l'Église Réformée de France à Nancy
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Panorama de théologiens à travers les siècles
1er siècle : Paul

 

Dans ce dossier :

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"Nous, nous prêchons Christ crucifié", 1Co1, 23

Étrange histoire

Les évangiles se terminent par une histoire captivante : la mort et la résurrection de Jésus-Christ. Mais ce sujet est aussi le début d’un long témoignage sans fin par la vie de ceux qui croient ou doutent. Se rajoutant aux disciples, un certain Paul de Tarse s’est senti appelé à être apôtre, mis à part pour annoncer l’Evangile de Dieu (Rom1 :1). Il est aussi apôtre par la volonté de Dieu (2 Cor 1 :1). La conversion de Paul est relatée dans les Actes des Apôtres chap. 9. Du nom de Saul il est devenu Paul. L’un couvre le passé, l’autre fructifie vers l’avenir un projet. Paul s’est alors mis au cours de son ministère à prêcher Jésus-Christ le ressuscité. Mais cela comportait des inconvénients.

La mort de Jésus sur la croix en tant que Fils de Dieu est un scandale pour les hommes. Et à l’opposé c’est une sagesse de Dieu. Comment cela peut-il être compatible. Paul de temps en temps nous échappe pour expliquer sa conviction sur la mort et la résurrection de Jésus-Christ. Dans 1 Corinthiens 1 à 4, il ne fait aucune allusion que le Crucifié est ressuscité (d’après Henri Piguet). Mais cela n’ébranlera pas la conviction des croyants, car Paul lui-même parle de Jésus et de la résurrection dans les Actes des Apôtres 17 :18. Mais prêcher mort et résurrection concernant Jésus nous invite à regarder la croix. Celle-ci a marqué la prédication de Paul. Il l’a mis en avant comme signifiant une parole vivante. Ainsi nous ne sommes pas surpris lorsque Paul parle dans la confession de foi de 1 Corinthiens 15 : 1 à 4 « qu’il est ressuscité des morts ».

Que craint Paul dans la manière de communiquer l’Evangile ? Que l’homme puisse refuser cette mort de Jésus sur la croix ou de ne rester qu’à cette étape sans aucune espérance de la résurrection. Tellement l’image de la croix est choquante. Et souvent ce qui est négatif reste longtemps dans la mémoire de l’homme. Comment Paul invite ses lecteurs à croire en la résurrection ? Il est impossible de comparer ce qu’est la sagesse de Dieu et de l’homme.

Car l’événement de Jésus mort sur la croix a été réel. Paul est parmi ceux qui ont cru même si cela ne s’est fait qu’après l’apparition du Christ sur le chemin de Damas. Sa conviction est devenue forte.

Toujours dans 1 Corinthiens 15, Paul manie un discours intense sur la résurrection. Lui, comme nous, sommes remués par une redoutable interrogation d’une part : “ si l’on prêche que Christ est ressuscité des morts, pourquoi quelques-uns parmi vous disent-ils qu’il n'y a pas de résurrection des morts ? ” Et d’une affirmation ferme d’autre part : “ Mais maintenant, Christ est ressuscité des morts, il est les prémices de ceux qui sont morts.

Ce thème cher à Paul concernant la croix et la résurrection n’est-il pas aussi cher à nous chrétiens. N’est-ce pas le point central de l’Evangile ? N’est-ce pas aussi ce que nous enseignons au catéchisme lorsque nous parlons de Jésus. Nous n’avons pas à connaître ni à apprendre, ni à découvrir en premier l’histoire de la création dans la Genèse ou d’un peuple. Mais d’un personnage mort sur la croix et ressuscité. Les réformateurs l’ont aussi mis en avant lorsqu’ils ont découvert autrement l’Evangile. Puis les missionnaires ont été envoyés comme Paul, pour annoncer en premier : Jésus-Christ crucifié, mort sur la croix et ressuscité pour nous sauver.

