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Toul, Pont-à-Mousson... |
- Vivre en Chrétien, Vivre avec les autres (par Marc Pernot)
- QuĠest-ce que cĠest que "Vivre ensemble" ? (par Julia Rafenonirina)
- Le témoignage de quelques théologiens
- Aime, et fais ce que tu voudras (par Saint Augustin)
- Prière dintercession (par Dietrich Bonhoeffer)
- Il faut aller à l'essentiel (par Bernard Rodenstein)
- Léthique, la morale et la règle (par Paul Ricur)
e philosophe Chinois Confucius nous fait remarquer que " Si tu donnes un poisson à celui qui a faim il sera rassasié un jour, si tu lui apprends à pêcher il n'aura plus jamais faim. "
Il en est de même pour les questions de morale. Il est parfois utile de donner et de recevoir des conseils de comportement. Par exemple en cas d'urgence ou avec des enfants tout petits. Mais à terme il est préférable d'aller vers une autonomie de la pensée personnelle.
C'est apparemment cela que vise le Christ. Lui qui est le spécialiste de la multiplication des poissons, il ne nous a pas fourni de catalogue systématique de choses à faire ou à ne pas faire. Il préfère de loin nous apprendre à pêcher des poissons (pour éviter de pécher, si je puis me permettre le jeu de mots).
Jésus ne nous dit pas que c'est une bonne idée de ne pas maltraiter ses enfants, il ne dit rien à propos de l'esclavage ni sur le comportement de l'occupant romain, ni sur la protection des ressources naturelles. Il oublie de conseiller de dire bonjour, il oublie de nous dire d'aller au culte le dimanche... Et même, contrairement à ce que l'on pense parfois, il ne conseille pas une seule fois de partager ou d'être tolérant...
Pourquoi ? Parce que Jésus tient à nous apprendre à pêcher plutôt qu'à nous assister avec des poissons. Son objectif est de rendre chaque être humain, même le moins instruit, capable de choisir le bien sans que quelqu'un d'autre pense à sa place. Des peuples ont été asservis par l'assistanat, à force de leur donner de la nourriture ils avaient perdu leur capacité de produire de quoi se nourrir eux-mêmes. Le risque est le même pour les règles de comportement, et c'est pourquoi Jésus ne s'exprime que ponctuellement dans ce domaine.
Que nous propose donc Jésus pour nous apprendre à vivre ? Il nous dit que "l'Esprit-Saint nous sera donné et que c'est lui qui nous enseignera toute chose." (Luc 12:12, Jean 14:26) Il nous dit aussi (ce qui revient au même) : Voici le premier de tous les commandements : Ecoute, Israël, le Seigneur notre Dieu, c'est l'unique Seigneur : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cur, de toute ton âme, de toute ta pensée, et de toute ta force. Voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n'y a pas d'autre commandement plus grand que ceux-là. ( Marc 12 :28-31)
Le premier de tous les conseils que l'on puisse donner pour vivre vraiment, c'est d'écouter Dieu et de l'aimer. Jésus nous conseille même de cultiver notre réflexion personnelle avec "tu aimeras Dieu de toute ta pensée" que Jésus ajoute lui-même. Progressivement, comme un enfant grandit et accède à une certaine autonomie grâce à de bons parents, nous inventerons alors notre propre façon d'être, notre propre façon de vivre. Ce sera certainement en aimant, enfin, un petit peu les autres, au sens où Dieu l'entend, pour le bonheur et pour la vie.
À vous qui êtes adultes, je renonce donc à vous dire ce que vous devez faire ou ne pas faire pour "vivre en Chrétien", ce serait vous faire injure, vous savez mieux que moi les circonstances particulières qui sont celles de votre vie et vous avez votre propre sensibilité. Et vivre en chrétien c'est plus une manière d'être qu'un comportement. Il y a aussi des gens généreux en dehors de nos rangs.
