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Toul, Pont-à-Mousson... |
Dans ce dossier :
Nous vous proposons ce dossier afin de vous faire voyager par l'esprit et par l'Esprit. Peut-être que ceux qui ont l'occasion de partir y trouveront une idée de voyage agréable et utile spirituellement. Mais vous pouvez aussi faire l'inverse : rester tranquillement à Nancy, Dieulouard, Écrouves ou Thuilley-aux-Groseilles et voyager en lisant la Bible.
Pour nous, protestants, il n'y a pas de lieux saints, ce qui est saint c'est la personne humaine puisque c'est à chacun de nous que Jésus promet d'être habité par l'Esprit-Saint. Ce qui est sacré, c'est donc Dieu, et Dieu seul, et par conséquent la vie, puisqu'elle est créée par Dieu, tout particulièrement la vie humaine. Avec une bienveillance inspirée de celle de Jésus-Christ, on peut reconnaître dans une personne ce qui est de l'ordre de la présence de Dieu. On peut ainsi nourrir sa foi, en s'intéressant au témoignage des personnes que nous rencontrons chaque jour. Il est également possible de s'ouvrir aux témoignages des hommes et des femmes qui ont été des témoins de la foi dans les générations précédentes.
Nous n'adorons pas les saints, nous adorons Dieu seul. Nous ne prions personne d'autre que lui, bien entendu, comme le Christ nous a enseigné à le faire, prier Dieu avec confiance, en communion avec lui, Jésus-Christ. Mais il serait dommage pour autant de se fermer aux témoignages qui nous viennent de personnes qui ont été vraiment remarquables. Parmi ces personnes, il y a les premiers témoins du Christ, les apôtres en particulier, les " douze ", mais aussi les hommes ou les femmes envoyés par le Christ pour porter la Bonne Nouvelle à d'autres.
Bien entendu, les souvenirs de cette époque sont usés par presque deux mille années d'intempéries, de vers, de rouille, de tremblements de terre et d'activités humaines. Il y a aussi les légendes pieuses qui viennent " enjoliver " ces souvenirs ou en inventer de nouveaux... Mais qu'importe, ce n'est pas le matériel que nous adorons et nous pouvons regarder ces souvenirs des apôtres avec un peu d'humour, mais aussi avec un respect pour l'essentiel, pour ce qui est de l'ordre du témoignage de foi, ce qui est de l'ordre de l'Évangile du Christ.
C'est ce que j'ai appris, par exemple, en visitant la rare exposition du Saint suaire à Turin il y a quelques années. Il n'y a peut-être rien de plus éloigné de notre sensibilité que les reliques... Pourtant, avec un collègue théologien qui aime également l'Italie, nous avons profité de cette occasion pour nous rendre dans le Piémont. Nous nous attendions au pire, nous avons eu la joie d'être accueillis dans cette église par une dame qui expliquait que l'on ne pouvait pas savoir si c'était vraiment le suaire du Christ ou non, mais que cet objet nous faisait penser au Christ et à sa mort, et qu'elle nous proposait de prier pour remercier Dieu, ce qu'elle a fait ensuite de façon toute simple. Nous avons eu de la chance cette fois-là, libre à chacun d'avoir une telle démarche devant d'autres souvenirs, authentiques ou non.
C'est ainsi que nous pouvons visiter ou apprendre quelque chose sur Saint Jacques de Compostelle et y trouver une occasion de relire l'Épître de Jacques et son message de justice inspiré de l'Évangile. Et si aucun des trois Jacques du Nouveau Testament n'a jamais mis les pieds à Compostelle, tant pis pour eux (ou peut-être tant mieux). Nous pouvons aussi rêver au littoral de l'Inde et s'émerveiller de l'enthousiasme d'un apôtre allant ainsi au bout du monde pour témoigner de l'Évangile. Surtout que c'est Thomas qui serait allé sur cette terre lointaine, le Thomas auquel on reproche ses doutes, son caractère pragmatique et rationaliste... Thomas que l'on découvre dans l'Évangile selon Jean comme un homme qui nous est proche et que l'on peut redécouvrir.