Même si la réalité de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ nous paraissent comme une étrange histoire. Cela ne change en rien notre croyance de l’amour de Dieu dans cette folie.


Julia Rafenonirina, inspiré du livre de Henri Piguet "la folie de Dieu", éditions du Moulin

 

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La théologie de Paul et le judaïsme

Notre compréhension de la théologie de Paul est marquée par l’opposition de la foi et des œuvres, mise en évidence par Luther dans les débats de la Réforme.

Le Nouveau Testament connaît cette opposition, de façon explicite, uniquement dans l’épître de Jacques. Pour Paul, la question est plutôt de mettre en évidence que Dieu ne justifie pas l’homme en fonction de la Loi mais en fonction de la foi en Jésus-Christ.

On s’accorde aujourd’hui pour dire que la fonction de la loi juive n’est pas d’exiger seulement des actes mais de marquer une limite entre le peuple de l’Alliance et les païens.

Pour Paul, ce n’est pas l’appartenance au peuple élu de la Loi qui qualifie quelqu’un pour une juste relation à Dieu. La Loi est signe et garantie de l’identité juive. Elle est source de liberté et de sagesse. Mais, comme Paul le souligne dans l’épître aux Galates au chapitre 3, pour être béni il faudrait appliquer toute le Loi. Cette logique du tout faire est combattue par Paul, parce qu’elle est impossible à réaliser. Il oppose la confiance en la justice du créateur, reçue comme un don gratuit. À la pensée que faire toute la Loi c’est vivre, Paul oppose la foi reçue qui libère de l’exigence de résultat et justifie l’homme aux yeux de Dieu.

Pour le théologien du XIX° siècle, Baur, la justification c’est le rapport adéquat entre Dieu et l’homme. Cet ajustement est l’œuvre de Dieu, reçu dans la foi.

La bonne nouvelle de l’Évangile n’est pas comprise comme une rupture avec le judaïsme, mais la conversion de Paul se présente plutôt comme une conversion au Dieu qui était déjà le sien, pour une mission auprès des païens. (Galates 1, 12-16).

Pour Paul, l’évangile n’est pas non plus une alternative à la tradition juive : il le conçoit comme la compréhension que Dieu lui a donné de la bénédiction d’Abraham, réalisée en Christ. D’ailleurs Paul continue de fréquenter la synagogue. Certes il est considéré comme un hérétique, mais il ne fait que subir, de la part des pharisiens, ce que lui-même avait fait subir aux premiers témoins de Jésus-Christ.

Dire que Paul se serait converti du judaïsme au christianisme n’a pas de sens. À cette époque le terme chrétien commençait juste à être employé (Actes 11, 26) et le christianisme n’était nullement structuré.

C’est seulement dans les épîtres attribuées à des successeurs de Paul que l’on rencontre les questions d’organisation de l’Eglise.

Le concept même de christianisme est inconnu de Paul. Il faut parler plutôt d’une controverse interne au judaïsme, controverse qui oppose le passé pharisien qui était le sien et sa prédication « sans la loi ». Ce sont deux conceptions du judaïsme qui s’affrontent.

Pour Paul, la tradition pharisienne se méprend sur le judaïsme. Le véritable judaïsme est celui que Dieu lui a révélé par son Fils Jésus-Christ. Paul propose une transformation du Je, une autre définition de l’identité de l’homme en relation avec Dieu : elle ne s’obtient pas par les œuvres de la Loi, mais par la foi de et en Jésus-Christ.

C’est la fin d’un temps ancien où régnait la Loi et le début des temps nouveaux, les temps de l’Esprit. Cela se traduit aujourd’hui par deux entités religieuses distinctes, foi chrétienne et appartenance au judaïsme.

