l'Église Réformée de France à Nancy
Toul, Pont-à-Mousson...

Le Prince

 

out le village l'appelle le Prince.
Il est le plus grand, il est le plus fort.
Tout le monde parle du Prince dans le village. Les papas qui boivent de la bière,
les mamans qui attendent devant l'école,
les enfants qui tirent leur luge.
Tout le monde parle du Prince.
Ce n'est pas un Prince avec une couronne.
II est le Prince, parce qu'il est le plus fort.

Devant tout le monde, il montre ses bras,
sa force et il rit très fort.
Mais quand le Prince est tout seul, il pleure.
Il est triste, parce que ses poings sont fermés.
Il ne peut jamais ouvrir ses poings qui restent fermés comme des cailloux.

Avec ses poings toujours fermés,
Le Prince ne peut pas donner la main,
il ne peut pas faire de la peinture
ni offrir un cadeau.
Avec ses deux poings fermés, il tape, il frappe,
il cogne sur les portes, sur les murs,
sur les volets comme les grands coups de vent.

Cette nuit-là,
quelqu'un arrive en courant, tout essoufflé.
- Venez ! venez ! Venez tous ! Venez vite !
Je vous annonce une bonne nouvelle !
Le Prince de la Paix vient d'arriver !
Cette nuit-là,
le Prince lui aussi a appris la nouvelle
- Comment ? dit le Prince.
Le Prince, ici, c'est moi
Et le voilà qui se sauve avec ses poings fermés.

Tout le village s'est levé, tout le village est sorti, tout le village se met en marche.
Là-bas, une petite maison est allumée sous la neige. C'est une petite maison de rien du tout.
Un petit enfant est là.
Chut ! c'est un tout nouveau-né.
Il dort. Il est petit, si petit.
- C'est le Prince de la Paix !...
Tout le village applaudit, rit et chante.
En roulant ses grosses épaules,
le Prince arrive lui aussi.
Il tient en avant ses deux poings fermés.
Il s'en sert pour se faire un passage.
Tout le monde s'écarte devant lui,
et il n'y a plus personne entre lui et le petit enfant. Le Prince est encore plus grand
et l'enfant est encore plus petit.

Un Prince de la Paix,
ce petit bout de bébé
Allons donc ! Il est bien trop petit !
Un Prince, c'est grand et fort.
Ici, c'est moi le plus grand et le plus fort.
Et en même temps, le Prince se rappelle
ses deux poings fermés.
Et il est tout triste à l'intérieur de lui.

L'enfant le voit, l'enfant sourit,
l'enfant ouvre ses petites mains.
Et voilà que d'un seul coup
les poings fermés du Prince se desserrent.
Ils s'ouvrent comme des fleurs.
Voilà le Prince avec ses deux mains
grandes ouvertes, deux mains toutes neuves.
Deux mains ouvertes pour donner la main.
Deux belles mains pour partager les cadeaux,
pour ouvrir la porte et ouvrir les volets,
pour peindre la couleur
et pour faire des gâteaux...
Deux mains pour aimer.

Alors le Prince pleure,
mais c'est parce qu'il est heureux,
et il se met à chanter:
- C'est vrai, c'est toi le Prince.
Toi, le petit enfant,
et c'est toi qui m'as rendu heureux.
Et il se met à danser avec ses mains
toutes neuves, avec son cœur tout neuf.

Texte de Jean Debruyne
illustré par Colette Camil

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