- Jaime les cons, dit Dieu, parce quils sont vraiment
cons. Et il y en a plein, les vrais, les petits, les grands, les gros,
les sales, les pauvres. Il y en a tellement quon ne peut pas ne
pas les aimer. Et comme on est toujours le con de quelquun, alors
on doit tous les aimer si on aime lhumanité. Et puis le
con nest-il pas le fruit de sa connerie ? Et si le con est le
fruit de sa connerie, il nest pas intrinsèquement con ;
il peut samender. Ne suffirait-il pas quil le reconnaisse?
Alors, cest quil nest pas si con.
- Mais s'il ne le reconnaît pas, cest quil est vraiment
con, cest un vrai con.
- Peut-être sur linstant mais après, plus tard.
- Comment plus tard, il faudrait patienter, attendre que ce petit
con change davis?
- Oui, attendre, longtemps s'il le faut, ne jamais perdre patience,
toujours espérer.
- Oui, alors cest un grand con dans toute sa splendeur, un monument
qui trimbale sa connerie comme un étendard, qui écrase
les autres de sa suffisance et de ses certitudes.
- Non, il nest pas si imbu.
- Alors cest un sale con qui exploite les autres à son
profit.
- Non il nest pas si méchant.
- Alors cest un gros con.
- Non il ne sait pas ce quil fait.
- Alors cest un pauvre con.
- Non, dit Dieu, cest un homme.