Freddy Leninger

 

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L'essentiel selon Paul

Qu'est-ce qu'être chrétien ? Qu'est-ce qui définit le Christianisme ? Certains diraient que le christianisme est une doctrine et que le Chrétien c'est celui qui adopte cette croyance. D'autres diraient que le christianisme est une pratique et que le Chrétien est quelqu'un qui va au culte ou quelqu'un qui est au service des autres. L'apôtre Paul nous propose une autre définition dans sa lettre aux Corinthiens. Pour lui, le christianisme est une vie : la vie de l'Esprit de Dieu, ou la vie de cet amour qui est Dieu lui-même. Cette définition du christianisme établit une juste relation entre les éléments de la vie chrétienne. La théologie, le service des autres et même la foi sont remis à leurs places comme de simples fruits de l'amour et de l'Esprit de Dieu en nous. Oui, ces choses importantes ne sont rien, ou impossibles, si nous ne laissons pas travailler Dieu en nous.

Pourtant, on ne peut pas accuser Paul de négliger l'importance de la théologie, il a vraiment cherché à penser sa foi. Mais il met la théologie à sa place dans le célèbre hymne : "Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, quand j'aurais le don de prophétie, la science de tous les mystères et toute la connaissance, si je n'ai pas l'amour, je ne suis rien." (1 Corinthiens 13)

On ne peut pas non plus accuser Paul de négliger l'importance du service des autres. En suivant Jésus il a fait face à la persécution et il a tout donné pour les autres. Pourtant, il met le service à sa juste place : "Quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais même mon corps pour être brûlé, si je n'ai pas l'amour, cela ne me sert à rien. "

Enfin, Paul relativise même la foi, c'est-à-dire, dans ce contexte, le choix personnel de vivre par le Christ. On ne peut pas dire que Paul néglige l'importance de la foi puisqu'un peu plus loin il dit que la foi fait partie des trois choses qui demeurent éternellement avec l'espérance et l'amour. Pourtant, Paul ne met pas la foi à la première place : "Quand j'aurais même toute la foi jusqu'à transporter des montagnes, si je n'ai pas l'amour, je ne suis rien."

La théologie est donc secondaire, le service des autres est secondaire, la foi même est secondaire et donc la religion et ses rites sont secondaires. Ce qui est premier, c'est la vie de Dieu en chacun de nous, c'est son travail en nous qui prime, cette vie que l'on peut appeler l'Esprit de Dieu, ou l'amour.

Il y a là quelque chose d'extrêmement libérant, parce que Paul rend ainsi au christianisme son caractère intime, personnel et libre. À chacun d'avoir sa propre théologie, ses propres engagements de services, sa foi et sa propre pratique religieuse. Et que tout cela soit au service de Dieu, soit pour nous préparer à le recevoir, soit comme une conséquence de ce qu'il aura réalisé en nous.

L'événement fondateur du christianisme dans l'histoire de l'humanité c'est la vie et les paroles du Christ. C'est exactement la même chose dans la vie d'une personne. L'événement fondateur qui fait de quelqu'un un chrétien c'est l'action de Dieu en nous, c'est l'Esprit.

C'est ce qui permet à Paul de dire à deux reprises dans cette lettre cette affirmation aussi célèbre qu'essentielle : "Tout est permis, mais tout n'est pas utile; tout est permis, mais tout ne construit pas." (1 Corinthiens 10:23, 6:12)

Le christianisme est d'abord et avant tout un événement individuel, privé, intime. Il y a donc nécessairement une infinie diversité de théologies et d'engagements de toutes sortes, puisque chacun de nous a une personnalité et une histoire particulières.

Je vous déclare, nous dit Paul, personne ne peut dire: "Jésus est le Seigneur !" si ce n'est par le Saint-Esprit. Il y a diversité de dons, mais le même Esprit, diversité de services, mais le même Seigneur,
diversité de travaux, mais le même Dieu
qui travaille en tous. (1 Corinthiens 12:2-6)

Paul se réjouit ainsi de la diversité des théologies et des services dans la communauté chrétienne. Cette diversité manifeste la vitalité de l'Esprit en chacun, et cela ne nuit pas à l'unité, au contraire.

