l'Église Réformée de France à Nancy
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Deux théologies du XXe

 

Dans ce dossier :

 

Les théologies féministes

La, ou les théologies féministes sont nées au XIXe siècle, mais elles se sont développées aux États-Unis à partir de 1965 en même temps que les mouvements d’émancipation, et ont été importées en Europe dans les années 1970, principalement en Allemagne. En France, le climat est resté plus serein, moins radical.

Mais, même en France, la théologie féministe est un des champs de recherche théologique et biblique qui a le plus apporté à la théologie chrétienne dans les cinquante dernières années.

Il y avait une légitime revendication pour faire évoluer la place de la femme dans la société et dans les mentalités. Ce travail est bien entamé actuellement, même s'il reste encore à faire dans ce domaine. Les théologiennes féministes nous ont également fait prendre conscience de l'important déséquilibre qui existe en faveur des hommes dans la Bible, et d'un déséquilibre encore plus grand dans la lecture qui est faite de la Bible par les théologiens depuis des siècles. Cela est injuste pour les femmes, mais n'est pas bon non plus du point de vue théologique et existentiel. Comme le dit Mary Daly “ Si Dieu est mâle, alors l’homme est dieu ”.

Il existe un courant de théologie féministe très radical qui prend une grande liberté vis-à-vis de la Bible, considérant que c'est un texte fondamentalement patriarcal “ impossible à sauver ” (Dorothée Sölle).

Un deuxième courant, plus modéré, invite plutôt à ré-interpréter le message de la Bible de façon plus juste. Un travail biblique approfondi a permis une redécouverte des passages de la Bible représentant des aspects féminins et maternels de Dieu. Les traductions, mais surtout l'interprétation traditionnelle de la Bible a conduit à " oublier " ces passages, et, au cours des siècles, à construire une conception de Dieu très déséquilibrée par ses caractéristiques masculines ; il est considéré comme Père, Roi, Seigneur... oubliant que dans la Bible, il a bien souvent des caractéristiques féminines. Dieu y est parfois comparé à une Mère pleine de tendresse enfantant et allaitant l'humain, ou comme une présence féminine, avec des mots hébreux comme shekhinah (présence), rouah (Esprit), èmounah (fidélité), sa grâce, sa tendresse, sa miséricorde...

Ces théologiennes attirent aussi notre attention sur l'existence, quand même, de quelques grandes figures féminines dans l'histoire d'Israël et dans l'entourage de Jésus. Compte tenu du caractère profondément patriarcal de la société à ces époques, le fait même qu'il existe dans la Bible quelques femmes ayant un rôle important est tout à fait remarquable en soi, ce qui n'a pas été assez mis en valeur par les théologiens dans le passé. On peut remarquer, par exemple, la prophétesse Myriam, sœur de Moïse ; ou la femme qui oint les pieds de Jésus à Béthanie, dont on a passé sous silence l’importance théologique ; ou encore Marthe, dont la profession de foi est au moins aussi fondamentale que celle de Pierre et dont on n’a pas tiré les mêmes conséquences. On peut remarquer la place des femmes à la résurrection de Jésus, surpassant celle des autres apôtres, ainsi que les responsabilités importantes de certaines femmes dans les premières communautés chrétiennes. Par un travail de détective replaçant les textes de la Bible dans le contexte de l'époque, on établit le mouvement de Jésus comme une communauté de disciples égaux, avant la re-patriarcalisation du mouvement qui a suivi rapidement dans les églises. Cela conduit à se pencher sur l'histoire de l'Église et à s'interroger sur ce qu'objectivement, les institutions humaines ont fait subir aux femmes au cours de l'histoire.

L'importance de ce courant théologique est donc très concret, pour qu'il y ait plus de justice dans notre société et dans nos mentalités. Mais ce travail théologique et biblique a également eu une très grande importance pour perfectionner notre façon de lire la Bible et de faire de la théologie, avec un peu plus de lucidité, plus d'humilité, plus de justice.