Bon voyage à vous sur la route de vos vacances, ou bon voyage à travers ce que vous pourrez découvrir à travers vos lectures comme témoignage d'un disciple du Christ, témoignage de cette vie nouvelle qui nous a été donnée pour en vivre et l'offrir à d'autres.
Marc Pernot
En Turquie et en Grèce sur les traces de Paul et de Jean
La plupart des villes citées dans les Actes des Apôtres et les lettres de Paul existent encore. On peut se promener dans les ruines de ces villes antiques sur les mêmes pavés foulés par Paul, dans rues dEphèse où a eu lieu une émeute contre lui (Actes 19) et qui est un des sites archéologiques les mieux préservés de Turquie. On peut se promener dans une rue de Corinthe ou sur l'agora d'Athènes et se rappeler de l'habile prédication par laquelle Paul tenta d'ouvrir les Athéniens à l'Évangile. Cette fois-là il n'y eut pas de violence contre lui, mais juste des rires méprisants et, malgré tout, un certain succès. Cela peut nous donner des idées et du courage pour s'adresser à ceux qui ne connaissent pas le Christ (ou pas vraiment).
L'apôtre Jean est aussi passé par Éphèse. Il y a même été enterré, c'est en tout cas ce que dit une antique tradition. Peut-être est-ce donc là-bas qu'il a écrit le trésor qu'est son évangile ainsi que les trois lettres que nous avons encore. La première contient ce lumineux résumé de la bonne nouvelle de Jésus-Christ : Nous avons connu lamour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru. Dieu est amour; et celui qui demeure dans lamour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui. (1 Jean 4:16) Jean est aussi l'auteur de ce livre au style étrange qu'est l'Apocalypse, il l'a écrite sur l'île de Patmos qui ne doit pas être non plus désagréable à visiter... L'Apocalypse s'ouvre par sept lettres adressées aux églises de villes que l'on peut encore visiter en Turquie.
Les souvenirs des chrétiens des générations suivantes y sont également magnifiques, avec la Cappadoce qui servit de refuge aux chrétiens persécutés.
Peut-être qu'une année prochaine, un groupe de l'Église de Nancy pourrait se former pour aller lire la Bible là-bas, en Turquie sur les traces de Paul et de Jean ? Sinon, nous continuerons bien sûr à nous enrichir du riche témoignage des apôtres ayant vécu là-bas.
Marc Pernot
À Rome sur les traces de Pierre et de Paul
Il y a quantité de belles choses à visiter à Rome. Le plus intéressant n'est probablement pas les tombes de Pierre et de Paul, même si c'est une occasion de se rappeler de leurs lettres et de ces deux personnes qui sont probablement les plus importantes dans le Nouveau Testament (après Jésus). À Rome, le plus intéressant du point de vue théologique me semble être l'art Paléochrétien, c'est-à-dire les peintures, les mosaïques et les sculptures qui nous restent des chrétiens des premiers siècles, avant que l'empire romain devienne chrétien (entre 313 et 380). Il y a eu un tournant dans la théologie chrétienne à cette époque-là, à cause d'un changement dans les mentalités (on ne risque plus d'être persécuté comme chrétien), et pour des raisons politiques (l'empereur décide de définir, puis d'imposer une théologie officielle).
L'art des trois ou quatre premiers siècles est donc un témoignage très utile pour connaître ce que les chrétiens considéraient comme l'essentiel de la foi. On y voit leur enthousiasme pour la grâce de Dieu quand ils représentent si souvent le Christ en berger guidant ses brebis et même les portant pour leur donner la vie.
La visite des catacombes de Rome nous plonge dans ces témoignages touchants, avec des fresques ou une gravure toutes simples. À Rome, il y a plus d'une douzaine de ces réseaux de galeries et de salles souterraines qui servaient de cimetière aux chrétiens des premiers siècles. Les catacombes n'étaient pas l'équivalent de nos églises et de nos temples d'aujourd'hui. Le culte avait lieu dans les maisons, puis dans des églises quand cela a été possible.
