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Toul, Pont-à-Mousson... |
Des dieux spoliateurs : sil y a à pointer une tension intenable dans lhistoire du christianisme, ça serait, à mon avis, celle qui met en combat la théologie des uvres et celle de la grâce. A lorigine de ce combat, se trouve lhomme soucieux de son devenir face aux dieux dhumeur à manifester des colères bleues. Comment parvenir à gagner la clémence de Dieu quand aucune prise sur lui nest possible ? De cette question fondamentale qui a taraudé lhomme, résulte tout un ensemble de postures construites, consciemment ou inconsciemment, sous forme dexpressions diverses. La plus répandue de ces expressions est sans doute le geste doffrande longtemps signifié par un sacrifice. On connaît les sacrifices dans les anciennes religions qui consistaient à donner une vie humaine, souvent lune des plus valeureuses, en échange dun geste de clémence dun dieu : il fallait payer, et payer cher, pour être protégé des déchaînements de la nature. Léchange est ici déséquilibré et nous avons affaire à des dieux spoliateurs.
Dieu de la mesure : Avec le récit dIsaac, la tradition juive a porté un coup darrêt au commerce univoque et excessif des anciens dieux. Il y a un net déplacement : le Dieu de lAncienne Alliance, Dieu de la création, est avant tout Celui qui façonne un ordre à partir dune désolation, Celui qui insuffle la vie, Celui qui bénit lhomme et sa descendance, Celui qui libère, Celui qui fait alliance. En même temps, ce Dieu sait montrer sa sévérité lorsquil sagit du rétablissement de lordre, il sait mettre le doigt sur le péché du peuple et demander réparation. Il sagit ici dun Dieu qui fait prendre conscience des risques et qui exige un juste échange. Cela na jamais dispensé la tradition juive du droit au dialogue avec Dieu ni même dobjection. Job na ni démissionné ni sombré dans loutrage. Nous avons affaire à un Dieu de léchange mesuré.
Dieu de la grâce : Avec la littérature néo-testamentaire dabord, en particulier paulinienne, ensuite le vaste champ des Pères de lEglise suivi, enfin, par lirruption de la Réforme, le salut devient lenjeu majeur des débats théologiques au sein du christianisme. Paul tente dapporter quelques explications à lhomme inquiet pour son salut : tous ont péché et sont privés de la présence glorieuse de Dieu. Mais Dieu, dans sa bonté, les rend justes à ses yeux, gratuitement, par Jésus-Christ qui les délivre du péché (Rm3,23).
Ailleurs, dans le Nouveau Testament, on perçoit tout de même le don du salut relativement conditionnel. Jésus lui même, répondant à un jeune homme, disait : Si tu veux être parfait (avoir la vie éternelle), va vendre tout ce que tu possèdes puis viens et suis-moi (Mt19,21). Tout le Nouveau Testament est traversé et par laffirmation dune justification gratuite et par une allusion permanente à leffort de sanctification. Pour prévenir la tentation de la conditionnalité du salut, la Réforme, dans ses diverses interprétations, est retournée visiter Paul dans son affirmation du salut par la seule grâce de Dieu. Leffort est la conséquence de cette grâce première. En ce sens, le protestantisme a rétabli, dans ses compréhensions de la foi, un Dieu donateur contre le Dieu vendeur du Moyen Age.
(pasteur Rachid Boubégra)
Il n'est pas nouveau que des hommes se réclament de Dieu pour partir en guerre contre d'autres. Cela nous paraît maintenant insupportable. Cette évolution de nos mentalités est récente, elle nous donne à espérer des jours meilleurs, tant sur le plan politique que théologique. Mais il est décevant que cela ait pris tant de générations depuis que les paroles des prophètes puis celles du Christ sont publiées.
Pourtant la Loi donnée à Moïse est claire : "Tu ne tueras pas !" Il n'y a pas marqué de ne pas tuer l'innocent ou de ne pas tuer son prochain, de ne pas tuer son compatriote, ou de ne tuer qu'après un procès équitable... Ce qui est marqué c'est purement et simplement "Tu ne tueras pas !" C'est la volonté de Dieu, et c'est aussi sa façon d'être car il est le Dieu de la vie et non celui de la mort.
Il est exact que la vie est complexe. Parfois nous sommes obligés de choisir entre deux solutions qui sont toutes les deux mauvaises afin de retenir celle qui est la moins mauvaise, comme dans les tragédies. Parfois, malheureusement, un homme, une femme, ou un gouvernement est amené à choisir de tuer ou de faire la guerre afin d'éviter des morts et des souffrances encore plus terribles. Mais que l'on ne dise pas alors que Dieu veut ces morts ou ces souffrances. Dieu ne veut pas et n'a jamais voulu que l'on donne la mort ou que l'on fasse souffrir. Car Dieu est le Dieu du bonheur et de la vie. Dieu est le Dieu de la paix.
La volonté de Dieu dans ce domaine, le Christ nous la précise encore quand il nous dit "Vous avez appris : Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, afin que vous soyez les enfants de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes." (Évangile de Jésus-Christ selon Matthieu 5:43-45) Un degré supplémentaire est alors franchi. Non seulement Dieu ne veut pas la mort du méchant, mais il le bénit, il lui veut du bien ! Cette théologie et la morale qui en découle font encore largement scandale aujourd'hui. Car comment lutter contre le mal dans ces conditions ? Comment comprendre cette parole fondamentale du Christ ?
