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Le temps de Dieu et les temps des hommes

La Bible entre mythes et histoire, conférence de Thomas Römer

Depuis bien longtemps nous n’avions eu la joie de voir une salle de l’Espace aussi comble pour une conférence. À cause de la personnalité du conférencier, connu de nombreux d’entre nous, du thème retenu, de l’effet de l’annonce parue à L’Est Républicain la veille, pour toutes ces raisons et à des degrés que nous serions bien en mal d’évaluer exactement, la soirée du 5 mars fut un véritable succès : merci à tous ceux d’entre vous qui y étaient d’avoir contribué à cette réussite.

La Bible chrétienne que nous connaissons commence par la Création du monde, elle se termine avec le Livre de l’Apocalypse de Jean. Dans l’ordre de la Bible hébraïque traditionnelle, que les versions chrétiennes n’ont pas respecté, c’est le deuxième Livre des Chroniques qui termine l’ouvrage, avec la destruction de Jérusalem et du Temple. Elle s’achève donc par les paroles de Cyrus, roi de Perse : « L’Éternel m’a commandé de lui bâtir une maison à Jérusalem, en Juda. Qui d’entre vous est de son peuple ? Que l’Eternel, son Dieu, soit avec lui et qu’il monte ! » Ainsi, le dernier message biblique peut être : Que tout le monde revienne à Jérusalem, pour la reconstruire ! Le Premier Testament finit donc par un formidable message d’espérance.

Thomas Römer circonscrit le cadre de sa conférence aux neuf premiers Livres de la Bible, de la Genèse au deuxième Livre des Rois, somme qu’il appelle l’« Ennéateuque ». On peut distinguer au cours de ces neuf Livres une construction chronologique, ou du moins une suite de différents temps.

  • Un temps mythique des débuts, en dehors de l'histoire, et marqué par les textes de la Création et du déluge. Le Dieu de la création, révélé au monde s'appelle "Elohim" ;
  • Des temps légendaires représentés par les Patriarches, Moïse et l'Exode. dieu s'est révélé aux enfants dAbraham (Ismaëlites, Israëlites, Madianites...), c'est Dieu "El Shaddaï" ; 
  • Un temps historique qui va du livre de Josué à la fin du deuxième livre des Rois. Dieu est celui qui a été révélé au seul peuple d'Israël, c'est "YHWH".

L’étude de ces temps a donné lieu à des calculs très savants lors de l’élaboration du calendrier juif et de la date de fixation de la création du monde.

La construction des temps bibliques a répondu à des crises identitaires. Au début du premier millénaire avant notre ère, il est impossible de distinguer les royaumes d’Israël et de Juda de leurs voisins. Le Dieu d’Israël et de Juda est Yahvé. En 722 avant notre ère, le royaume de Samarie est annexé par les Assyriens. Le royaume de Juda fait alors rédiger, sous le roi Josias, vers l’an 620, parmi les premiers écrits : c’est le début de la construction d’une mémoire collective, que l’on retrouve dans le Livre du Deutéronome.

Une deuxième crise identitaire grave se produit en 587, avec la destruction de Jérusalem par les Babyloniens. Le roi, la cour, l’élite du peuple sont déportés, exilés, le pays est occupé. Le Dieu « national » semble vaincu. Pourtant, à la fin du Livre des Rois, Jojakin, roi de Juda est reçu à la table du roi de Babylone, et traité selon son rang. Il semble qu’il s’établisse durablement dans ce pays nouveau. C’est la fin du temps de l’exil, ici commence le temps de la diaspora.

Mais le judaïsme trouve son identité dans l’histoire des origines. C’est pourquoi les juifs ont privilégié les cinq premiers Livres de la Bible, que nous appelons Pentateuque, c’est la Torah.

Notre Bible n’est pas à proprement parler un livre historique, elle n’est pas une suite de récits. Mais bien des passages qui la composent ont été rédigés dans un contexte spécifique et manifestent la volonté de leur auteur de transmettre un message particulier adapté à la situation du moment, et, notamment lors des crises les plus graves que le peuple a traversées, ce souci aura pu être de restaurer une identité, de susciter une nouvelle espérance, de ne pas céder au désespoir mais de continuer à aller de l’avant. Nous pouvons y voir aujourd’hui une invitation à surmonter nos propres crises, nos propres doutes, à rechercher tout ce qui nous permettra de ne pas nous résigner au pessimisme, à la « descente », à nous attacher à tout ce qui peut contribuer à nous élever, la foi, la confiance, l’espérance, à travers une lecture nouvelle, renouvelée, de la Bible.


Bertrand Job

 

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