Parler de paix ou faire la paix ?
une réaction à l'encyclique du pape
" Ecclesia de Eucharistia"
est
avec douleur que j'ai pris connaissance, en ce Jeudi Saint, de
la nouvelle encyclique "Ecclesia
de Eucharistia" du Pape de nos frères & surs
catholiques romains. Jean-Paul II y rappelle l'importance de la communion
pour les chrétiens, en lien avec le dernier repas que le Christ
a pris avec ses disciples avant d'être exécuté.
Cette première partie du texte de Jean-Paul II est belle, ses
paroles sont fortes, et les chrétiens de toutes les églises
se réjouissent de voir ainsi rappelé un élément
central de notre foi : la communion avec le Christ.
Il y a malheureusement une autre dimension à cette encyclique.
Jean-Paul II l'introduit en rappelant l'importance de l'cuménisme,
sans doute pour préparer les chrétiens des autres églises
au pire, qui va venir dans la suite de son encyclique. La parole de
Jean-Paul II devient alors dure, tranchante et comme définitive.
Il reste dans la ligne de la très dure encyclique précédente
"Dominus Iesus" en persistant à ne pas reconnaître
les églises protestantes comme étant des "églises",
mais en les traitant de simples "communautés ecclésiales".
Et Jean-Paul II exclut, interdit toute "intercommunion", toute
célébration eucharistique commune entre catholiques et
protestants, même à titre exceptionnel, puis il interdit
au fidèle catholique de recevoir la communion dans une autre
communauté chrétienne.
Comme quoi, il est plus facile, bien plus facile de parler de paix
que de faire la paix. Il est agréable de parler de paix, on le
fait bien volontiers quand la guerre est loin et qu'il n'y a pas trop
d'enjeux pour nous, mais c'est difficile de faire la paix avec ses frères
et surs, avec ceux dont on est le plus proche...
C'est ce qui arrive à notre pauvre Jean-Paul II. C'est d'autant
plus triste que je pense sincèrement que nous sommes en profonde
communion sur l'essentiel avec nos frères et surs catholiques
romains. La vie quotidienne le montre. Des catholiques et des protestants
lisent la Bible et prient ensemble dans des groupes de paroisse, dans
les familles, dans les aumôneries, dans les rencontres entre les
prêtres et les pasteurs... Ces relations fraternelles ne sont
pas bâties sur un consensus mou, mais grâce à un
effort de chacun pour approfondir ses propres convictions tout en acceptant
qu'il existe d'autres points de vue sur la même réalité.
Jean-Paul II choisit le jour symbolique du Jeudi Saint pour publier
son encyclique. C'est d'autant plus troublant pour nous, protestants,
que lors de ce dernier repas le Christ donne lui-même le pain
à Judas alors que le Christ savait que cet apôtre avait
déjà choisi de le livrer à ses ennemis. Que veut
dire, dans ce contexte, l'exclusion posée par le souverain pontife
de l'église catholique romaine? Les églises protestantes
seraient-elles, selon lui, plus séparées encore du Christ
que Judas lui-même ?
La communion ne serait-elle pas, au contraire, une occasion d'entrer
toujours plus en communion avec le Christ ? Il faut alors accueillir
non pas seulement ceux que l'on jugerait être les plus fidèles
mais chacun y a sa place. La communion ne doit-elle pas être le
signe de l'accueil que Dieu fait à tout homme, sans condition,
simplement par amour ? C'est pourquoi, toute personne qui le désire
peut et pourra prendre la communion dans l'église protestante.
J'espère que des frères et surs catholiques continueront
à venir la prendre avec nous quand l'occasion se présente,
et nous nous réjouirons ensemble de la présence réelle
du Christ au milieu de nous.
Pasteur Marc Pernot
haut

Mail d'un visiteur catholique
Monsieur,
De confession catholique, j'ai lu avec intérêt ce que
vous avez écrit au sujet d'ecclesia de eucharistia.
