Les
Béatitudes
Je me suis laissée interroger et surpendre par les
Béatitudes depuis quelques jours... Voilˆ le résultat de ces intenses
réflexions. Sandrine Landeau.
Évangile selon Matthieu, chapitre
5 : Voyant la foule, Jésus monta sur
la montagne; et, après qu'il se fut assis, ses disciples s'approchèrent
de lui. Puis, ayant ouvert la bouche, il les enseigna, et dit:
Heureux les pauvres en esprit, car le
royaume des cieux est à eux!
Heureux les affligés, car ils seront consolés!
Heureux les humbles de coeur, car ils hériteront la terre!
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés!
Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde!
Heureux ceux qui ont le coeur pur, car ils verront Dieu!
Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils
de Dieu!
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le
royaume des cieux est à eux!
Heureux serez-vous, lorsqu'on vous outragera,
qu'on vous persécutera et qu'on dira faussement de vous toute sorte
de mal, à cause de moi. Réjouissez-vous et soyez dans l'allégresse,
parce que votre récompense sera grande dans les cieux; car c'est
ainsi qu'on a persécuté les prophètes qui ont été
avant vous.
ésus,
Seigneur et Frère, tu dis souvent des choses vraiment étonnantes
et dérangeantes. Prends les béatitudes par exemple :
Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux
est à eux !
Tu commences par une expression curieuse : "pauvres en esprit".
Je ne crois pas que l'esprit soit quelque chose de statique, quantifiable,
pour dire si l'on est riche ou pauvre alors qu'est ce que tu veux dire
? S'agit-il de nous inciter à rester humbles devant Dieu ? Il
faut bien reconnaître que nous avons souvent bien du mal à
nous ouvrir à son amour et à son esprit. D'accord, en
ce sens nous sommes tous pauvres en esprit. Si je comprends bien, ta
promesse concerne tout le monde, il suffit de se sentir concerné
par elle.
Et quelle promesse : le royaume des cieux est à eux, rien que
ça ! Tu dis ailleurs que ce royaume est déjà présent
au milieu de nous (en nous?). Veux-tu donc dire que se reconnaître
avec humilité pauvre en esprit, c'est déjà se mettre
en chemin vers cette dimension de la vie belle, heureuse et éternelle
que tu nous montres ? Le royaume des cieux est à celui-là
qui reconnaît à la fois qu'il le cherche et qu'il ne peut
pas le trouver sans s'appuyer sur Dieu ? Heureux les pauvres en esprit,
car le royaume des cieux est à eux !
Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés
!
Là tu y vas fort : heureux ceux qui pleurent ! Quand on pleure
c'est justement qu'on n'est pas heureux (il arrive qu'on pleure de joie,
mais je crois que ce n'est pas le sujet ici). Comment peux-tu affirmer
le contraire ? Car ils seront consolés ? C'est vrai que même
au fond d'un puits de tristesse, pleurer en sachant que quelqu'un va
nous consoler, c'est plus doux que pleurer seul. Là aussi tu
parles à tous : tous ceux qui pleurent, même les plus seuls,
ceux qui n'ont plus personne pour les consoler (et ça nous arrive
sans doute à tous un jour ou l'autre, de pleurer seul). Tu nous
promets que même là, quand nous nous sentons le plus abandonné,
Dieu nous console, comme une mère parfaite qui écoute
et comprend les larmes de son enfant, les essuie, et finit par l'emmener
au-delà des larmes, vers le sourire du bonheur renaissant. Alors
quand nous pleurons, tu nous conseilles de pleurer devant Dieu, de lui
confier nos peines, mais aussi de nous laisser consoler par lui, mener
sur le chemin de la sortie de la tristesse ? D'accord, tu as raison,
heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés !
Heureux ceux qui sont doux, car ils hériteront
la terre !
Heureux ceux qui sont doux
J'aimerais le croire, mais la douceur
n'est pas toujours bien vue ! Les doux sont souvent traités de
lâches ou pris comme cibles faciles, du coup on cherche plus à
durcir sa partie douce qu'à la développer. Et puis toi-même
tu t'es quand même emporté quelques fois ! Alors de quelle
douceur parles-tu ? Celle qui refuse de répondre à la
violence par la violence, qui va aller au-delà de la loi du talion,
qui veut faire vivre l'amour ? Cette douceur qui peut être force,
fermeté et courage ?
Tu leur fais une drôle de promesse à ces doux : ils hériteront
la terre. Je m'attendais à une promesse spirituelle, tu aurais
pu leur promettre le royaume des cieux, non ? Peut-être veux-tu
faire sentir que nous faisons pleinement partie de la terre justement,
que notre objectif ne doit pas être d'aller en dehors, de se réfugier
dans la quête d'un royaume des cieux désincarné,
détaché du monde. Nous habitons cette terre et c'est ici
et maintenant qu'il nous faut construire le royaume des cieux, dans
la douceur. Là je trouve ta promesse très belle, un jour
la douceur règnera
Heureux les doux, car ils hériteront
la terre !
Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, car ils
seront rassasiés !
Quand on a faim et soif de quelque chose on ne nage pourtant pas en
plein bonheur ! Et puis faim et soif de justice ? Tu nous dis ici aussi
qu'avoir faim et soif de choses purement matérielles c'est légitime
mais on ne doit pas s'arrêter là, il faut chercher autre
chose, plus loin (ou plus profond peut-être). La justice ? Oui,
c'est une belle chose à rechercher, auprès des hommes
bien sûr, mais aussi auprès de Dieu. Veux-tu dire que Dieu
nous rendra justice, comme un Zorro merveilleux ? J'ai du mal à
y adhérer. Alors quoi ? Dieu nous rendrait justes nous-mêmes,
en aimant, en pardonnant, en fortifiant notre part juste ? En ce sens
la justice se fait d'abord en nous, nous rendant capable à notre
tour d'être un peu plus juste envers les autres.
Tu parles de rassasiement, mais peut-on vraiment être rassasié
de cette justice-là ? J'ai plutôt le sentiment qu'on la
cherche toujours plus et c'est justement le fait d'en avoir faim et
soif qui nous met en chemin vers Dieu qui nous l'offre. Faut-il alors
vraiment souhaiter être rassasié ? Oui quand même,
être rassasié serait alors avoir ouvert pleinement son
cur à Dieu, comme tu l'as fait. Mais en attendant ce jour,
je souhaiterais plutôt garder bien présente cette sensation
de faim et de soif ! Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, car
ils seront rassasiés !
Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront
miséricorde !
Les miséricordieux passent parfois pour de doux utopistes,
de doux rêveurs à force de croire au pardon et à
cette part Humaine de l'homme. Et pourtant là je serais assez
d'accord avec toi, ils sont heureux car ils voient en chaque homme ce
qui peut grandir et embellir. Et ils ont conscience qu'ils sont comme
les autres, en ombre et en lumière, qu'ils ont besoin de miséricorde
eux aussi pour grandir. Je dis "ils", mais je pense "nous"
: tous nous avons été miséricordieux au moins une
fois dans notre vie, et tu ne dis pas là "ceux qui sont
miséricordieux à chaque instant", heureusement !
Par contre ce "car ils obtiendront miséricorde" me
fait un peu peur. On dirait qu'il faut être soi-même miséricordieux
pour obtenir miséricorde de Dieu, ce qui donne un côté
intéressé à toute miséricorde ! Il vaut
mieux faire miséricorde par intérêt que pas du tout,
soit, mais le faire par amour pour Dieu et pour les autres c'est encore
mieux. Tu aurais pu dire "parce qu'ils ont reçu miséricorde",
non ? Pourquoi cette promesse au futur ? C'est vrai que nous avons toujours
besoin de miséricorde, chaque jour de notre vie, parce que nous
ne sommes pas, et de loin, parfaits. En somme tu nous assures qu'en
étant miséricordieux, nous sommes sur le bon chemin, tu
nous renouvelles la promesse de l'amour de Dieu ? On a toujours besoin
de se l'entendre répéter, tellement c'est incroyable,
tu as raison ! Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront
miséricorde !
Heureux ceux qui ont le cur pur, car ils verront
Dieu!
Les curs purs à présent. Tu sais que personne
n'a tout à fait le cur pur ? Tu parles dans le vide là
non ? Non, j'imagine que tu sais ce que tu dis ! C'est de la partie
pure que nous portons tous que tu veux parler ? Cette lumière
que nous sommes, même sans le savoir ? Peut-être. Et cette
partie là, tu nous appelles à la faire grandir, tu nous
promets qu'elle verra Dieu.
Je ne suis pas sûre que ce soit une promesse alléchante
: dans les livres anciens de la Bible, les hommes ont peur de voir Dieu,
ils semblent avoir peur d'en mourir. Alors faut-il se réjouir
de cette promesse que tu nous fais ? Comme tu n'as pas pour habitude
de promettre la mort, il faut sans doute y chercher une promesse de
vie. Pourquoi peut-on avoir peur de voir Dieu ? Parce qu'on a conscience
d'être bien imparfait face à lui ? C'est plutôt un
bon point de départ pour chercher et rencontrer Dieu. Mais tu
nous dis justement qu'il ne faut pas avoir peur : Dieu amour, vie, joie,
tendresse, il n'y a aucune crainte à avoir face à lui.
Tu nous promets donc là que cette part vivante et aimante que
nous portons tous, Dieu la protègera toujours, la gardera envers
et contre tous (et surtout contre nous !). Heureux ceux qui ont le cur
pur, car ils verront Dieu !
