Où est Dieu quand nous souffrons ?
oute
philosophie et toute théologie se pose la question de l'existence
du mal (et du bien). La Bible rend compte de plusieurs réponses
différentes à cette question douloureuse. Je vous propose
de passer très brièvement en revue 5 de ces réponses,
en cherchant les avantages et les limites de chacune.
a) "Cette question nous dépasse."
C'est une façon d'éluder la question, de renoncer à
y apporter une réponse satisfaisante.
- Dans la Bible : Le livre de Job conclut sur cette réponse
(Job 42).
- Avantage : c'est vrai que notre point de vue est toujours partiel
et limité. En dernier recours, l'humilité et la confiance
en Dieu est une bonne attitude, car nous ne sommes pas Dieu.
- Limite : Cette théologie n'invite pas tellement à
agir contre la souffrance. Mais surtout, Dieu ne nous demande pas
de renoncer à l'intelligence pour avoir la foi ! Au contraire.
Quand Jésus cite ce passage de la Bible qui nous propose d'aimer
Dieu de tout notre cÏur, de toute notre âme, et de toute
notre force. (Deutéronome 6:5), Jésus ajoute "et tu
aimeras Dieu de toute ta pensée" !(Marc 12:30)
b) Dieu serait tout puissant, et il crée
la souffrance pour notre bien.
La souffrance est alors comparée à un médicament
amer, un avertissement, un exercice ou une épreuve. La souffrance
serait donc en réalité un bien.
- Dans la Bible : Psaume 32:10, Ésaïe 48:10.
- Avantage : cette solution est simple et claire.
- Limite : Cette théologie invite à accepter la souffrance
comme venant de Dieu, plutôt que de lutter contre. C'est cette
théologie qui a fait douter de l'existence de Dieu ou se sa
bonté. Car, effectivement, si Dieu était à la
fois tout puissant et amour, il autre chose que la torture pour nous
éduquer ! Face à la leucémie d'un enfant ou à
un accident stupide, cette théologie de la "toute puissance
de Dieu" est vraiment épouvantable à entendre.
c) Dieu laisserait la liberté à
l'homme, c'est lui qui a tout gâché.
Dieu aurait tout créé parfaitement à l'origine,
puis il aurait restreint sa toute puissance pour laisser à l'homme
la liberté de faire le bien comme le mal.
- Dans la Bible : Genèse 3 (Adam & Ève), et les
textes où Dieu s'absente (par exemple la parabole des talents
en Matthieu 25).
- Avantage : C'est vrai que le mal que nous faisons a pour conséquence
des souffrances importantes et du gâchis.
- Limite : Cette explication est parfois trop culpabilisante, quand
elle nous rend responsables, sans que l'on sache comment, d'un cyclone
ou une météorite qui a tout ravagé. Et puis la
souffrance injuste du bébé gazelle croqué par
un lion existait avant que l'homme puisse en être responsable.
Enfin, dans cette théologie, Dieu n'est pas complètement
innocent, il est au moins coupable de non-assistance. N'aurait-il
pas pu imposer des bornes pour éviter Auschwitz ?
d) Dieu affronterait un ennemi actif.
Cette théologie est bien plus ancienne que la Bible. Il y aurait
un Dieu bon, et il y aurait une autre personne transcendante qui ferait
le mal. Certaines théologies chrétiennes ont repris cette
théologie avec une puissance du mal personnifiée (appelé
parfois diable ou satan, ou un ange qui a trahi Dieu).
- Dans la Bible : Apoc 2:13, Job 1, 2 Pier 2:4.
- Avantage : cette solution est ancienne et simple.
- Limite : les passages de la Bible où l'on peut trouver cette
idée sont très rares, et on peut les comprendre autrement.
L'idée majeure de la Bible c'est qu'il y a un seul Dieu, une
seule personne transcendante dans l'univers et qu'elle crée
le bien. De plus, on remarque que quand une catastrophe frappe, elle
frappe tout le monde, au hasard. S'il y avait un diable derrière,
il frapperait surtout les êtres bons.
e) Dieu serait encore en train de poursuivre
son oeuvre de création.
Dieu serait
puissant, mais il ne pourrait pas tout faire en une seconde, il crée
dans la durée. Dieu nÕest la cause que du bien, mais il
y a encore du chaos dans ce monde que Dieu est en train d'organiser
progressivement. Par amour, Dieu crée l'homme dans ce chantier
en cours, et il l'appelle à participer à cette oeuvre
et à se développer lui-même.
- Dans la Bible : tous les passages qui disent que le Royaume de
Dieu vient, qu'il est à attendre, à préparer.
Et dans le Notre Père (Mat. 6) "que ta volonté soit
faite..." + 1 Cor 15:28, Rom 8:22.
- Avantage : Cette théologie refuse l'idée d'un Dieu
qui tire toutes les ficelles, et annonce un Dieu qui est uniquement
Amour et Vie. Dieu est totalement innocent de toute souffrance, que
ce soit comme acteur de cette souffrance, ou même comme laissant
faire. Notre révolte contre la souffrance est donc bonne puisque
Dieu est le premier à être révolté par
elle. Cette théologie mobilise pour lutter contre toute souffrance
avec Dieu.
- Limite : Comme dans la théologie précédente,
Dieu ne serait ainsi actuellement pas tout puissant. Cela peut gêner
certaines personnes. Pourtant dans la Bible l'idée de "toute
puissance" de Dieu est en réalité extrêmement
rare et contestée.
Remarques
Après Auschwitz, les théologies qui envisagent un Dieu
tout puissant sont de plus en plus rarement soutenues. On insiste par
contre, sur Dieu comme accompagnant celui qui souffre, un Dieu qui souffre
avec nous.
Personnellement, ma réponse à cette question intègre
3 de ces 6 réponses, et rejette les 2 autres.
- Oui, on ne comprend pas tout et j'ai confiance en Dieu et dans
la lumière qu'il a mis dans le cÏur de tout homme (réponse
a).
- Oui, l'homme est responsable des autres et du monde, et il est
coupable d'une partie de la souffrance (réponse c).
- Et je crois que Dieu continue à créer, qu'il nous
aide à transformer la souffrance en vie, il accompagne, il
pardonne, il appelle, il ressuscite (réponse e).
Marc Pernot
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