Vivre en chrétien, c'est se tourner vers Dieu et attendre de lui qu'il nous donne son Esprit. Ou, pour parler en français, je dirais que vivre en chrétien c'est attendre de Dieu qu'il nous élève comme de bons parents cherchent à ce que leur enfant devienne quelqu'un de bien et d'épanoui, un adulte libre, généreux, créatif... Se donner les meilleures chances de progresser dans ses relations avec les autres, c'est ainsi, comme nous le conseille Jésus, de compter sur Dieu pour qu'il agisse en nous par son Esprit. Et nourrir les autres, c'est parfois lui donner un poisson, mais c'est bien souvent lui apprendre à pêcher en lui parlant de Dieu.
Il est inutile d'ajouter autre chose. Vivre en chrétien c'est vivre en espérant de Dieu qu'il nous donne d'aimer un peu mieux les autres, nous sachant nous-mêmes aimés de Dieu.
pasteur Marc Pernot
onsidérons lexemple des militaires. Tous les jours, la grande majorité dentre eux se retrouvent faisant les mêmes exercices et autre. Régis par la même règle dont la discipline est stricte et rigoureuse ; ils ne lignoraient pas avant de sengager dans cette profession. Ils lont choisie volontairement pour faire carrière. Ainsi ils vivent ensemble à travers la profession militaire.
Des étudiants arrivent dans une même ville. La plupart logent dans les cités universitaires. Le but de chacun est de faire des études selon les différentes facultés et selon les années. Ces étudiants ne se connaissent pas, mais ils vivent ensemble dans les C.U. Petit à petit se forment des groupes selon les affinités. Aussi vivre ensemble cest se retrouver pour former un nouveau corps.
Enfin, " Vivre ensemble " dans la vie de lEglise est devenu un slogan. Expression souvent utilisée lors des rencontres cuméniques : catholiques et protestants ou entre les différentes églises protestantes.
Vivre ensemble commence chez nous, dans notre propre Eglise avec des personnes de tout horizon comme chez les militaires et les étudiants. De tous les âges : du nourrisson au vieillard, du couple mixte, célibataire à ceux qui sont à la recherche spirituelle. Ensuite cest laccueil de celui qui est différent de nous. Se rapprocher de lui pour le connaître en faisant le premier pas. Linterculturalité et linterrelogiosité ne peuvent être niés. Dans ce qui unit et différencie, le respect de lun et lautre dans sa conviction et sa spiritualité est en premier. Cest un engagement de longue durée dans la foi en Jésus-Christ, mais aussi avec les autres hommes.
Pour moi, le " vivre ensemble " est très fort dans le milieu hospitalier. Les personnes se trouvent là à cause de la maladie. Elles nont pas dautre choix. À un moment donné de leur vie, elles ont le même médecin, les mêmes infirmières, les mêmes repas Seulement, leurs idées concernant léconomie, la politique, lenseignement, la foi, lespérance diffèrent. De diverses origines et cultures, rares sont les conflits entre malades lorsquils parlent de Dieu. Malgré la maladie, ils suivent le Christ. Ils vivent de lÉvangile en le partageant avec les autres sans jamais dévisager, mais ils donnent de la tendresse. Au fur et à mesure que le temps passe, vivre ensemble enrichit lorsque nous acceptons les autres tels quils sont. Ce qui nous offrira dans le Vivre ensemble de la joie, de la paix, damour, de repos, de rafraîchissement et de porter ensemble les fardeaux. Unissons-nous dans cette prière de Michel Quoist :
" Ouvrez tout grand votre cur,
et je viendrai chez vous,
comme jadis chez Marthe et Marie,
et leur frère Lazare,Et si vous désirez,
je vous partagerai ma Parole,
et vous me partagerez le pain,Et je serai bien chez vous,
si les autres y sont bien. ".Julia Rafenonirina, pasteur
Voici des extraits de textes que je me permets de vous proposer pour élargir notre réflexion. Marc Pernot
Aime, et fais ce que tu voudras
Une fois pour toutes, on t'impose un précepte facile : Aime, et fais ce que tu voudras. Soit que tu gardes le silence, garde-le par amour; soit que tu cries, élève la voix par amour ; soit que tu corriges autrui, corrige-le par amour ; soit que tu uses d'indulgence, sois indulgent par amour ; aie dans le cur la racine de l'amour, et de cette racine il ne pourra rien sortir que de bon. En cela consiste l'amour. Dieu a fait paraître son amour pour nous, en envoyant son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par lui. Et voilà en quoi consiste cet amour : ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c'est lui qui nous a aimés le premier.
