission d’extirper l’hérésie, ils ont continûment relayé et coordonné les efforts de la Contre-Réforme, et fait pour des siècles de leur Lorraine une inexpugnable frontière de la catholicité, au point d’apparaître dans l’historiographie réformée comme « le pays où Dieu a le moins répandu ses faveurs spirituelles » !

Essais d’implantation de la Réforme

  • 1524 quelques prédicateurs de passage dans les duchés
  • 1543 à Saint-Mihiel, une communauté s’est formée « pour lire et entendre quelque chose des Ecritures »
  • Années 156O : profitant d’une relative tolérance de Charles III, le calvinisme s’implante ponctuellement; on compte une soixantaine de familles de marchands et de drapiers de Saint-Nicolas de Port gagnées à la Réforme (elles se réfugient à Metz en 1562) ; à Toul ont lieu quelques cultes clandestins et des manifestations iconoclastes; à Deuilly, dans la Vôge, est « dressée » une Eglise réformée sous l’impulsion d’Olry du Châtelet, de 1562 à 1569; de nombreux gentilhommes-verriers de la Vôge adhèrent à la Réforme …

Mais ces petits groupes pieux, de milieu social aisé, sont trop faibles pour structurer des Eglises viables.

A titre singulier, certaines personnalités se convertissent : c’est le cas du graveur Pierre Woeiriot (qui fait un portrait de Calvin et illustre les Emblèmes chrétiens de la protestante G.de Montenay) ; du poète Louis des Masures, secrétaire du Duc, quittant le duché en 1562 pour devenir pasteur à Metz, puis à Ste-Marie aux Mines ; de l’illustre sculpteur sammiellois Ligier Richier, émigrant lui aussi en 1564 et mourant à Genève en 1567.

Il est en outre, aux marges du duché, dans des enclaves de l’Empire, ou des territoires où la Lorraine affirme peu à peu son emprise, des zones de pénétration et d’implantation de la Réforme luthérienne : comtés de Saarwerden, de Salm, seigneurie de Fenétrange, villes-refuges de Phalsbourg (fondée en 1560) et de Lixheim (en 1608); ou du mouvement anabaptiste dans le Val-de-Liepvre…

  • Entre 1599 et 1604, Catherine de Bourbon, sœur de Henry IV, ayant épousé le fils de Charles III, des prêches réguliers ont lieu au Château de la Malgrange.
  • Entre 1633 et 1661, dans les soubresauts de la Guerre de Trente ans, avec la présence de soldats étrangers, et avec l’occupation française qui applique à la Lorraine la législation de l’Edit de Nantes, le protestantisme connaît quelques résurgences, mais aucun renouveau durable.
  • A la fin du XVII°s., le protestantisme est donc réduit à néant en Lorraine ducale, et avec la Révocation de l’Edit de Nantes, l’importante communauté réformée du pays messin est elle aussi abattue, contrainte à l’exil, ou réduite au mieux à la clandestinité de cultes familiaux, de noyaux de mémoire…

Ainsi la présence protestante dans la Lorraine du Siècle des Lumières est-elle tout à fait marginale, limitée aux familles de « nouveaux convertis » de Courcelles-Metz, en risque d’assimilation, aux petites poches luthériennes comme Saarwerden, et à quelques groupes mennonites laborieux et fort appréciés pour leur discrétion, soit en tout guère plus de 3000 personnes à la veille de la Révolution.

L’entêtement de la répression antiprotestante

  • 1523 ordonnance du Duc Antoine interdisant d’enseigner la doctrine de Luther, encourageant la dénonciation des détenteurs de livres illicites
  • 1525 W.Schuch, curé de St-Hippolyte, est brûlé à Nancy le Duc Antoine participe activement et férocement à la guerre contre les Rustauds (bandes paysannes contestant la hiérarchie ecclésiastique et les droits seigneuriaux, condamnées de son côté également par Luther…), écrasés à Saverne; il reçoit du pape le titre de « bouclier de la foi ».
  • 1539 Edit du Duc Antoine condamnant au feu et à la confiscation de leurs biens ceux qui tiendraient en public ou en privé des propos hérétiques, interdisant la possession de livres luthériens et l’achat de Bibles en français
  • 1543 et 1545 : nouveaux Edits : des arrestations et des exécutions ont lieu à Saint-Mihiel, Mirecourt, Epinal…
  • 1563 l’évêque de Verdun, Nicolas Psaume, argumente la pastorale antiprotestante avec son « Préservatif contre le changement de religion »
  • 1569 interdiction du culte réformé à Toul
  • 1572 fondation à Pont-à-Mousson de la seule université ultramontaine de langue française, pour faire barrage à l’hérésie
    Ordonnance de Charles III interdisant la pratique de la nouvelle religion dans ses Duchés; les réformés ont un an pour vendre leurs biens et quitter le pays…A Bar-le-Duc, on rebaptise les enfants précédemment baptisés par les ministres calvinistes !
  • 1580 Première réunion de la « Sainte Ligue » catholique, à Nancy
  • Nouvelle ordonnance ducale : les réformés ont 20 jours pour abjurer, ou 2 mois pour disposer de leurs biens et émigrer
  • 1587 Ordonnance donnant 40 jours à ceux qui « demeurent obstinés dans leur hérésie » pour « desloger de nos pays et ne s’y retrouver »
  • 1616 création d’une chaire de controverse à l’université de Pont-à-Mousson
  • 1617 Edit d’Henri II enjoignant aux réformés de quitter ses duchés
  • 1624 le Duc Charles IV expulse les réformés de Lorraine
  • 1626 Edit interdisant la possession d’ouvrages hérétiques, sous peine de bannissement et confiscation des biens
  • 1664 recensement des hérétiques : tout suspect doit indiquer aux procureurs des bailliages son nom, sa qualité, sa religion…
  • 1666 Ordonnance de saisie, au profit du Duc, des biens de toute nature appartenant aux hérétiques

La fréquence de ces mesures antiprotestantes (11 édits en 1 siècle) paraît à la fois le signe de leur inefficacité relative, et surtout de la volonté obsessionnelle d’enrayer la moindre diffusion de la Réforme, par la prédication, par le livre, par contact…

Il convient d’apprécier en outre la floraison prodigieuse de la Contre-Réforme en Lorraine, par l’application de statuts synodaux et de réformes monastiques, la multiplication de couvents franciscains, de collèges jésuites, de congrégations, de confréries, de dévotions mariales, de statues et d’images, de pélerinages et de missions (la Lorraine restera jusqu’à la fin du XVIII°s. une des rares provinces à bénéficier de missions nombreuses et régulières…).

 

 

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