Paul constate d'abord la diversité des théologies. Il reconnaît comme chrétienne toute théologie qui dit ouvertement que Jésus est le Seigneur. C'est le point central de toute confession de foi chrétienne, cela veut dire reconnaître personnellement que cet homme, Jésus, a une importance capitale pour l'avenir de l'humanité tout entière, et qu'il a une importance capitale pour ce que je veux vivre et sur ce que je connais de Dieu. Il appartient ensuite à chacun d'en tirer les conséquences en termes de croyances, d'actes de services, d'actes religieux... selon ce que sa conscience éclairée par l'Esprit lui dira.

Si nous sommes unis par cette démarche, nous sommes suffisamment en communion entre nous pour nous reconnaître mutuellement comme chrétiens, et donc pour lire la Bible ensemble, prier, participer à la communion. Et puis, cela peut nous donner envie de faire des choses ensemble pour le service des autres, parce que tout être est digne de vivre et de recevoir l'Esprit, de reconnaître Jésus comme Seigneur, de penser sa foi, et de trouver lui-même son service.

La diversité de confessions de foi n'est pas un scandale, cette diversité est même utile car elle nous rappelle qu'aucune confession de foi n'est parfaitement fidèle, cela nous encourage ainsi à poursuivre le chemin, dans l'humilité et le dialogue.

Personne ne peut dire "Jésus est le Seigneur", si ce n'est par le Saint-Esprit.

Nous reconnaissons ainsi comme chrétienne toute personne qui dit ouvertement que "Jésus est le Seigneur." Nous reconnaissons qu'elle a quelque chose d'essentiel à nous apporter puisque le Saint-Esprit fait d'elle un prophète.

Paul constate ensuite la diversité de dons, diversité de services et d'actions. Paul compare l'humanité à un corps dont chacun de nous serait une main, un orteil, un œil... et dont le Christ serait la tête. Chacun a évidemment une place dans ce corps, puisque l'existence de chaque personne a un sens aux yeux de Dieu. Il embauche tous ceux qui le désirent dans ce chantier qu'est son œuvre de création du monde.

Notre diversité de personnalités, de qualités, et d'expériences sont indispensables pour que nous puissions être complémentaires. Dieu aide chacun à trouver sa place dans le service commun, à avoir les compétences et il montre les personnes à qui l'on pourrait apporter un petit quelque chose

Cette façon de voir de Paul est extrêmement individualiste, mais dans le bon sens du terme. Il attache une importance extrême à l'individu dans sa relation personnelle avec Dieu. Là est pour lui le secret de notre unité dans la diversité infinie que nous représentons.

Il y a diversité de dons, mais le même Esprit, diversité de services, mais le même Seigneur, diversité de travaux, mais le même Dieu qui travaille en tous.

Dans la mesure où nous laissons travailler en nous son Esprit, Dieu vient créer la capacité et l'enthousiasme qui nous rendent capables de servir utilement. Il y a donc autant de services et de façon de servir qu'il y a de personnes.

Comment espérer que toutes ces actions puissent être cohérentes ? Quelle organisation trouverons-nous pour coordonner tout cela ? Ce que nous propose Paul c'est de faire confiance à l'Esprit de Dieu. L'unité n'est alors pas imposée de l'extérieur, mais elle grandit de l'intérieur même. Alors il peut y avoir une véritable unité dans cette diversité essentielle que nous représentons. Il n'y a alors pas de concurrence, ou de jalousie, mais la joie d'être soi-même membre du corps du Christ au même titre que tous les autres, qui font un travail que je ne saurais pas faire. Il peut y avoir alors une véritable sympathie entre nous tous.

Alors les hommes et les femmes peuvent essayer ensemble, et chacun pour sa part de dire à d'autres que Jésus est Christ et Seigneur. Ensemble, ils peuvent faire de la théologie, essayant de voir toujours plus clairement à travers le miroir, recherchant la connaissance des mystères et essayant d'apprendre la langue des anges, mais aussi de parler les langues des gens qui sont confiés à notre amour, et d'agir concrètement pour les servir.

Marc Pernot

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