Augustin d'Hyppone - 7e Traité sur la 1e Epître de Jean, 8
(354-430, Saint, théologien, prédicateur).Prière dintercession
Quand je prie pour un frère, je ne peux plus en dépit de toutes les misères qu'il peut me faire, le condamner ou le haïr. Si odieux et si insupportable que me soit son visage, il prend au cours de l'intercession l'aspect de frère pour lequel le Christ est mort, l'aspect du pécheur gracié. Quelle découverte apaisante pour le chrétien que l'intercession : il n'existe plus d'antipathie, de tension ou de désaccord personnel dont, pour autant qu'il dépend de nous, nous ne puissions triompher. L'intercession est bain de purification où, chaque jour, le fidèle et la communauté doivent se plonger. Elle peut signifier parfois une lutte très dure avec tel d'entre nos frères, mais une promesse de victoire repose sur elle.
Comment est-ce possible ? C'est que l'intercession n'est rien d'autre que l'acte par lequel nous présentons à Dieu notre frère en cherchant à le voir sous la croix du Christ, comme un homme pauvre et pécheur qui a besoin de sa grâce. Dans cette perspective, tout ce qui me le rend odieux disparaît, je le vois dans toute son indigence, dans toute sa détresse, et sa misère et son péché me pèsent comme s'ils étaient miens, de sorte que je ne puis plus rien faire d'autre que prier : Seigneur agis toi-même sur lui, selon Ta sévérité et Ta bonté. Intercéder signifie mettre notre frère au bénéfice du même droit que nous avons reçu nous-mêmes ; le droit de nous présenter devant le Christ pour avoir part à sa miséricorde.
Par là nous voyons que notre intercession est un service que nous devons chaque jour à Dieu et à nos frères. Refuser à notre prochain notre intercession c'est lui refuser le service chrétien par excellence. Nous voyons aussi que l'intercession est, non pas une chose générale, vague, mais un acte absolument concret. Il s'agit de prier pour telles personnes, telles difficultés et plus l'intercession est précise, et plus aussi elle est féconde.
Dietrich Bonhoeffer - De la vie communautaire
(1906-1945 , pasteur, théologien Allemand )Il faut aller à l'essentiel
" Je cherche lhomme ", répondait Diogène le philosophe, à qui linterrogeait quand il parcourait les rues, une lampe allumée à la main, en plein jour. Trouver lhomme, voilà la tâche urgente pour laquelle nous devons nous réveiller ensemble.
Cest lhomme qui place la bombe dans le métro et qui la fait sauter sans égard pour rien ni pour personne. Cest lhomme qui envoie son enfant à lécole le ventre vide dans une ville où les poubelles débordent du trop-plein de beaucoup. Cest lhomme qui exploite son semblable et qui met en uvre tous les stratagèmes possibles pour se servir au détriment des autres. Cest lhomme qui trace la frontière entre le bien et le mal et qui sarroge le droit de réduire au silence celui qui est différent.
Cet homme-là, Diogène ne la que trop rencontré. Il connaissait cependant lexistence dun homme autre, à la recherche duquel nous sommes lancés à notre tour.
Nul ne rêve de se trouver sur la paille, cest pourtant à celui qui fut, à sa naissance, couché sur la paille, que nous ramène notre quête dhomme. Quavait-il de plus ou de différent ? La conviction que tout se joue dans la relation fraternelle, que lamour est lunique richesse qui remplit pleinement la vie et qui ne déçoit jamais. La promesse de cette plénitude lui a été faite comme à tous les hommes. Il y a cru ; Il a pris au sérieux cette offre. Il a engagé sa vie sur cette promesse. Pourquoi lui ? Parce quil était sur la paille. Il navait rien à perdre. Il a pu oser. Tout est donc là: pour risquer sa vie sur lamour, il ne faut rien avoir à perdre. Sauf les illusions qui empoisonnent notre existence. Ni le pouvoir, ni largent, ni la compétition ne nous ouvrent aux autres. Or, cest avec eux, dans une rencontre vraie que notre dimension dhomme prend de lépaisseur et de la valeur.