À Rome, on peut aussi voir la chiesa del Gesù, qui a servi de modèle pour la construction de ce qui est maintenant le temple de Nancy. On peut donc visiter Rome tout en prenant un petit bol d'air du pays, et si l'on a pas l'occasion d'aller là-bas, on peut aussi aller voir la façade du temple place Maginot et penser à Rome, et peut-être relire les textes de Pierre et de Paul.Marc Pernot
En Inde sur les traces de Thomas
Cela peut sembler une pieuse légende comme il en existe tant, chaque pays revendiquant son petit apôtre comme fondateur de sa petite église et de sa petite tradition... Mais en l'occurrence, il semble bien que l'apôtre Thomas prêcha réellement l'Évangile dans les années 53 à 60 le long des côtes du sud-ouest de l'Inde (région du Malabar, l'actuel Kerala). Thomas réussit plus tard à atteindre également la côte sud-est de l'Inde (région du Coromandel) où il continua sa mission. C'est au cours de l'un de ses voyages, alors qu'il annonçait la Bonne Nouvelle à des personnes qui ne connaissaient pas Jésus, qu'il fut tué à coups de lance en Calamine (l'actuel Malyapour, dans les faubourgs de Madras, sur la côte sud-est de l'Inde) vers l'an 70.
Quand le missionnaire jésuite François Xavier arrive en Inde au XVIe siècle il trouva avec un immense étonnement la petite communauté des chrétiens d'Inde. Ils étaient presque tous illettrés mais ils connaissent des prières par cur, qu'ils ne comprennent pas, écrit François Xavier, car elles ne sont pas dans leur langue actuelle mais en chaldéen, qui est proche de l'araméen que parlait le Christ et ses apôtres. Ces chrétiens se transmettent de générations en générations le témoignage de l'apôtre Thomas. Leur théologie est pré-nycéenne, c'est-à-dire qu'ils sont chrétiens mais sans connaître les développements théologiques plus tardifs comme celui de la trinité.
Nous connaissons un peu la personnalité de Thomas par l'Évangile selon Jean où on le voit apparaître plusieurs fois de façon importante (11:16, 14:5, 20:24ss). Thomas nous est cher car nous nous sentons proche de cet homme qui aime le Christ sincèrement, avec ses doutes mais aussi avec enthousiasme. C'est touchant de voir que des chrétiens sont encore reconnaissants de ce qu'il leur a apporté comme témoignage une vingtaine de siècles après !
Marc Pernot
En Provence sur les traces des Saintes Maries
La légende dit qu'au cours des persécutions subies par les chrétiens de Jérusalem vers l'an 70 un groupe de disciples du Christ s'enfuirent. Il y avait Marthe, Marie et Lazare, accompagnés de Marie-Madeleine et de cette autre Marie qui était aussi au tombeau de Jésus. Ils furent capturés à Jaffa et jetés dans un bateau sans voile ni rame, et avec l'aide de Dieu, le navire traversa sans dommage la Méditerranée et s'échoua en Camargue...
Au VIe siècle, il y avait déjà là-bas une église dédiée aux Saintes Maries . Le culte aux trois Marie semble bien avoir succédé au culte des " trois Matres ", une triade de déesses-mères symboles de la fécondité. Elles étaient représentées par groupe de trois tenant sur leurs genoux des fruits dans une corbeille ou une corne d'abondance, ou bien elles versaient sur la terre le contenu d'une coupe. Parfois, l'une d'entre elles allaitait un nourrisson. Les trois Matres sont devenues les trois Maries.
Ce détour par la Camargue nous donne l'occasion, non pas de rendre un culte à des déesses de la fécondité, mais de nous ouvrir au témoignage de ces femmes, les Marie des évangiles qui sont de précieux témoins du Christ. Marie-Madeleine précède tous les apôtres dans son expérience de la résurrection du Christ et elle est littéralement envoyée témoigner de sa victoire sur la mort. Elle est une magnifique apôtre. Le témoignage de Marie (la sur de Marthe et de Lazare) qui oint les pieds de Jésus est également d'un grand prix pour nous faire comprendre comment Jésus est le Christ, le sauveur du monde, non par la force mais en donnant sa vie pour nous. Et enfin, Marie, la mère de Jésus, est vraiment une figure centrale des évangiles, un modèle de foi, de louange à Dieu, de fidélité au Christ, et d'ouverture à l'Esprit.
