l'Église Réformée de France à Nancy
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Fêter Noël en terre Kanak

 

 

arbre avec lequel les enfants et les adultes dansent jusqu’au petit matin

« Prenez garde de ne pas rester chez vous pendant la préparation des fêtes de fin d’année, il faut bouger et participer pour grandir » disaient souvent nos grands-mères aux jeunes en tribu.

Dans le temps, les clans et les familles se réunissaient autour de la grande case de la chefferie. De nos jours la chefferie et ses clans se réunissent autour de l’église.

En 1843, les premiers missionnaires catholiques Français fut installés en Nouvelle-calédonie puis 10 ans plus tard l’amiral Febvrier Despointes prend possession de l’île au nom de la France.

Dès lors les kanakes ont appris l’existence du calendrier chrétien et des festivités célébrées par les missionnaires et les colons français. Car ils avaient leurs propres fêtes et rituels ancestraux, souvent qualifiés de " païens et sauvages" par les missionnaires.

En effet la vie des kanakes est rythmée par le cycle de l’igname, un tubercule sacré qui est au centre des échanges lors des cérémonies traditionnelles autour d’une naissance, d’un mariage ou d’un décès. A la fin de sa récolte les clans et les familles se rassemblent pour fêter l’igname. La fête de l’igname diffère selon les régions. En pays Xârâcüü (lire le nom phonétiquement) par exemple la fête de l’igname est célébrée vers le mois de février avant la rentrée scolaire et à cette occasion les jeunes reçoivent la bénédiction des vieux afin que leur chemin soit toujours éclairé partout où ils iront.

Ces mêmes paroles sages, données par nos aînés sont redites avant le grand repas de Noël. C’est dire l’importance de nos fêtes et rituels en parallèle avec les fêtes chrétiennes. La tradition kanake a voulu que la fête de noël soit adaptée au mode de vie de la tribu.

Il y a ceux qui travaillent pour un salaire à la fin du mois et ceux qui ne travaillent que la terre pour vivre et qui ont un peu de moyens financiers. La période scolaire en Nouvelle-Calédonie prend fin vers le 15 ou le 18 du mois de décembre puis la rentrée reprend vers le 25 février, cela dépend des années. Dès le début des grandes vacances (1er ou 2ème jour des vacances) tous les enfants et les jeunes se réunissent à la "maison commune" afin de former des groupes de travail. Certains iront chercher des cocos secs et du bois car tous les plats seront cuits au feu de bois. Certains iront avec d’autres adultes pour la pêche ou la chasse et les autres nettoieront les lieux et s’occuperont de la décoration. Pour la décoration les éléments de la nature sont souvent sollicités, tel que le flamboyant (grand arbre à fleurs rouges, qui dès sa fleuraison annonce la fin de l’année et le début des grandes vacances) les fougères, les lianes grimpantes, les branches de bambous, les branches de niaoulis, les feuilles de cocotiers (les jeunes feuilles), les fleurs qui sont fraîchement cueillies. Les autres parents qui travaillent et qui ont les moyens financiers s’assurent que tout ce petit monde là aura de quoi se restaurer au retour de leur dur labeur. Car en plus de leur travail, les enfants se regroupent pendant une heure ou deux afin de répéter les jeux, les versets de noël et les chants. En plus clair, ces parents-là, ramènent aux mamans chargées du repas, des courses de toutes sortes (riz, viande, légumes, ingrédients, boîtes de conserve, sucre thé café lait etc.…). À côté les mamans ramènent leurs cocottes, vaisselles, couverts et ustensiles de cuisine. Tout ces préparatifs durent jusqu’au 23 au soir. Ensuite toute la journée du 24 est consacrée à l’organisation du repas de noël, un groupe d’hommes à la boucherie, un autre pour le poisson, un ou deux garçons se désignent pour râper les cocos destinés à la cuisson des tubercules, des jeunes filles dressent déjà la table etc…

Le flamboyant

Notons qu’à chaque fois qu’une famille arrive, elle présente ses dons accompagnés d’un "geste coutumier" marquant sa participation ainsi qu’un remerciement envers ceux qui l’accueillent.

Vient ensuite le moment tant attendu par tous, où nous entendrons les chants préparés par les enfants de l’école du dimanche, les récitations des versés de noël et la présentation des jeux scéniques. Le tout illuminé par le grand sapin de l’église et la prédication du pasteur.

Dans certaines tribus la messe de noël commence à minuit et se termine à 1h00, dans d’autres elles commencent à 20h00 et se termine à 22h00 ou, 18h00 jusqu’ à 20h00. Chacune des tribus peut avoir ses propres caractéristiques du moment que l’esprit de noël et la joie de se retrouver sont présents. Juste avant le repas, les adultes prennent la parole à tour de rôle afin d’encourager la jeunesse dans son long parcours périlleux. Mais avant cela tous adultes qu’ils sont, ils présenteront toujours un geste d’humilité devant les enfants et les personnes âgés. Ce geste est composé d’une étoffe, d’une monnaie, d’une boîte d’allumettes, d’un bâton de tabac et d’une fleur. Souvent la parole symbolique qui est dite est la suivante : « vous allez fumer ce tabac, porter le tissu jusqu’à sa déchirure, vous parer de la fleur le temps de la fête, mais ce qui a était dit sur ce geste restera jusqu’à la nuit des temps et quoi qu’on fasse n’oublions pas que celui qui est au cieux sera toujours présent parmi nous ».

Francisca Tyuiénon et Liliane Wamo

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