Bernard Rodenstein
(1942 - , pasteur, responsable de l'association Espoir à Colmar).Léthique, la morale et la règle
Parler éthique, c'est partir de la conviction qu'il existe une manière " meilleure " d'agir et de vivre. Une " vie bonne ", pour reprendre les termes d'Aristote dans l'Ethique à Nicomaque, mais aussi une manière de vivre bien et pour l'autre; et j'ajouterai aussitôt : dans le cadre d'institutions justes. La réponse aux demandes d'éthique implique ces trois références : souci de soi, souci de l'autre, souci de l'institution.
Souci de soi
On trouvera peut-être bizarre de commencer par le souci de soi. Levinas, lui, commencerait sûrement par le deuxième point. Mais partir du premier, c'est faire appel immédiatement à ce qu'il y a de plus positif dans le désir d'exister pleinement, accompli et reconnu par l'autre. Il y a dans ce désir quelque chose de fondamentalement bon; dans un langage biblique, c'est le fait d'être une " créature ", de dire qu'il est bon pour moi d'exister plutôt que de ne pas être. C'est cette affirmation éthique qui est la plus profonde, et par conséquent l'égoïsme - le " mal " qui s'attache à ce désir - n'est pas premier.
Précisément, pour donner au souci de l'autre sa juste place, il faut que je puisse le situer par rapport à mon propre souci d'exister, d'être reconnu et, par conséquent, par rapport à l'estime de moi-même. À mon sens, c'est la raison profonde pour laquelle le commandement que nous lisons dans le Lévitique ose s'énoncer ainsi : " Tu aimeras ton prochain comme toi-même ". Il n'y a strictement rien de choquant dans ce " comme toi-même " : je dirai que nous sommes à la recherche d'un droit à l'amour de nous-même ; c'est la première pulsion éthique.
Qu'est-ce qui est aimable en moi, c'est-à-dire en chacun disant " je " ? C'est d'être l'auteur d'actes qui ne sont pas simplement le fruit des déterminismes de la nature : je suis capable d'initiative, je peux commencer quelque chose en ce monde. Je suis capable d'agir selon des raisons, et non pas seulement selon des pulsions. Donc je peux tenter de légitimer ma conduite en argumentant, en rendant raison aux autres de ce que je fais. Je suis capable d'évaluer, de préférer ceci plutôt que cela sans être poussé par le dehors ou par le dedans. Je suis capable de mettre en perspective mes actions courtes dans des projets plus vastes, des pratiques, des métiers, voire des plans de vie. J'ai finalement toute une perspective narrative sur ma propre vie. Je peur me percevoir moi-même comme une histoire de vie qui a de la valeur, qui mérite d'exister...
Souci de l'autre
Le souci d'autrui, deuxième composante de l'exigence morale, est un point sans doute plus évident. Mais je ne peux vraiment le formuler que si j'ai droit au premier. Parce que, respecter autrui - " traiter autrui comme une fin en soi, disait Kant, et non pas seulement comme un moyen " - c'est vouloir que ta liberté ait autant de place sous le soleil que la mienne. Je pense que toi aussi, comme moi, tu agis, tu penses, tu es capable d'initiative, de donner des raisons pour tes actes, de faire des pro-jets à longue distance, de composer le récit de ta propre vie.
Par conséquent, le je et le tu s'engendrent mutuellement. Je ne pourrais pas tenir autrui pour une personne si je ne l'avais fait d'abord pour moi-même. L'estime de soi et le respect de l'autre se produisent réciproquement, et c'est là le premier socle de l'éthique...
Paul Ricur - Extrait d'un article de Autre Temps N°24
(1913 - , philosophe )
Dossier précédent : L'amour
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