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Toul, Pont-à-Mousson... |
Abraham : de la difficulté d'être adulte
lecture de Genèse 12 à Genèse 22
L'Éternel dit à Abram : Va-t-en de ton pays, de ta patrie, et de la maison de ton père, dans le pays que je te montrerai.
Je ferai de toi une grande nation, et je te bénirai ; je rendrai ton nom grand, et tu seras une source de bénédiction.
Je bénirai ceux qui te béniront, et je plains ceux qui te mépriseront. Toutes les familles de la terre seront bénies en toi.
( Genèse 12:1-3 )Si on se penche quelque peu sur les liens familiaux d'Abraham, on constate d'abord que son père Térah lui donne le nom d'Abram qui signifie mon père est élevé ou encore mon père est grand. Ainsi par son nom même Abraham est destiné à célébrer son père. Autrement dit ce père veut se survivre au travers de son fils. La boucle est bouclée quand il lui donne pour femme sa demi-sur Saraï, Princesse de moi. Abraham est capturé par un père qui ne peut admettre que sa vie est destinée à prendre fin. Il ne le laisse pas aller vers sa propre histoire. Le piège peut se refermer et Abraham ne jamais être adulte dans le sens où il ne fera que faire vivre son père à travers lui. C'est ce qui arrive lorsque l'individu veut à tout prix correspondre à l'image que ses parents projettent sur lui. Pour le moins, il pense que c'est ce qui est attendu de lui et du coup il renonce à sa propre vie. Être adulte c'est alors se mettre à distance pour faire apparaître sa singularité. Cette distance n'est pas que géographique car si le texte de Genèse 12 est souvent traduit par Pars de ton pays on peut également traduire par va t'en pour toi ou vers toi. Une invitation à se déplacer vers soi, pour trouver sa propre place, sa propre vie. Et cette invitation arrive par une parole extérieure qui provoque le déplacement.
On pourrait penser alors : ça y est c'est gagné, l'adulte est là. C'est aller un peu vite en besogne. En effet, marqué par son père, Abraham est tenté de reproduire la même chose que lui. Comme la promesse de descendance tarde, il va la provoquer à sa manière avec la naissance d'Ismaël. On connaît la suite. Abraham a voulu se donner sa descendance pour se survivre à travers elle. Ce n'est pas cela être adulte. Avec l'arrivée d'Isaac, mis à distance dès la naissance (remarquez la place de Sara dans Genèse 21; 1-5), Abraham aurait dû agir en adulte. Il l'a fait avec la circoncision qui confirmait l'alliance avec un autre que lui-même. Mais il lui fallait aller plus loin et c'est une des façons de comprendre le récit de ce que l'on appelle le sacrifice d'Isaac. Sur le mont Moriyya, Abraham est confronté à la question : quel père es-tu ? Es-tu un père à la manière de Térah qui veut conserver son enfant pour se survivre à travers lui ? Ou es-tu un père prêt à perdre son fils pour qu'il puisse finalement se réaliser parce que tu vas trancher les liens qui le retiennent à toi ? Être adulte c'est ici renoncer à la possession pour faire mourir, non un fils, mais la paternité comme mainmise sur le fils. Il est évident qu'ici nous pouvons penser aux liens autres que biologiques qui peuvent être autant de tentatives de maîtrise de sa propre survie.
Ainsi être adulte c'est une tension entre deux mises à distance : la mise à distance d'un passé qui enferme et empêche de vivre sa vie, et la mise à distance d'un futur qui pourrait avoir tendance à reproduire ce passé. Dans l'histoire d'Abraham c'est une parole extérieure, la parole de Dieu qui lui a permis de vivre sa vie d'adulte. Nous avons le privilège de pouvoir vivre de cette parole.
Freddy Leininger
Etre adulte : qu'en dites-vous ?
Un sondage express à la sortie d'un culte a permis à plusieurs d'entre vous de vous exprimer, que ce soit sur la petite feuille jaune distribuée, par courrier ou par Internet.
La question était celle des dossiers de ce numéro et du précédent : Qu'est-ce qu'être adulte pour vous ? et Qu'est-ce qu'être âgé pour vous ?
Des constantes se dégagent des réponses reçues. En caricaturant un peu on pourrait dire que l'adulte a le vent en poupe et être âgé c'est avoir le blues. Ce qui est rassurant c'est que la charnière entre ces deux âges ne se définit pas avec des critères objectifs et que la nostalgie de la fraîcheur de l'enfance et de la jeunesse n'est jamais très loin.
L'adulte se caractérise par le sérieux : responsabilités, bon sens, sagesse, indépendance, conciliation. Le portrait robot pourrait être avantageux s'il n'était tempéré par le souci de perte de magie de l'enfance, de gaîté, d'espoir et d'innocence.