En tant que paroissien choqué de la façon dont parfois
notre prêtre traite l'eucharistie, j'ai cherché à
me renseigner sur les écrits récents du pape à
ce sujet, et de fil en aiguille suis tombé sur votre commentaire.
Il est, vous avez raison, plus facile de parler de paix que de la
faire. Mais pourquoi sont-ce les catholiques qui seraient fauteur de
guerre sous le simple prétexte d'affirmer haut et fort en ce
qu'ils croient. L'amoureux de paix n'est pas un béni oui oui.
Vous savez combien le problème de l'eucharistie est un point
d'achoppement entre nous. Cela est naturel puisque nous croyons à
la présence réelle, pas seulement spirituellement mais
aussi matériellement si j'ose dire. Un catholique qui ne croit
pas à cela peut communier chez les protestants mais s'il ne croit
pas à cela il ne peut prétendre être un catholique.
Nous avons d'autres dissensions avec les orthodoxes, mais il nous
est permis de communier dans une église orthodoxe si il nous
est impossible d'assister à un office catholique et la communion
est totalement valable. Ceci est du au fait que les orthodoxes croient
à la présence réelle (matérielle).
J'imagine que je ne vous apprends rien et que vous devez même
en savoir plus que moi-même sur les règles catho et autres
dogmes, et c'est pour cela que je ne trouve pas honnête de jouer
la victime alors que vous savez bien que le Pape ne vous fait pas la
guerre, mais ne fait que répéter ce que l'église
croit vrai, et que vous ne voulez pas croire, comme si Dieu créateur
ne pouvait pas réaliser ce petit miracle. Je dis petit car au
fond le plus grand de tous les miracles c'est l'amour infini qu'il nous
porte et le fait qu'il est fait de l'homme la raison de la création.
Etonnant non ?
Jean Baptiste C.
Je comprends votre point de vue. Il y a effectivement des différences
entre protestants et catholiques concernant le mode de présence
réelle du Christ à la communion, présence matérielle
et/ou spirituelle. Cela ne me parait pas du tout un scandale de proclamer
haut et fort ce que l'on croit juste, c'est même une bonne chose.
Mais la question est quand même de savoir si "je joue les
victimes" ou s'il y a effectivement une certaine agression de la
part du pape. À mon avis, c'est le cas, et ce n'est pas un point
de vue purement intellectuel, mais pastoral, après avoir accompagné
bien des familles mixtes (protestants/catholiques):
- Refuser la communion aux protestants qui désireraient participer
à une eucharistie catholique, par exemple avec son conjoint
et ses enfants catholiques est ressenti, concrètement, comme
une douloureuse exclusion.
- Interdire à ses sujets catholiques de participer à
une sainte-cène protestante est aussi ressenti par bien des
familles mixtes comme une douloureuse interdiction.
- Et quand le pape refuse d'appeler "église" les
églises protestantes, c'est quand même un geste assez
manifeste en termes de mépris et d'exclusion.
Ces coups que porte le pape ne sont pas que des coups d'épingles
ou de simples paroles. On le remarque avec la lente, mais constante,
régression des liens entre églises catholiques et protestantes
voisines durant ce pontificat, contrairement aux 2 ou 3 pontificats
précédents. Et cela aussi est très concret et facile
à observer. Par exemple, les "échanges de chaire"
entre pasteur et prêtre voisin sont de plus en plus difficiles,
les intercommunions de plus en plus rares et parfois sévèrement
sanctionnées par les évêques ou par le nonce apostolique...
Mais tout cela n'est pas très grave, finalement, on peut tout
à fait se passer les uns des autres et durcir nos positions.
Reste que cela fait souffrir les familles qui sont à cheval sur
les deux églises. Et il reste aussi, et peut-être d'abord,
que cela ne me semble pas du tout la volonté du Christ.
Avec mes amitiés respectueuses.
Marc Pernot
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