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Le cycle de conférences “ Loi. Autorité. Liberté. ”

Nous vous proposons ici des notes prises lors des 2 premières conférences, préparant celle du Professeur Gérard Fath, le jeudi 23 janvier “ L'autorité en éducation : discours ou parole. ”

Les lois qui fondent l’autorité

Conférence du Dr Jean-Claude Depoutot, psychiatre et psychanalyste bien connu des Nancéiens.

Le sentiment d’insécurité amène à penser que notre société va mal et que les “ autorités ” sont défaillantes. Au singulier, l’Autorité est un concept déterminé par la Loi qui a pour objectif de rendre la société plus vivable pour tous.

Les lois particulières procèdent de quelques lois universelles qui constituent l’“ ordre symbolique ” selon Safouan et qui s’imposent à l’humanité entière. On ne peut en approcher l’origine que par des mythes. Toutes les religions s’efforcent de les imposer. Elles sont fondatrices de la personne, elles peuvent être violées (sinon elles seraient une fatalité, non des lois) mais leur violation provoque des troubles graves. Elles sont au nombre de trois :

1 – La loi concernant la parole

L’être humain préexiste dans la parole des autres. Il doit être véridique : “ tu ne mentiras pas ”. Au début de la Genèse, la parole est créatrice, et elle sépare (lumière/ténèbres). Puis Dieu passe le relais à l’homme pour nommer. Il n’y a pas de parole sans loi : “ tu ne mangeras pas. ”. Le premier mensonge s’insinue en l’homme par un animal parlant (la parole passe toujours par l’inconscient et des lapsus trahissent le menteur).

2 – “ Tu ne tueras pas… ”

Toutes les religions le disent, et pourtant c’est la loi la plus violée. Le meurtre est interdit parce que c’est un acte de toute-puissance ; Dans la Bible, le premier mort est victime de son frère sur lequel Dieu met un signe pour que personne ne le tue, mais le sang d’Abel laisse un fantôme de destruction et de culpabilité. Il faut un rite de purification: l’animal sacrifié prend la place du meurtrier. La mort du Christ est expiatoire.

Pour Freud, le meurtre a pour origine la rivalité inconsciente avec son père (ou sa mère). Safouan souligne les ravages de la culpabilité lié au meurtre et à la guerre.

3 – La relation entre les êtres humains

C’est d’abord l’interdit de l’inceste. À sa naissance, l’enfant est sous la toute-puissance de sa mère ; il en éprouve de la jouissance. La parole du père sépare la mère et l’enfant, en instituant la filiation, la généalogie qui permet la dimension du temps.

En fait la vie n’est pas donnée, elle est transmise. Il faut donc rendre ce qui a été donné. “ Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement ”. La non-restitution du don entraîne la dette dont on a à s’acquitter. Donner la vie, c’est transmettre la parole, faire accéder à la culture pour éviter la barbarie et promouvoir la démocratie.

Bernadette Rémy

Pourquoi un texte fait-il autorité ? L'exemple de la Bible

Conférence donnée le 14 novembre par Madame Corinna Combet Galland (Exégète, Professeur de Nouveau Testament, Institut Protestant de Théologie de Paris)

Madame Corinna Combet Galland s’est appuyée sur l’exemple de la Bible en montrant, dans un premier temps, comment ont été reconnues les Ecritures qui aujourd’hui constituent le Nouveau Testament ; ceci sur la base de quelques critères qui se sont imposés peu à peu : l’apostolicité : la filiation par rapport à un apôtre, laquelle renvoie à une vérité qui précède l’Eglise ; l’usage, la pratique et une sagesse perçus dans des textes qui ont été constructeurs pour les Eglises et les personnes ; enfin une autorité institutionnelle qui a retenu ces textes au milieu de quantité d’autres (les apocryphes notamment). Ceci pose qu’il y a une parole de Dieu avant le texte, dans le texte et après le texte, dans l’événement d’écoute et d’engagement. La parole émane de l’événement de lecture et de mise en vie ; le débat fait partie de l’écriture, la parole se construit dans la discussion, y compris la discussion des textes entre eux.

Le texte est une métaphore qui ouvre (peut ouvrir) les yeux de l’intelligence et de la foi. On pourra, ainsi, analyser ce qui se passe dans le récit dit “ des pèlerins d’Emmaüs ”. Ces derniers présentent à Jésus un premier récit qui a déjà la forme d’un évangile, lequel récit va être relu par Jésus à la lumière des Écritures antérieures pour en faire un nouveau commencement ; mais il ne se passe rien jusqu’au pain rompu, geste de la communauté rassemblée, et c’est dans ce geste que les disciples vont relire, dans leur cœur, ce qui est arrivé ; puis le raconter à leur tour à ceux qui leur racontent leur propre expérience... Le texte fonctionne donc comme un énoncé qui mène de la mort (celle de Jésus et de la tristesse des disciples) à une parole vivante qui remet en route et en joie.

Le texte fait autorité précisément par sa fragilité, parce qu’il est mis à disposition et non parce qu’il s’impose, fragilité qui s’expose, se livre, ose se dire et ne se donne pas de garants. Ce sont des témoignages qui appellent la confiance et engagent la responsabilité de celui qui va leur répondre.

Marthe Westphal

Prochaines conférences de ce cycle:

Les conférences ont lieu dans la salle de l'Espace Saint-Jean, place Maginot à Nancy, sauf la conférence de M. Pierre Joxe qui aura lieu ailleurs, dans un amphitéatre.

L'entrée est libre, ainsi que la participation aux frais.

Renseignements par courrier à : Espace-St-Jean, 6 rue Chanzy, 54000 Nancy,
ou par téléphone à Marthe Westphal 03 83 56 60 68. Soyez les bienvenus !

Marthe Westphal


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