Le Petit Prince de Saint Exupéry est appelé à la rescousse pour mettre cette perte sur le compte de l'oubli plutôt que d'en faire une caractéristique de l'adulte. En revanche, se prendre au sérieux fait de l'adulte un vieux quel que soit son âge !
Être âgé cela voudrait-il dire alors se prendre au sérieux ? Ce n'est pas ce qui ressort des réponses obtenues. Mais la pirouette humoristique de l'avenir dans le dos ne parvient pas à masquer le pessimisme d'un âge où tout semble vous échapper : la santé, les relations (rester dans sa coquille), la raison... Le curseur peut cependant être reculé bien loin selon l'état d'esprit avec lequel on considère la vie, l'âge ne pouvant influer que sur le physique.
Si le portrait de l'adulte ne me prend pas au dépourvu, celui d'« être âgé » me déconcerte. Il me semble être le reflet de la dévalorisation par notre société de tout ce qui n'est pas rentable, qui ne fait pas vendre, qui fait perdre du temps. Il nous faut nous inscrire en faux face à cette mentalité, car nous sommes nombreux à pouvoir témoigner de la richesse de la rencontre et du partage avec celui ou celle qui se considère comme âgé, voire trop âgé.
D'une réponse, en une langue qui m'est inconnue, j'ai cru comprendre qu'être adulte, c'est reconnaître la nécessité de la grâce du Seigneur. Il est un fait qu'une telle lecture de la vie fait contrepoids à la maîtrise des âges de la vie qui caractérise notre société. Recevoir d'un autre ce qui me fait vivre n'est guère dans l'air du temps. Il est vrai qu'une telle réflexion nécessite une grande maturité. En reconnaissant ne pas être sa propre origine, on affirme ne pas vivre par soi-même. Il n'en est pas moins vrai que ce n'est pas une caractéristique réservée aux seuls adultes. Enraciner sa vie dans la grâce du Seigneur ne requiert ni un âge minimum puisque cette grâce nous précède, ni un âge maximum parce qu'elle nous dépassera toujours. Et surtout elle nous entoure quels que soient notre âge ou les circonstances de vie dans lesquelles nous sommes.
Freddy Leininger, pasteur
Vivre devrait ressembler,
selon moi,
à un acte de transcendance,
à une progression
étape par étape.
Il faut traverser les espaces
les uns après les autres
en les laissant chacun
derrière soi
comme le musicien qui écrit, joue, achève puis abandonne
les uns après les autres
les thèmes et les tempi,
sans jamais de lassitude,
de repos, toujours vif, pleinement présent.
J'ai découvert l'existence
de ces étapes, de ces espaces
en analysant l'expérience
de l'éveil à la nouveauté.
J'ai noté par exemple
que les instants qui marquent
la conclusion d'une période
de notre vie ont une tonalité
un peu terne, semblent porter
en eux le désir de la fin
qui incite à passer à autre chose, à s'éveiller, à prendre
un nouveau départ.Hermann Hesse
Éloge de la vieillesseLa vieillesse est source de bien des douleurs, mais de bien des grâces aussi. Pour nous mettre à l'abri de nos problèmes et de nos souffrances, elle fait naître en nous l'oubli, la fatigue et la résignation. Cela peut prendre la forme de l'indolence, de la sclérose, d'une indifférence atroce ; mais sous l'éclairage légèrement différent d'un autre instant, cela peut apparaître aussi comme de la tranquillité, de la patience, de l'humour, un degré élevé de sagesse, le Tao.
La vieillesse aide à surmonter bien des choses. Lorsqu'un vieil homme secoue la tête ou murmure quelques paroles, les uns y voient l'expression d'une sagesse éclairée, les autres un symptôme de vieillissement. Quant à savoir si son rapport au monde résulte de son expérience, de la sagesse qu'il a acquise ou bien simplement des troubles circulatoires dont il souffre, cela reste un mystère, pour le vieil homme aussi d'ailleurs.
C'est seulement en vieillissant que l'on s'aperçoit que la beauté est rare, que l'on comprend le miracle que constitue l'épanouissement d'une fleur au milieu des ruines et des canons, la survie des oeuvres littéraires au milieu des journaux et des cotes boursières.
Les jeunes accordent à leur propre existence, à la quête qu'ils poursuivent et à leurs souffrances une immense importance, justifiée à leurs yeux. L'homme devenu vieux considère cette quête comme un égarement et la vie entière comme un échec si elles ne l'ont pas amené à vénérer quelque chose d'objectif, au-delà de sa propre personne et de ses soucis, quelque chose d'absolu ou de divin au service duquel il se place, dont le seul culte donne sens à son existence...
