l'Église Réformée de Nancy
et environs

 

L'Eglise n'est pas une "communauté"

 

Vous l’avez remarqué peut-être, ou bien ces lignes vous le feront-elles remarquer : il est convenu, depuis quelques temps, d’appeler « communautés » les assemblées religieuses, et les Eglises en particulier. Pour le langage courant, c’est chose entendue : une Eglise est une « communauté ».

Or, une Eglise n’est pas une « communauté » : une Eglise est une communion. Et « communauté » ou « communion », ce n’est pas la même chose. Comprenons...communion

Une « communauté » est un groupe auto-suffisant, dont les relations extérieures, s’il en est, ont pour objet son propre renforcement. C’est le communautarisme.

Une « communion » est un groupe animé par une même mission, orientée non pas vers le groupe lui-même, mais vers l’extérieur.

Une « communauté » a pour objet la subsistance ; une « communion » a pour objet l’action. Et l’action est le principe de l’Eglise : qu’elle soit locale, nationale, universelle, elle n’a rien à défendre ni à préserver, et tout à partager. C’est pour cela qu’elle existe : pour partager, diffuser aussi largement que possible l’Evangile qui lui est confié. En un mot, pour évangéliser. Vivre l’Eglise, et c’est la signification de la cène, c’est communier à la diffusion de l’Evangile, collaborer à l’évangélisation.

Et l’enjeu aujourd’hui, pour l’Eglise réformée de France qui veut évangéliser, est précisément de revenir de la communauté à la communion. Depuis la fin du refuge huguenot, notre Eglise est restée constituée du même patrimoine familial, lequel a hérité des temps de la clandestinité une culture de solidarité et de discrétion. L’Eglise réformée a donc appris à évangéliser ses membres, et à extérioriser des valeurs éthiques. L’Evangile, lui, est resté communautaire, entre nous.

Mais voilà que ce patrimoine familial se délite. Voilà que le protestantisme ne s’auto-reproduit plus... Voilà que les protestants ne font plus naturellement des chrétiens. Et voilà, cette année, quarante ans que cela dure. C’est ainsi.

Et aujourd’hui, confrontés aux conséquences de cet effritement, nous réalisons que, pour exister encore, il faut à l’Eglise de nouvelles familles, de nouveaux membres. Mais pourquoi nous rejoindront-ils ? Pour les valeurs protestantes, ou pour l’Evangile de Jésus-Christ ? Car les valeurs sont le fruit, et non le moyen de l’Evangile. Et l’envoi de Jésus-Christ, c’est que nous propagions l’Evangile, afin qu’il y ait des valeurs. Les valeurs de la vie.

Alors nous qui sommes engagés depuis longtemps, posons-nous ces simples questions, avec la légitime décontraction du salut par la foi : nos activités sont-elles pensées et organisées pour témoigner l’Evangile à ceux qui ne le connaissent pas, ou pour le vivre entre nous, qui l’avons déjà reçu ? Et notre culte, le considérons-nous comme un lieu communautaire, ou comme un espace public ?

Tel est l’enjeu de réforme qui nous appelle : ne pas être une communauté, mais être en communion. Ne pas nous laisser confiner à nous-mêmes. Etre Eglise pour ceux qui n’y sont pas. Sans quoi nous ne pourrons qu’assister à notre récession, puis notre extinction. Voilà pourquoi, lorsqu’on me demande (souvent) : « Parlez-moi de votre communauté protestante », je réponds toujours : « Il n’y a pas de communauté protestante. Il y a une Eglise protestante. ». « Ah ! bon…? Quelle est la différence ? »… Alors commence l’évangélisation. 


Jean-Yves Peter


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