Heureux ceux qui apportent la paix, car ils seront
appelés Fils de Dieu!
Ce n'est pas facile de se sentir concerné, tellement il est
difficile d'être quelqu'un qui apporte la paix : parfois on veut
l'apporter et on s'y prend si maladroitement qu'on tombe à côté,
et puis bien souvent aussi on n'a pas le courage de chercher à
l'apporter. Là tu m'interpelles ! Il ne faudrait pas se lasser
d'essayer d'apporter la paix ? Après tout, est-ce que Dieu se
lasse de nous proposer sa paix et son amour ?
Et ceux là qui apporteront cette paix, ils seront appelés
Fils de Dieu dis-tu ? C'est toi qu'on appelle comme ça tu sais,
il serait bien présomptueux de vouloir être appelé
de la même façon ! Et pourtant tu nous dis que si ! Nous
sommes tous des enfants de Dieu, quoiqu'il arrive. Mais on peut-être
enfant de quelqu'un sans se reconnaître pour son fils ou sa fille.
Là tu nous invites à être vraiment Fils et Filles
de Dieu : accepter son amour, être libres, aimer. Chercher à
apporter la paix, même avec nos pauvres forces, c'est déjà
se mettre sur tes traces, sur celle de notre Père, c'est se montrer
un peu dignes de son amour. C'est formidablement encourageant et déculpabilisant
à la fois. Heureux ceux qui apportent la paix, car ils seront
appelés Fils de Dieu.
Heureux ceux qui sont persécutés pour
la justice, car le royaume des cieux est à eux! Heureux serez-vous,
lorsqu'on vous insultera, qu'on vous persécutera et qu'on répandra
faussement sur vous toute sorte de mal, à cause de moi. Réjouissez-vous
et soyez dans l'allégresse parce que votre récompense sera
grande dans les cieux, car c'est ainsi qu'on a persécuté
les prophètes qui vous ont précédés.
Là il y a deux "heureux" mais le second me semble
un éclairage du premier. Et ça n'est pas de trop. Etre
heureux dans les épreuves et les persécutions, tu n'as
pas peur des paradoxes ! C'est vrai que tenter d'écouter Dieu,
de te suivre vers lui, ce n'est pas simple tous les jours, et on rencontre
des incompréhensions (ici et maintenant on ne risque plus tellement
la torture).
Et pourtant tu nous promets la joie, plus, tu nous l'ordonnes ! Si
on rencontre des difficultés avec d'autres à ton sujet
ou au sujet de Dieu, c'est peut-être qu'on a témoigné
de vous avoir rencontrés, maladroitement sans doute. Veux-tu
nous inviter à vivre et dire notre joie de vous avoir rencontrés,
toi et notre Père ? Nous rappeler que ce sont là des rencontres
qui appellent à la vie, à la joie, au bonheur ? Que le
royaume des cieux est toujours ouvert, même dans les difficultés
? Qu'importe s'il pleut, s'il tonne, si nous avons le soleil dans notre
cur pour nous réchauffer et irradier sur le monde par nos
yeux et nos sourires. C'est difficile à dire, mais oui, tu as
sans doute encore raison : heureux ceux qui sont persécutés
pour la justice, car le royaume des cieux est à eux !
Ouf, tu m'as entraîné bien loin des quelques minutes
que j'avais pensé passer sur ce texte ! C'est incroyable cette
richesse en quelques mots ! Et encore plus incroyable de savoir que
dans quelques mois j'y trouverais d'autres richesses, que d'autres y
voient d'autres choses encore ! J'espère me laisser toujours
surprendre et émerveiller ainsi !
Aujourd'hui j'y ai trouvé un portrait de ce que tu nous appelles
à être, un chemin pour s'en approcher, la promesse renouvelée
de l'amour divin qui nous fait grandir, nous appelle et nous encourage
sur ce chemin vers une plus grande humanité.
J'y ai entrevu aussi cette joie profonde et ce bonheur dynamique que
tu martèles et que tu promets.
Et puis j'y ai reçu aussi un nouvel éclairage sur la
prière que tu nous as enseigné, le Notre Père.
Ces deux textes se parlent maintenant dans ma tête !
Sandrine Landeau
Évangile selon Matthieu,
chapitre 6 : Jésus dit : Voici donc comment vous devez prier:
Notre Père qui es aux cieux!
Que ton nom soit sanctifié;
que ton règne vienne; que ta volonté soit faite sur la terre
comme au ciel.
Donne-nous aujourd'hui notre pain
quotidien;
pardonne-nous nos offenses, comme nous aussi nous pardonnons à
ceux qui nous ont offensés;
ne nous induis pas en tentation, mais délivre-nous du mal.
Car c'est à toi qu'appartiennent,
dans tous les siècles, le règne, la puissance et la gloire.
Amen!
haut

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