En Espagne sur les traces de Jacques
Il y a un nombre incroyable de reliques de saint Jacques datant du Moyen-Âge, il y en a tant qu'il y aurait de quoi reconstituer bien plus que les trois personnes du Nouveau Testament qui portent le nom de Jacques. Il y a l'apôtre Jacques fils de Zébédée et frère de Jean, on l'appelle aujourd'hui Jacques le Majeur. Il y a un autre apôtre, appelé le Mineur, fils d'Alphée. Et il y a enfin ce Jacques qui est appelé dans la Bible le " frère du Seigneur " et qui était si important qu'il donnait des ordres à Pierre et Paul (Actes 15, Galates 2). On a aussi des renseignements sur ce Jacques grâce à l'historien romain Flavius Josèphe. Il est tout à fait probable qu'il ait été un des frères de sang de Jésus (ou au moins un demi-frère). C'est en effet l'explication la plus vraisemblable au fait qu'un homme qui n'a même pas été apôtre prenne plus d'importance que Pierre, le disciple qui semble avoir le premier plan du temps de Jésus.
Du point de vue théologique, nous ne savons pas grand-chose du témoignage des autres Jacques, alors que la lettre de Jacques frère du Seigneur est intéressante. Elle a pourtant bien failli ne pas être retenue pour faire partie de la Bible. Luther ne l'y aurait certainement pas mise (mais il n'a quand même pas osé la retirer de sa Bible). La lettre de Jacques a la particularité d'avoir des paroles très vigoureuses pour appeler le chrétien à avoir un comportement juste, y compris sur le plan social.
C'est ce message, probablement, qui a fait le succès de Jacques au point de devenir le saint préféré des personnes de conditions modestes au Moyen-Âge. Mais la popularité appelant le commerce, bien des lieux tentèrent de devenir un but de pèlerinage à succès en revendiquant une relique de l'un ou l'autre des Jacques du Nouveau Testament. Qu'importe cette dérive, il reste le témoignage de cet homme dont la foi en Christ nourrit une soif de justice.
Le pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle est aujourd'hui encore une démarche suivie par des personnes, chrétiennes ou non, qui cherchent à soutenir ainsi une recherche spirituelle et existentielle. Cet exercice reprend une tradition du Moyen-Âge, mais au lieu d'être une pénitence que l'on croyait utile pour gagner le pardon de Dieu, elle est aujourd'hui plutôt comprise comme un simple exercice visant à se convertir grâce à l'aide de Dieu.
Marc Pernot
Aller à Saint-Jacques-de-Compostelle au Moyen Age ?
Bien sûr ! Cétait même la grande époque et la grande aventure ! Surtout aux XIIe et XIIIe siècles.
Pourquoi ? Pour faire pénitence, pour échapper au quotidien, pour accomplir un vu, par curiosité, par dévotion
Comment ? À pied, en voiture, à cheval, par mer par deux ou trois, ou plus Avant de partir on se soumet à un rituel de bénédiction (modifié en 1604) : confession, messe, remise dun certificat ( sorte de passeport) par lévêque, attribution de la besace, du bourdon, de la calebasse
Qui ? Toutes les catégories sociales sont représentées ; un récit du liber sancti Jacobi raconte une intervention miraculeuse de saint Jacques en faveur dun Lorrain abandonné pour mort par ses 29 compagnons tout aussi Lorrains Citons une femme : Bone, de Pise, qui accomplit son premier pèlerinage à lâge de 13 ans à Jérusalem dont elle fut déçue - et qui, ensuite alla 9 fois à Saint-Jacques-de-Compostelle. En cours de route elle devisait souvent avec lapôtre nous disent les récits
On connaît des pèlerins de Liège qui réalisèrent le voyage en 36 jours... En général cela durait plus longtemps, plusieurs mois, de préférence au printemps. Et le roi Stanislas senfuit de Pologne déguisé en pèlerin de Saint-Jacques, ce pourquoi, ayant été sauvé par lui, il fit édifier léglise Saint-Jacques de Lunéville
Marthe Westphal
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