Marc Pernot

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Les théologies de la libération

Dans les années 1970-1980, il a pu exister une sorte d'intégrisme fondé sur ce mouvement. Pour certains, une théologie chrétienne, particulièrement une théologie chrétienne protestante, ne pouvait être autrement qu'une théologie engagée politiquement (et même, engagée politiquement “à gauche ”). Nous n'en sommes plus du tout là aujourd'hui dans notre église. Le climat est plus libre, plus serein, plus nuancé, moins dogmatique. Mais de cette période où la théologie de la libération était en vogue, il reste une façon de prendre au sérieux l'Évangile comme puissance de transformation et de guérison de notre être, de notre église, de notre société. Il reste une façon de partir des questions que posent les situations concrètes des hommes et des femmes de notre temps. Il reste une attention pour tout l'homme, dans ses multiples dimensions. Il reste une façon d'entendre très concrètement l'appel du Christ à le suivre en devenant serviteur des autres...

Les théologies de la libération sont apparues en Amérique latine dans les milieux catholiques, dans un contexte marqué par les dictatures militaires et la crise sociale de la fin des années 1960. Les théologies de la Libération dénoncent les oppressions dont sont victimes les pauvres, appelant à partir de leurs réalités pour formuler une théologie.

Les théologiens de la Libération prennent en compte le contexte de l'époque, mettent l'accent sur l'économique, le politique, le social : il faut libérer les pauvres et les rendre acteurs de leur propre libération. L'Église, en tant qu'institution sociale, a une influence nécessairement efficace sur la vie collective, elle doit œuvrer pour ouvrir la société à plus de justice et de paix.

Cette tendance, initiée dans les milieux catholiques, se retrouve aussi dans le monde entier au sein des milieux protestants œcuméniques, proches des milieux progressistes, marxistes et même révolutionnaires. Ils sont marqués par des théoriciens européens, dont le pasteur Georges Casalis, qui enseigne et s'engage au Nicaragua.

La méthode part de la réalité du terrain avant de formuler ensuite une théologie. Les “pauvres” de notre temps sont identifiés au peuple de Dieu, ce qui invite à une relecture de la Bible. La notion de péché n'est plus seulement une question de relation entre l'homme et son Dieu, mais a aussi une dimension sociale, collective. La “libération” qui prend racine dans l’histoire des hébreux et le salut en Christ sont relus comme une victoire contre le péché, compris en ce sens.

Pour Georges Casalis, il s'agit de partir des luttes quotidiennes en solidarité avec les opprimés, et d'en déchiffrer le sens en les confrontant à la pratique de Jésus-Christ. Dans la Bible, on voit comment les pauvres sont traités par Dieu. Puisque Dieu lui-même a fait ce choix, les Églises doivent le faire aussi. Le royaume de Dieu se réalise dans l'histoire, à partir de l'Église des pauvres, et non pas de l'Église pour les pauvres. Il faut ainsi prendre en compte la réalité dans toutes ses dimensions, chercher à y inscrire la foi chrétienne comme un geste de libération, comme une action de transformation, en s'appuyant sur l'espérance et le dynamisme des pauvres.

Les théologies de la Libération reçoivent des critiques systématiques. La Curie romaine les met à l'index. Les USA craignant que ces mouvements ne favorisent des régimes révolutionnaires vont réagir en soutenant massivement des églises évangéliques hostiles à cette sensibilité.

Les théologies de la Libération se développent en Afrique et en Asie. Il y aura ainsi des théologies de libération en rapport avec la question du racisme, des cultures locales, ou de la place des femmes. Mais les théologies de la Libération n'ont eu qu'un impact faible en Europe.

La disparition du bloc communiste marque un tournant. Les mouvements populaires perdent de leur importance, d'autres préoccupations, comme l'écologie, sont plus en vogue, et les théologies de la Libération s'en ressentent.

Marc Pernot,
d'après www.museeprotestant.org

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