Dieu aime le méchant, mais il n'aime pas la méchanceté. Son projet est d'agir activement pour que le méchant soit débarrassé de sa méchanceté afin que ce qui est bon dans cet homme puisse s'épanouir enfin. Dieu veut que la paix règne ainsi dans le cur de l'homme.
Chaque page de la Bible nous parle du Dieu de la Paix et de la vie, même les pages qui parlent de massacrer des ennemis. Car l'ennemi, c'est le mal, pas l'homme. Si Dieu est le Dieu de la guerre, son combat est contre la souffrance, contre la haine, l'égoïsme, ou l'indifférence. Et ses armes, c'est sa parole, sa paix, son espérance et sa bénédiction. Son arme c'est le Christ, le sauveur du monde.
(pasteur Marc Pernot)
Dieu magicien. Expression embarrassante, scandaleuse car d'un magicien nous attendons du surnaturel, de l'extraordinaire nous faire oublier notre monde en concentrant notre esprit sur ce qui va se passer, en silence, nous fasciner, nous époustoufler par un jeu magique car incompris de nous !
Dieu magicien. L'expression est inexistante dans la Bible. Aucun jeu proprement dit qui puisse étonner l'homme. Le véritable jeu ou enjeu est la relation entre Dieu et l'homme. Parce que l'homme veut que tout soit parfait même s'il sait cela impossible. Du désir de la perfection naît un vouloir de bonheur permanent, d'immortalité aussi. Au cours de sa vie l'homme découvre que tout n'est pas parfait, tout n'est pas bonheur Détresse, angoisse, malheur, décès, maladie, combat Ces situations ou d'autres événements nous interrogent sur notre relation avec Dieu, sur notre comportement, et sur la manière dont nous vivons notre foi.
Dieu magicien. Etait-ce vrai pour les hommes de la Bible ? Abraham intercédait pour Sodome et Gomorhe, attendant une réponse de Dieu (Gen.18:22). De même Jonas espérait autre chose qu'aller à Ninive [Jon. 2]. Puis Job, qui souffrait atrocement de sa maladie et de la perte de ses enfants, confronté au long silence de Dieu (Job 3-31). Ensuite, l'épreuve de Daniel et ses compagnons dans la fosse aux lions (Dan.6:26-29) Leur histoire comme tant d'autres a eu un retour extraordinaire. La réponse de Dieu semble se faire attendre tant est grande l'impatience de l'homme. Mais Dieu posant son regard sur le paralytique (Mc2:1-12), comme sur le démoniaque qui les guérit par la parole qui sortant de la bouche de Jésus. Ainsi la femme adultère fut sauvée (Mt.8 26-39). Aucun récit ne parle de Dieu magicien mais plutôt de Dieu aimant, Dieu compatissant, Dieu sauveur. Comme une ombre, Il chemine avec eux tout au long de la vie.
Dieu magicien. Et pour nous ? Dieu magicien, nous ne le connaissons pas. Mais il existe un Dieu avec nous dans les temps, de joie : qui rit ; dans les temps de quête : qui prie, qui s'agenouille; dans les temps de peine comme la maladie et la mort, qui pleure. Qui panse et guérit nos blessures, qui nous maintient à tout instant en nous redonnant la force de vivre grâce à son Esprit. Dieu n'a pas changé. Il est toujours le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob, le Dieu de Jésus Christ : notre Dieu, aussi, qui transforme notre vie sans se lasser, en nous accompagnant.
"Y a-t-il quelque chose qui soit étonnant de la part de l'Eternel? " (Gén.18:14)
(pasteur Julia Refenonirina)
on bien-aimé est à moi, et je suis à lui !
Il est mon Dieu et je suis son peuple,
Il est mon Père et je suis son enfant,
Il est mon berger et je suis son troupeau,
Il me chante et je le chante,
Il proclame mon unicité et je proclame la sienne.(Cantique des Cantiques Rabba)
Toi, l'au-delà de tout,
De quel nom pouvons-nous tinvoquer ?
Tu dépasses tout nom !
Quel cantique pourra chanter tes louanges,
quels mots pourront parler de toi ?
De toi procèdes tout ce qui est dit,
mais tu es au-delà de tout discours.
De toi est issu tout ce qui est pensé,
mais tu es au-delà de toute pensée.
Tu es le but de toutes les attentes,
de toutes les aspirations silencieuses.
Tu es lobjet des gémissements de ta création tout entière.
Gloire à toi, ô Dieu très-haut !(Grégoire de Nysse)
oi qui nous as aimés le premier, ô Dieu,
nous parlons de toi comme si tu ne nous avais aimé le premier
qu'une seule fois, dans le passé.
En réalité, c'est tout au long des jours et tout au long de la vie
que tu nous aimes le premier.
Quand nous nous éveillons le matin
et que nous tournons notre âme vers toi,
tu nous devances, tu nous as aimés le premier.
Si je me lève avant l'aube et tourne, vers toi,
à la même seconde, mon âme et ma prière,
tu m'as déjà devancé, tu m'as aimé le premier.
Quand je m'écarte des distractions,
et recueille mon âme pour penser à toi,
tu es encore le premier.
Pardonne-nous, ô Dieu, notre ingratitude :
ce n'est pas une fois que tu nous as aimés le premier :
c'est à chaque instant de notre vie.(Sören Kierkegarrd)
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