La jeunesse a besoin de pouvoir se prendre au sérieux. La vieillesse a besoin de pouvoir se sacrifier parce qu'elle prend au sérieux ce qui la dépasse. Je n'aime guère prononcer des articles de foi, mais je crois vraiment que, entre ces deux pôles de la vie, il faut qu'une existence spirituelle se développe, joue son rôle. La jeunesse a pour mission, pour aspiration, pour devoir le devenir; l'homme mûr doit se débarrasser de lui-même ou, comme le disaient autrefois les mystiques allemands, « défaire son être ». II est nécessaire d'être un homme accompli, de posséder une véritable personnalité, d'avoir enduré les souffrances de cette individuation pour pouvoir ensuite se sacrifier soi-même.
Psaume, prière et paroles
Notre Père, nous te prions
Éternel ! je cherche en toi mon refuge:
Que jamais je ne sois confondu !
Dans ta justice, sauve-moi et délivre-moi ! Incline vers moi ton oreille, et secours-moi !
Sois pour moi un rocher qui me serve d'asile, Où je puisse toujours me retirer !
Tu as résolu de me sauver,
Car tu es mon rocher et ma forteresse.
Car tu es mon espérance, Seigneur Eternel !
En toi je me confie dès ma jeunesse.
Dès le ventre de ma mère je m'appuie sur toi; C'est toi qui m'as fait naître ;
tu es sans cesse l'objet de mes louanges.
Je suis pour plusieurs comme un prodige,
Et toi, tu es mon puissant refuge.
Que ma bouche soit remplie de tes louanges, Que chaque jour elle te glorifie !
Ne me rejette pas au temps de la vieillesse ; Quand mes forces s'en vont,
ne m'abandonne pas !
O Dieu! tu m'as instruit dès ma jeunesse,
Et jusqu'à présent j'annonce tes merveilles.
Ne m'abandonne pas, ô Dieu!
même dans la blanche vieillesse,
Afin que j'annonce
ta force à la génération présente,
et ta puissance à la génération future !Extraits du Psaume 71
David (ÅXe siècle avant Jésus)Depuis votre origine, je vous ai portés
Écoutez-moi, maison de Jacob,
Et vous tous, restes de la maison d'Israël, Vous que j'ai portés dès votre origine,
Que j'ai soutenus dès votre naissance !
Jusqu'à votre vieillesse, je serai le même,
Jusqu'à votre vieillesse je vous soutiendrai ;
Je l'ai fait, et je veux encore vous porter,
Vous soutenir et vous sauver.
Qui me ressemble, m'est comparable ?
Qui prierez-vous de semblable à moi ?
Ils gaspillent l'or de leur bourse,
Ils pèsent l'argent à la balance;
Ils paient un orfèvre pour qu'il fasse un dieu, Ils se prosternent et adorent.
Ils le portent, ils le chargent sur l'épaule,
Ils le mettent en place et il y reste ;
Il ne bouge pas de sa place;
Puis on crie vers lui mais il ne répond pas,
Il ne sauve pas de la détresse.
Souvenez-vous de ces choses,
et soyez des hommes !Ésaïe 46:3-8 (ÅVIe siècle avant Jésus)
Notre être intérieur se renouvelle de jour en jour
Nous avons le même esprit de foi qui est exprimé dans cette parole de l'Ecriture : J'ai cru, c'est pourquoi j'ai parlé ! nous aussi nous croyons, et c'est pour cela que nous parlons, sachant que celui qui a ressuscité le Seigneur Jésus nous ressuscite aussi avec Jésus et nous met avec vous en sa présence... C'est pourquoi nous ne perdons pas courage. Même si notre homme extérieur se détruit, notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour... parce que nous regardons, non pas aux choses visibles, mais à celles qui sont invisibles; car les choses visibles sont passagères, et les invisibles sont éternelles.
2e Lettre aux Corinthiens, chapitre 4
Paul de Tarse (mort entre 64 et 68)Notre Père, nous te prions
Incline vers Toi, Ô Dieu,
ce peu de chose que Tu as voulu que je sois.
De ma pauvre existence,
je te supplie de prendre les années
qui me restent à vivre.
Quant à celles que j'ai perdues
j'en éprouve humiliation et repentir.
Veuille ne pas dédaigner mes regrets.
Désormais, il n'y a plus en moi,
que le désir de sagesse
et un cur que je t'offre.Bernard de Clairvaux (1090-1153)
Du temps
Montre-moi ton agenda, je te dirai qui tu es. L'emploi du temps d'un homme révèle ce qu'est sa vie et quelles sont ses priorités. À quoi cet homme consacre t-il son temps ? Pour qui, pour quoi a-t-il du temps ? Quelle place est laissée à ces moments gratuits, ces moments non rentables que sont les temps de prière. Quels rendez-vous se donne-t-il avec Dieu ? Comment fait-il la place pour des moments où il ne fera rien d'autre que de prendre le temps de vivre pour Dieu ? Quels temps pour être avec d'autres pour chanter ensemble l'amour de Dieu pour l'homme ? Quel temps aussi pour demeurer dans le silence en présence de Celui qui donne la vie ?
d'après Orval.
Question Théologique Précédente : Être adulte
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